Un Québec centralisé

Selon les partisans d’une réforme du mode de scrutin, la solution aux distorsions électorales réside dans un régime proportionnel mixte compensatoire régional. Mais ce n’est pas une solution miracle.

S’il était appliqué tel qu’on le propose, semblable régime ne mettrait pas notre système politique désormais multipartiste à l’abri d’un embâcle démocratique et d’une paralysie parlementaire. Au contraire. Il suffit d’imaginer une carte électorale avec quatre partis ayant chacun récolté plus ou moins le quart des votes pour s’en convaincre. Dans ce cas, le parti ayant une pluralité de députés risquerait d’évoluer dans un environnement vicié de compromission pour le seul exercice du pouvoir. Renforçant ainsi le pouvoir du Conseil exécutif dans la gestion de l’État.

Si cette réforme se réalisait tout de même, comme s’y sont engagés la CAQ, le PQ et QS, il y aurait avantage pour la santé de la démocratie qu’elle soit assortie d’un vote de deuxième tour qui permettrait à l’électorat de se prononcer au final sur les conclusions des négociations et des alliances partisanes entre les deux tours.

Sans compter l’impact démocratique négatif des tendances démographiques défavorables aux régions en dehors de Montréal et Québec. Le nombre et la division des circonscriptions devraient suivre des critères qui favorisent une pondération équilibrée entre la densité et la superficie.

Le principal problème est d’un autre ordre, me semble-t-il, celui de notre système de gouvernance. Faut-il rappeler que l’État du Québec est devenu et est toujours extrêmement centralisé, autant dans son appareil administratif que dans sa gouvernance politique ? Le premier ministre est le chef du Conseil exécutif, lequel exerce un contrôle serré et incontestable sur le Conseil des ministres et l’action gouvernementale. Et donc, sur la démocratie québécoise. Ce système politique de plus en plus inadapté (paternaliste ou maternaliste, c’est selon) crée et entretient une dépendance malsaine et une influence néfaste dans la société civile et la population.

Pour les prochaines années, le plus grand défi du Québec, préférablement indépendant, mais pas nécessairement, est dans l’instauration d’une gouvernance décentralisée et régionalisée. Par des chambres régionales et une chambre nationale des régions.

Pour établir un meilleur équilibre dans les rapports de force en répartissant judicieusement le pouvoir. Pour mieux partager la souveraineté. Pour l’étendre, pour l’amplifier. Pour être autonomes et responsables.

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