Annuler n’est pas s’abstenir

Je suis étonné que des professeurs de sciences politiques amalgament abstentionnisme et vote blanc (« L’abstention : deux points de vue », Le Devoir, 22-23 septembre 2018). Se rendre au bureau de scrutin et annuler son vote, ce n’est pas s’abstenir de voter, c’est au contraire exercer pleinement son droit de vote pour affirmer deux choses. L’une est qu’on doute de la capacité des candidats en lice à légiférer et à veiller à la bonne marche de l’État comme on le souhaiterait. L’autre est qu’on tient néanmoins à manifester son soutien au système démocratique, aussi vicié et déficient soit-il. Un geste très modeste, mais qui reconnaît que les luttes séculaires des citoyens pour conquérir ce droit fragile d’élire librement leurs représentants à la gouverne de l’État n’ont pas été vaines et doivent être poursuivies.

S’abstenir d’aller voter, c’est aussi exprimer son doute à l’endroit des candidats. Mais, plus fondamentalement, c’est marquer son désintérêt ou son mépris pour le système démocratique en tant que tel. C’est pourquoi, le jour où le citoyen abstentionniste viendra se plaindre du gouvernement issu du scrutin, et le jour où son droit de vote sera bafoué ou ignoré, comme c’est déjà le cas un peu partout sur la planète, il ne pourra s’offusquer si ses concitoyens qui ont exercé ce droit, même en votant blanc, lui chuchotent gentiment : « Ta yeule ! »

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