La FFQ et la prostitution

Je suis resté sans voix à l’annonce de la décision de la Fédération des femmes du Québec de reconnaître la prostitution comme forme d’agentivité pour les femmes. C’est là un bel exemple d’un concept étendu jusqu’à ses extrêmes, jusqu’à l’absurde, c’est-à-dire au point de prétendre à l’envers de sa cause. S’enferrer dans une langue de bois en tentant de faire gober par la pensée rationnelle une idée aussi contraire aux intérêts des femmes montre à quel point le mouvement féministe, dans ses composantes intellectuelles, évolue en retrait de la réalité quotidienne des choses.

De Salomé à Lily St-Cyr, des sérails aux bars de danseuses, des bouges aux maisons closes, des souteneurs aux Madames, les femmes dansent et se prostituent depuis des millénaires pour le seul plaisir des hommes en deçà de leur dignité humaine. Cette dignité humaine qu’a tenté de ressusciter la première Déclaration des droits de l’homme ainsi que l’unique Déclaration des droits de la femme (Olympe de Gouge, 1791) est la grande absente de cette décision de la FFQ. Cautionner aussi outrancièrement le crochet du boucher sur lequel ces congressistes ont rependu les femmes aux coins des rues et sur les scènes, marchandise à vendre aux plus offrants, est un affront à ces mères seules obligées à la prostitution de fin de mois, à ces mineures pratiquant dans les salons de massage, à ces femmes dansant sous la contrainte du crime organisé. Qu’elles les rencontrent et leur expliquent les vertus de leur agentivité, elles qui pensent du fond de leurs bureaux, en marge de la turpitude de la rue.

Femmes et hommes, en égalité radicale, nous étions en droit de nous attendre à une prise de position progressiste, en rupture avec un passé oppressant, comme une ouverture, un message aux législateurs pour un nouveau refus de l’exploitation des femmes. Réactionnaires, elles ont préféré l’aveuglement.

16 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 30 octobre 2018 09 h 14

    Excellent réquisitoire

    On est en droit de se demander, en effet, comment un organisme censé défendre la dignité des femmes peut en arriver à faire de la prostitution un métier. Y a-t-il quelque chose que je n'ai pas compris ?

    • Ghislaine Gendron - Abonné 30 octobre 2018 10 h 46

      Ce sont les dérives de la grille d'analyse "intersectionnelle" dont se réclame la "troisième vague" du féminisme, monsieur. C'est très "tendance" ces temps-ci. Le féminisme "universaliste" n'endosse pas cette position.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 octobre 2018 11 h 39

      La FFQ doit bien donner des motifs à sa position. J'ai été trop paresseux pour aller vérifier ces motifs, ce qui permettrait de voir s'il y a quelque chose qu'on n'a pas compris.

      Tentative d'explication: le caractère illégal de la prostitution ferait des prostituées les premières cibles d'éventuelles mesures répressives. En faire un travail reconnu permet de bénéficier des lois qui protègent les travailleuses et les travailleurs contre les abus tout en permettant l'exercice de certains droits.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 octobre 2018 14 h 09

      « Y a-t-il quelque chose que je n'ai pas compris ? » (Gilbert Troutet)

      Oui !? ou non ?! Qu’importe !?!

      Est-il noble de savoir que, avec ou sans contrainte, toute femme est et demeure libre de ses choix et que, par ailleurs ou autrement, est-elle libre d’être libre pendant qu’elle exerce le plus vieux métier au monde ?

      Mais, lorsqu’une autorité, aussi prestigieuse (???) que celle de la FFQ, s’y commette en faveur de la prostitution (« travail de sexe »), elle se voile les yeux pour rien !

      Comprends pas ! - 30 oct 2018 -

    • Johanne St-Amour - Abonnée 30 octobre 2018 16 h 21

      M. Labelle, les femmes qu'on prostitue ne sont plus criminalisées depuis 2014, sauf près des endroits où il y a des enfants. Le prostitueur l'est ainsi que le proxénète. Depuis quelques temps même la police de Laval les appelle abuseur et exploiteur.

      Ms Labelle et Blais, la prostitution n'est pas un travail et encore moins le plus vieux métier du monde, mais le plus plus mensonge du monde. Anciennement, les femmes étaient cueilleuses et sages-femmes.
      La prostitution n'est pas non plus un libre choix, mais un choix par défaut: à cause de la pauvreté, à cause d'agressions subies dans l'enfance ou l'adolescence (plus de 80% des femmes qu'on prostitue ont été victimes d'agressions jeunes), de racisme (les femmes autochtones sont surreprésentées dans la prostitution et vulnérables à la traite de personnes).
      La FFQ déraille complètement. Elle ignore les facteurs qui mènent à la prostitution. Elle ne se bat plus contre les discriminations masculines (la majorité des acheteurs dans la prostitution), mais pour le lobby proprostitution en plus de sanctionner la culture de l'agression! Honteux!

  • Claude Gélinas - Abonné 30 octobre 2018 10 h 29

    C'est à n'y rien comprendre !

    Faire croire, comme le laisse entendre la FFQ, que les prostitués sont libres d'exercer leur métier est un leurre et une tromperie. En vendant leurs corps comme monnaie d'échange, ces femmes vivent un véritable calvaire voire une forme moderne d'esclavage. Un troc dont les femmes sont toujours perdantes sans compter les risques élevées pour leur vie et leur santé.

    • Ghislaine Gendron - Abonné 30 octobre 2018 12 h 42

      Non. Les personnes prostituées sont actuellement décriminalisées. Ce sont les proxénètes et les clients qui ne le sont pas. Vous avez toutes les informations pertinentes sur la loi C36 ici: http://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/autre-other/pro

  • Nadia Alexan - Abonnée 30 octobre 2018 10 h 37

    Honte à la FFQ!

    Il n'y'a aucune explication à ces dérives que la FFQ a perdu la tête. Les membres se réclament de toutes les folies théoriques qui nous reviennent des États-Unis comme la vérité biblique. Honte à la FFQ qui a perdu sa raison d'être et son âme.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 30 octobre 2018 13 h 36

    La lettre ci-dessus n'est pas un réquisitoire ; c'est un prêche

    En dépit des vœux pieux de nos puritains qui, en condamnant la prostitution, souhaitent «réhabiliter l'amour» (sic) , il existe des gens qui ont décidé librement de négocier leurs charmes.

    L'exploitation sexuelle était déjà sanctionnée par le Code criminel. Là, ce sont les atteintes aux «bonne moeurs» que l'on a criminalisées.

    Les relations tarifées qui s'opèrent dans une chambre à coucher entre adultes consentants ne devraient en aucun cas concerner les autorités, et encore moins les moralisatrices enragées qui souhaitent baliser la sexualité selon leur seul point de vue, lesquelles ne devraient se préoccuper uniquement que de leur vertu et ne point se soucier de celle des autres.

    Cette influence moralisatrice a persuadé les autorités de réprimer la prostitution, mais cette répression n'a pas mis fin pour autant au commerce de la chair, bien au contraire.

    Ainsi, l'angélisme de nos puritains a poussé à l'ombre des ruelles les filles qui dorénavant s'exposent davantage à la violence de leurs clients.

    De même, en persuadant les autorités de réprimer la prostitution, nos nouvelles «Ligues de la Vertu» ont poussé dans les mains des criminels les femmes majeures qui jusque-là se prostituaient pour leur propre compte.

    De fait, cette répression assure maintenant en la matière le monopole du crime organisé.

    En raison de la nouvelle réglementation, celles qui s'offraient discrètement par le biais des annonces classées ont dû cesser de rendre public leur commerce; elles pratiquent dorénavant sur la rue, sinon elles ont dû adhérer à un réseau qui est en mesure d'assurer la publicité de leurs services.

    Aujourd'hui, seules les organisations criminelles possèdent la structure qui permet d'opérer discrètement un réseau de prostitution, notamment par l'entremise de sites de rencontres (sic) diffusés sur la Toile, d'agences de rencontres téléphoniques qui paraissent dans les annonces classées de certains journaux ou par le biais des clubs de danseuses nue

    • Johanne St-Amour - Abonnée 30 octobre 2018 16 h 30

      Au consentement, Florence Montreynaud, linguiste, historienne et féministe française oppose le désir: « Le mot consentement a beaucoup été étudié en philosophie. Pour moi, ça ne va pas assez loin. Quand on me parle d’adultes consentants, je parle plutôt d’adultes désirants. »
      Concernant le consentement, Ana-Luana Stoicea-Deram, militante féministe et présidente du Collectif pour le Respect de la Personne en France affirmait concernant la gestation pour autrui : «Dire que les femmes sont consentantes, c’est faire oublier les conditions dans lesquelles elles sont amenées à consentir, c’est taire ce à quoi elles consentent, et c’est mépriser les raisons pour lesquelles elles peuvent consentir –c’est-à-dire, accepter de s’asservir. La critique du consentement est faite depuis longtemps par les féministes, qui montrent que le consentement n’est pas le désir, n’est pas la volonté, n’est pas la liberté». L’affirmation vaut pour la prostitution, autre marchandisation du corps des femmes.
      Et il est complètement faut de prétendre que la violence est plus présente depuis que les prostitueurs sont criminalisés. Dans les pays où on a légalisé ou décriminalisé la prostitution, la violence est plus présente encore. Même que des femmes qu'on prostitue affirment que les acheteurs sont plus respectueux maintenant qu'ils peuvent faire l'objet d'accusation.
      Claudine Legardinier, journaliste française, soulignait lors d’une entrevue à Alternative Libertaire : «Comme on n’impose pas un acte sexuel par la violence, on ne l’impose pas non plus par l’argent, forme de violence économique et sociale.»

  • Rino St-Amand - Abonné 30 octobre 2018 14 h 30

    Où est le véritable drame?

    Aie-je le droit d'imposer ma morale aux autres? Voilà toute la question.

    À ce que je sache, la FFQ s'oppose clairement et fermement contre l'esclavage et l'exploitation sexuelle, mais refuse d'imposer sa morale à celui ou celle qui choisi librement le travail du sexe comme gagne-pain. C'est une façon de reconnaître qu'elle(il) est maître de son corps, et qu'il n'appartient qu'à elle(lui) de décider de ce qu'elle(il) en fait. Le drame n'est pas du côté de cette toute petite minorité des travailleurs du sexe; le drame est plutôt du côté de celles et ceux qui sont pris dans l'engrenage de l'exploitation sexuel.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 30 octobre 2018 18 h 26

      Le choix dans la prostitution est un leurre! C'est une décision suite à un manque de choix véritables.
      Le corps des femmes qu'on prostitue est utilisé par les hommes qui paient pour en faire ce qu'ils veulent, ce n'est aucunement l'utilisation libre de leur corps par ces femmes.Et c'est justement parce que les femmes qu'on prostitue ne désirent aucunement ces hommes qu'elles qu'on les paie.

    • Nadia Alexan - Abonnée 30 octobre 2018 20 h 50

      Aimeriez-vous que votre fille, votre soeur, ou votre mère choisisse la prostitution comme métier, monsieur St-Amand? Répandez honnêtement, s'il vous plaît.