Le crucifix n’est pas un bien patrimonial

Témoin fondateur de la foi chrétienne, le crucifix n’a pas sa place dans les lieux du pouvoir. Toute sa vie, Jésus-Christ a rejeté les honneurs et les richesses, les pouvoirs et les ors du pouvoir, ce n’est pas pour finir en objet patrimonial au même titre qu’une colonne en marbre ou un buste en bronze. C’est lui qui, le premier, a fait la distinction entre le spirituel et le temporel : « Mon Royaume n’est pas de ce monde », en rupture totale avec l’État antique qui, « étroitement lié à la religion, venait d’elle et se confondait avec elle » (F. de Coulanges, La cité antique). La présence du crucifix à l’Assemblée nationale altère l’image de notre démocratie et dénature le sens de la crucifixion. Elle nous ramène à l’époque révolue de l’alliance du trône et de l’autel quand le pouvoir était partagé exclusivement entre « ces deux moitiés de Dieu, le pape et l’empereur » (V. Hugo, Hernani).

Si, pendant un siècle et demi, de l’Acte de Québec de 1774 à la Révolution tranquille, l’Église était associée au pouvoir civil, cela était dû à des circonstances historiques et a, du reste, retardé l’avènement d’une démocratie avancée. Il est temps d’accorder nos institutions avec l’évolution des mentalités, et de « rendre à l’État ce qui lui appartient et à Dieu ce qui lui appartient », par conséquent, que les couleurs et les symboles de Jacques Cartier et de Samuel de Champlain, la croix et le lys, témoins fondateurs de la nation, remplacent le crucifix au Salon bleu. Cela s’appelle la séparation de l’État et de la religion, idée libérale qui fonde notre démocratie et lui donne tout son éclat.

7 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 13 octobre 2018 00 h 36

    Vrai..

    .. que le crucifix n'a pas d'affaire là. Mais, j'aime bien cette contradiction, car elle montre l'hypocrisie des personnes qui veulent interdire le port de signes religieux ostentatoires par les agents de l'État, alors que leur seul odjectif est de s'attaquer aux femmes musulmanes (ou de satisfaire une certaine opinion publique qui va dans ce sens).

    • Marc Therrien - Abonné 13 octobre 2018 08 h 56

      Et force est de constater que ces fervents adeptes de l'islam, qu’on accuse de prosélytisme, affirmés et déterminés comme ils sont dans leur expression de soi religieuse, peuvent être intimidants même pour les athées militants prosélytes de l’athéisme eux-mêmes. Me semble que lorsqu’on est un athée serein et heureux de vivre une spiritualité qui peut se passer d’un dieu protecteur ou vengeur c’est selon, on craint moins l’influence des signes religieux ostentatoires dont on peut même en devenir indifférent. Pour le reste, religion ou pas, il est vrai que les gens qui se tiennent mutuellement en aversion peuvent se craindre réciproquement. Enfin, il est possible que l’esprit républicain de François Legault qui laisse croire qu’il n’hésitera pas à utiliser la clause dérogatoire s’inspire de John Pawson en pensant que "l'harmonie c'est la conciliation des contraires par l'écrasement des différences."

      Marc Therrien

    • Pierre Desautels - Abonné 13 octobre 2018 09 h 27

      Bien dit. Les gens qui réclament l'interdiction du voile au nom de l'égalité homme-femme et qui veulent garder le crucifix à l'Assemblée nationale sont en pleine contradiction.

      Car ce supposé bien patrimonial est une honte nationale. C'est sous ce crucifix que Duplessis et ses élus vociféraient contre le droit de vote des femmes, se soumettant à la volonté des ses alliés de l'Église catholique.

  • Philippe Dubé - Abonné 13 octobre 2018 09 h 27

    GROS BON SENS

    ON NE SAURAIT MIEUX DIRE ... rien à ajouter.

  • Yvon Bureau - Abonné 13 octobre 2018 20 h 39

    Qu'on lui donne un autre bon endroit

    dans le Parlement. Simplement.

    Laïcité oblige.

    Et NON aux signes religieux ...

  • Michel Lebel - Abonné 14 octobre 2018 11 h 37

    Le Christ n'est plus là!


    Le crucifix comme le Christ n'est pas un bien patrimonial! Pour un croyant il est bien vivant et il préfère être chez les pauvres que dans un Salon bleu ou doré! Aucun problème donc qu'il quitte la docte Assemblée. De toute façon, il l'a déjà quittée!

    M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 14 octobre 2018 16 h 06

      Ajout: il va de soi qu'en vertu de la séparation de l'Église et de l'État, le crucifix n' a pas sa place à l'Assemblée nationale. Le considérer comme un ''bien patrimonial'', c'est élargir toutefois pas mal la notion de patrimoine! Le Christ, pièce de musée, faudrait pas exagérer!

      M.L.