Optimisme volontariste

Je suis à la fois agacée par l’optimisme volontariste d’une partie des militants de l’environnement (d’autres semblent plus réalistes : « Les illusions perdues », Le Devoir du 5 septembre) et ébahie que d’autres ne baissent pas les bras, quelle que soit la raison pour laquelle ils persévèrent.

Nous devrions être en train de faire marche arrière à toute vitesse, mais nous n’avons même pas commencé à décélérer et, à moins de se tenir entre « verts », on voit bien qu’une partie importante de la population mondiale ne veut pas (Occident) ou ne peut pas (pays en voie de développement) prendre ses responsabilités. Notre civilisation arrive en bout de course, et c’est tant mieux, mais, avec un peu de prévoyance, on aurait pu éviter la période de chaos qui présidera sans doute à son effondrement. La Terre et une partie des espèces animales survivront, et cette expérience apparemment cul-de-sac qu’est le genre humain fera place à autre chose.

Dommage pour nous qui savons, en gros, ce qu’il faudrait faire, mais ne le faisons pas parce que notre cerveau n’est pas fait pour appréhender des problèmes complexes et à long terme dont les conséquences ne nous touchent pas encore vraiment sérieusement. Le fait qu’une partie des riches pense qu’ils pourront échapper au chaos en se réfugiant dans un Éden utopique fait qu’ils utiliseront leur richesse non pour aider à régler le problème, mais plutôt pour se mettre à l’abri (c’est arrivé souvent dans l’histoire de l’humanité).

5 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 11 septembre 2018 08 h 31

    Terriblement lucide

    J'espère que l'auteure de cette lettre se trompe.

  • François Beaulé - Abonné 11 septembre 2018 10 h 04

    Certains humains survivront

    Cette vision est réaliste. Mais je crois qu'une partie de l'humanité va survivre à l'effondrement. Possiblement les plus riches. Mais aussi possiblement d'autres qui sont habitués à survivre dans des conditions misérables.

    Quoique, selon moi, le plus grand déterminisme de cet effondrement n'est pas notre cerveau mais un système économique tentaculaire dont nous sommes affreusement dépendants et qui carbure à la croissance.

  • Jean Richard - Abonné 11 septembre 2018 11 h 25

    La gauche et l'environnement

    « Le fait qu’une partie des riches pense qu’ils pourront échapper au chaos en se réfugiant dans un Éden utopique fait qu’ils utiliseront leur richesse non pour aider à régler le problème, mais plutôt pour se mettre à l’abri (c’est arrivé souvent dans l’histoire de l’humanité). »

    Cette phrase en dit long et elle rend compte d'une réalité que même QS, parti qui se définit à gauche, n'ose attaquer de front dans sa campagne électorale : la récupération des politiques environnementales au profit des mieux nantis (et ajoutons des industrielles). Comme quelqu'un le mentionnait plus haut, la lutte contre les changements climatiques ne se jouera pas au Québec. Les pouvoirs du Québec représentent un verre d'eau dans l'océan. Mais le Québec a encore un contrôle sur son habitat, sur son transport et en partie sur son activité industrielle. Ce sont trois domaines où les mieux nantis placent leurs pions afin d'être le moins possible affectés par les conséquences des changements climatiques, et pire, d'en tirer profit. Le cas des transports est le plus flagrant. Ces jours-ci, les politiciens candidats des divers partis nous parlent de voitures à batteries pour 2030, 2035 ou quoi encore. Mais aucun n'ose dénoncer que ce dossier est très mal engagé car sans changement radical, il servira à court et à moyen terme à privilégier les mieux nantis (grasses subventions à l'achat, voies et espaces de stationnement réservés, gratuité des péages autoroutiers, exemptions de taxes diverses...). Bref, des privilèges aux mieux nantis et en contre-partie, un bilan à peu près neutre ou même négatifs face à l'environnement, car on reconnaît de plus en plus que la voiture individuelle à batterie n'aura qu'un impact minime sur les émissions de GES et qu'elle amènera une nouvelle source de pollution, tout en reconduisant un modèle avec lequel il vaudrait mieux rompre – le modèle automobile, associé à l'étalement urbain, à l'empreinte environnementale excessive.

    • Odette Hélie - Abonné 11 septembre 2018 19 h 03

      Il est vrai que la voiture électrique sera intéressante une fois qu'on aura retiré la majorité des véhicules automobiles privés de la route. La fabrication (ressources nécessaires en voie de raréfaction) des batteries est en soi un problème. En outre, remplacer les autos à combustion par des autos électriques ne règle pas le problème de l'espace urbain monopilisé par les véhicules, de l'agitation engendré par tous ces déplacements, de l'anarchie de la planification urbaine (habitations loin du travail, etc.) Si on doit continuer à s'entasser dans les villes, il faudra les civiliser !

  • Léonce Naud - Abonné 11 septembre 2018 11 h 56

    L'Occident et la vache morte du Frère Untel


    Un tantinet naïvement, l’auteure se réjouit du fait que « notre civilisation arrive en bout de course, et c’est tant mieux ». Rappelons qu'un Prophète a déjà vécu parmi nous – le Frère Untel – lequel nous a mis en garde contre ce qui menaçait l'Occident. Relisons son Billet paru en Éditorial du journal La Presse, le 31 juillet 1971 :

    « Du temps que j’allais aux fruitages, nous avions aperçu une vache crevée dans le repli d’une coulée. Attirés par l’odeur, nous avions découvert la vache. C’était grouillant de vie. Pas de détails.

    « Des fois, on se dit que les sociétés occidentales sont des vaches crevées. C’est grouillant de vies, d’opinions, de journaux, de placotages, de hot lines et de mouvements de toutes sortes. Mais il n’y a plus de vache. La vache, comme vache, était un principe organisateur et despotique. Tout ce qui entrait dans la vache se transformait en vache ou bien était rejeté sous forme de bouses. C’est le mot. Cette organisation de vache, en plus d’assurer la pérennité de la vache, assurait également quelques sous-produits comme le lait et les veaux. Mais l’organisation était impitoyable : le foin, l’eau, l’oxygène, l’azote, n’avaient aucun choix : ils étaient despotiquement transformés en vache ou en bouses.

    « Quand la vache mourut, ce fut une merveilleuse fête et la libération simultanée de multiples formes de vie. C’était grouillant. Mais il n’y avait plus de vache. Du point de vue de la vache, c’était une défaite. Du point de vue des autres formes de vie, c’était le gros pique-nique. Cela a duré ce que durent les pique-niques : moins longtemps qu’une vache.

    On se demande parfois si l’Occident n’est pas une vache crevée, dans laquelle grouillent des centaines de formes de vie, qui se retrouveront bientôt, despotiquement réorganisées, dans une autre vache. C’est, en gros, le cycle de l’azote. »