Pour une réforme électorale simple et rapide: le vote secret

Cette campagne électorale plutôt morose a vu réapparaître, une fois de plus, la question d’une réforme du mode de scrutin. Si la proposition est d’une grande valeur, il faut toutefois garder à l’esprit qu’il n’y a pas de mode de scrutin parfait ; ils ont tous leurs forces et leurs travers, le système parlementaire y compris. Ensuite, il ne faut pas croire qu’une réforme du système électoral va automatiquement réformer les politiciens et leurs partis. C’est comme imaginer que la courroie de direction cessera de « crier » simplement parce qu’on a installé à sa voiture quatre pneus neufs ; ce n’est pas le système électoral qui fait la fougue des candidats et la beauté de leurs projets. Mais il y a peut-être d’autres voies qui permettraient d’améliorer notre démocratie sans tout chambarder.

Déjà, si le vote blanc était comptabilisé comme tel ou si nous avions la possibilité de voter pour « aucun de ces candidats », il serait alors possible de mesurer la légitimité réelle d’un candidat élu, voire d’un parti. Imaginez la marge de manoeuvre d’un député dont 35 % du suffrage est constitué de votes annulés. Mais aujourd’hui, la façon de faire le dénombrement des voix permet aux députés, parfois, de prétendre à une légitimité qu’ils n’ont pas toujours. Et le taux de participation sera peut-être plus élevé si les électeurs savent que leur rejet des partis sera entendu et compté.

Ensuite, ne serait-il pas souhaitable d’affranchir les travaux de l’Assemblée nationale de l’emprise de la ligne de parti en imposant le vote secret ? Car actuellement, notre Assemblée est plus partisane que nationale. Le vote secret pourrait donc avoir un effet libérateur pour de nombreux députés muselés qui, au quotidien, entendent les espérances de leurs électeurs, mais n’ont (toujours) pas le droit de les retransmettre à l’Assemblée nationale.

Certes, le vote secret n’est pas une panacée non plus : un député pourra toujours voter comme bon lui semble, avec ou contre la ligne de son parti. Mais le vote secret lui donne à tout moment une plus grande marge de manoeuvre. Quant aux citoyens, avec le vote secret, ils savent que leurs démarches auprès de leur député sont susceptibles d’avoir plus d’impact. Pour les partis, le vote secret les obligera à être plus attentifs aux préoccupations de leur députation et donc de citoyens. Ainsi, et sans être la solution parfaite, le vote secret à l’Assemblée nationale constitue une mesure simple et rapide d’injecter dans cette institution une dose de démocratie.

Malheureusement, avec un gouvernement majoritaire, ce n’est pas demain que les choses vont changer…

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4 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 10 octobre 2018 07 h 17

    Idée certes attrayante...


    ...mais n'est-il pas souhaitable pour les gens d'une circonscription de savoir pour quoi la personne qui les représente a voté ?

  • Christian Koczi - Abonné 10 octobre 2018 08 h 58

    Faut en savoir plus, pas moins...

    Vote secret à l'Assemblée nationale ? Et je fais comment pour savoir comment vote mon député(e) ? J'irais même plus loin; cela peu paraître complètement saugrenu, mais je me demande si la démocratie ne serait pas mieux servie, à une époque où on ne casse plus les jambes des gens qui ne «votent pas du bon bord», de revenir au vote public ! J'aimerais savoir comment votent les chefs d'entreprises, les actionnaires, les maires, conseillers et autres notables qui tirent des ficelles...

    Christian Koczi

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 octobre 2018 09 h 24

    Ridicule

    Dans votre système, un député pourra promettre son appui tant aux partisans d’un projet qu’à ses opposants et dire à tout le monde qu’il a tenu promesse: personne ne pourra vérifier.

    Je veux savoir comment vote mon député.

  • André Labelle - Abonné 10 octobre 2018 12 h 25

    SE DÉBARASSER LA LIGNE DE PARTI

    Sauf pour quelques dossiers comme le budget et sans doute quelques autres, les députés devraient avoir la liberté de vote sur l'ensemble des autres projets de loi au moment de leurs adoptions sans avoir l'obligation de suivre la ligne de leur parti sous peine d'expulsion de leur caucus..
    Mais en amont, les députés devraient avoir l'obligation lors de la préparation des projets de loi d'informer leur caucus de la position qu'ils prendront sur les projets de loi en apportant au caucus l'opinion de leurs électeurs de leur comté. Évidemment, les députés s'assureraient de recueillir l'opinion de leurs commettants. Sinon gare aux prochaines élections.

    Ainsi, le caucus recevant ces opinions des députés avant la rédaction définitive du projet de loi il serait dans l'obligation de "négocier" la teneur des projets de loi afin qu'ils reflètent au mieux les opinions exprimées afin de s'assurer de son adoption par ses propres troupes.
    Si un député qui constaterait qu'un quelconque projet de loi ne respecte pas suffisamment l'opinion de ses électeurs, il pourrait alors voter contre un tel projet de loi.

    Ce serait donc une forme de dissidence sans que le député ne risque d'être expulsé des rangs de son parti. Mais une telle pratique exigerait donc la mise en place d'un protocole obligatoire de consultation où différents phases de consultations seraient intégrées au processus législatif. Une telle nouvelle approche, évidemment à peaufiner beaucoup, ne remplacera jamais la nécessité d'introduire une forme de proportionnalité dans le mode électoral.
    «L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit.»
    [Gandhi]