La souveraineté est la raison d’être de l’État

La présente campagne électorale ne semble pas soulever un enthousiasme fou chez les électeurs, comme si nous assistions à une espèce de grosse élection municipale, à une surenchère de promesses plus ou moins triviales, dignes des enjeux qui concernent le quotidien des gens dans un milieu donné, à un certain endroit, ce que l’on nomme habituellement « la scène locale ». Des lunchs peu chers, des billets d’autobus ou des permis de pêche gratuits, 300 $ par-ci, par-là. Navrant.

La nation a pour objet l’État, dont la raison d’être est la souveraineté. À vouloir évacuer la souveraineté, on ramène l’État aux dimensions d’un gros village. Que fait Justin Trudeau lorsqu’il négocie les accords de l’ALENA, que fait Theresa May lorsqu’elle négocie le « Brexit », ou Emmanuel Macron lorsqu’il tente de recadrer la France dans l’Europe ? Tous sont dans l’exercice de la souveraineté.

Ici, on entend le dernier commentateur patenté déclarer : « Moi, je ne suis pas souverainiste. » Ah bon ! Mais, en attendant il faudrait tout de même décider ce qu’on fera, comment on le fera et qui décidera lorsque des entreprises étrangères voudront acquérir Bombardier et pourquoi pas Hydro-Québec, ou lorsque d’autres réclameront l’accès à nos lacs et rivières pour forer des puits de pétrole.

Pendant que l’on s’éloigne de la raison d’être de l’État, nos politiciens prétendent faire de « l’économie », alors que c’est la stricte prérogative des entreprises. Non pas que la création de la richesse ne doive pas être la priorité de la politique, puisque la création de la richesse passe prioritairement par la lutte contre la pauvreté, l’éducation nationale et le maintien d’une population en santé, mais constatons que négocier avec Netflix ou Uber, c’est ramener l’État aux situations du tiers monde. Quant aux 300 $ par-ci, par-là, c’est du clientélisme pour consommateur.


 
10 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 17 septembre 2018 04 h 27

    Qu'ossa donne...?

    Pour que la phrase de l'excellent exposé de Monsieur Fillion ait prise, "La nation a pour objet l’État, dont la raison d’être est la souveraineté", ne faut-il pas en préalable que l'humain lui-même ait pour objet la conscience, dont la raison d'être est la pleine liberté ?

    Si cela est, avec ce que je proposait il y a quelques jours comme une "médiocre soupe" de promesses faite d'ingrédients qui sont improvisés au goût du jour, denc selon les sondages et la parole de celui qui arle le dernier, par cette élection, un pas supplémentaire se fait vers les abymes du court terme. Donc, de la réduction du sens même de ce qu'est notre part d'humanité...

    Un solide projet de société, voilà le besoin des Québécois et du Québec actuel.
    Un projet, une vision moderne et contemporaine, un cap net alimenté de respect de l'humain et de son environnement.
    Rien de moins.
    Sans réponse à ce besoin, non-seulement les campagnes électorales persisteront à se confondre à une offre de centre commercial que les politiques tentent de présenter comme "nouvelle et améliorée", mais la participation au processus continuera à être abandonnée parce qu'au fond, bonjour Monsieur Deschamps !, les élections, "qu'ossa donne ?".

    Vive le québec libre !
    Libre..., donc pas emberlificoté dans l'absence de perspectives à long terme.

    Tourlou quand même !

  • Claude Bariteau - Abonné 17 septembre 2018 06 h 07

    L’ÉTAT, l’État, l’état, l’… du Québec


    L’état du Québec est une grosse municipalité avec des ressources naturelles.

    Le Québec n’est pas un pays. Il ne fait qu’en rêver.

    La souveraineté de son État n’est pas celle de la France, des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada.

    Sa souveraineté est provinciale, délimitée par la constitution et soumise aux lois canadiennes.

    À deux reprises, les habitants de cette province ont rejeté une hausse de souveraineté en se liant différemment au Canada.

    Ils ont préféré demeurés dans le Canada avec les pouvoirs d’une grosse municipalité.

    Depuis, cette grosse municipalité s’enfonce dans un sol de sable mouvant. Plus rien ne la retient.

    Existe à côté du sable mouvant une grande échelle. Oui juste à côté. À portée de bras. Si on tourne la tête, on la voit.

    L’atteindre est à portée de la main.

    Il faut seulement se dégager des mains qui retiennent dans les sables mouvants avec les mains qui savent que cette échelle permettra de quitter les sables mouvants.

    Qui savent qu’un ÉTAT du Québec naîtra de mains agrippées à l’échelle qui auront tourné la tête pour la voir.

    • André Joyal - Inscrit 17 septembre 2018 10 h 01

      Oui, M. Bariteau, c'est bien dommage que J F Lisée joue le jeu d'un Québec vu comme une gosse municipalité en faisant des dizaines de tites-promesses comme autant de tis-suçons pour attirer l'attention. Il aurait dû pour préparer cette campagne électorale en s'Inspirant de Pierre Bourgault qui, lui, parlait de l'ÉTAT dans lequel nous étions et sommes toujours, nous les Québécois. Il expliquait les raisons qui exigeaient que l'on change cet état.

    • Pierre Raymond - Abonné 17 septembre 2018 20 h 02

      « Le Québec n’est pas un pays. » C. Bariteau

      ...et le Canada non plus. Il suffit de voir les WASPs fêter n'importe quoi pour se convaincre qu'ils ont un pays.

      À mon avis le Canada n'est qu'un territoire non cédé.
      Tout reste à faire.

  • Raynald Rouette - Abonné 17 septembre 2018 08 h 35

    Ça marche encore!


    Comme au temps de Duplessis.

    Pas étonnant que notre système d’éducation, entre-autres, soit dans un état aussi pitoyable.

    En lien avec la chronique de Jean-François Nadeau de ce matin, « gagner du temps » est la spécialité des fédéralistes depuis que Trudeau père a tracé la ligne en 1980.

  • Michel Lebel - Abonné 17 septembre 2018 09 h 10

    Un peu court!

    La raison d'être de l'État serait la souveraineté, selon l'auteur. C'est pour le moins un peu court, sauf évidemment pour un idéologue souverainiste. Il me semble que tout État, souverain ou non, a bien d'autres raisons d'être, dont la redistribution de la richesse, la lutte à la pauvreté, la promotion de l'éducation, l'environnement, etc.

    M.L.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 septembre 2018 08 h 39

      Non, M. Lebel.

      Depuis longtemps les études de systèmes, ouverts, fermés, simples ou complexes, on posé que le tout premier rôle d'un organisme est le contrôle de son environnement, question de survie bien sûr, mais aussi questions de recherche de réponses dans l'absolu. Ce qui est vrai pour vous personnellement l'est aussi pour une compagnie prise dans son ensemble, un syndicat, une ruche, un restaurant ou évidemment un gouvernement et un État.

      Tout le reste dépend des rôles impartis à l'organisme. Éducation, santé... d'un point de vue systémique ce sont les cases d'un immense échiquier. Humainement, c'est autre chose évidemment, mais nous parlons d'État ici.

      Dans notre réalité politique l'évidence est patente, sinon pétaradante : le fédéral passe son temps à empiéter dans les domaines provinciaux, principalement quant à la gestion du territoire mais aussi en utilisant SON argent pour imposer des choix aux provines. Il se justifie par mille moyens, mais le fait reste : à l'intérieur du territoire canadien, le fédéral est en guerre continue pour augmenter sa souveraineté.

      Comment ça, en guerre ?
      1. Il deviendra injustifiable à ses propres yeux dès qu'il cessera de se battre. Je vous répète que c'est une des lois des systèmes.
      2. Bin quin! Il en a les moyens, lui!

      Dans ces conditions, et le gouvernement Couillard s'est frotté audites conditions, la lutte pour la souveraineté de chaque province existe, ne serait-ce qu'en réaction à celle du fédéral. Évidemment elle dépasse de loin la protection.
      Pareil aux USA, avec la nuance que leur constitution est fichtrement plus spécifique que la nôtre.

      Exemple plutôt anodin, la légalisation du cannabis. Aux States, elle se fait état par état, et le fédéral hurle. Ici, on l'impose par le haut. Qui hurle ?

      Tout finit par revenir à une question de souveraineté : je peux, ou je peux pas ? J'ai les sous, ou pas ?

      La souveraineté n'explique pas tout. Mais voilà, elle touche à tout.

  • Roger Bertrand - Abonné 17 septembre 2018 09 h 55

    Enfin !

    Oui, enfin un rayon de lumière dans la purée de pois qui caractérise la présente élection.
    Nous ne recevons que promesses et engagements "clientélistes", promettant par exemple à Québec un 3e lien, des élargissements d'autoroutes, alors qu'on fonce tout droit vers la catastrophe climatique. Et ce n'est qu'un exemple qui se répète un peu partout, dans tous les domaines et surtout au plus grand avantage des régions centrales.
    Si le Québec ne peut à lui seul se sortir de l’échec climatique, il le peut encore moins s'il demeure demi-état, à la merci des choix environnementaux de la fédération à laquelle il appartient encore...