Sur le vote libéral des jeunes

« Ce sont désormais les jeunes de 18 à 34 ans qui appuient massivement les libéraux. » C’est une des observations, a priori surprenantes, tirées du dernier sondage du Journal de Montréal sur les prochaines élections québécoises. Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, nous, les indépendantistes, nous plastronnions et déclarions à qui voulait l’entendre que le mouvement vers l’indépendance était inéluctable puisque l’écrasante majorité des jeunes Québécois était indépendantiste. On comprendra que nous trouvions ce radical renversement de tendance plutôt saumâtre. Que s’est-il donc passé ?

J’émets ici l’hypothèse que le Parti québécois et le mouvement nationaliste québécois ont été victimes de leur succès. Nous avons grandement contribué à transformer les ex-Canadiens français, porteurs d’eau, dominés économiquement et linguistiquement par « nos maîtres les Anglais » (Maurice Seguin), complexés, en Québécois, maîtres de leur économie, vivant dans un environnement français et pourvus d’une robuste confiance culturelle. Bref, nous avons réussi à rendre les Québécois individuellement indépendants, mais avons échoué à rendre le Québec politiquement indépendant ! Triste pied de nez de l’histoire ! Pourquoi les jeunes Québécois aspireraient-ils à l’indépendance puisque toutes les raisons objectives qui sous-tendaient ce mouvement semblent pour eux aplanies ? Le fédéralisme à la Couillard et Trudeau semble leur convenir, ils n’ont de ce fait aucune objection à voter libéral.

Je ne sais pas s’il est possible de renverser cette tendance. Malgré nous, nous avons fait la preuve que les Québécois pouvaient s’épanouir dans le giron fédéral. II appartient maintenant aux plus jeunes souverainistes de trouver les moyens de faire vibrer les cordes nationalistes des plus jeunes générations. [...]

5 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 23 août 2018 08 h 59

    Pas vraiment mais presque

    M. Gomez,
    ce que vous dites est presque vrai.

    En effet, les Québécois ont l'illusion d'être " maîtres de leur économie, vivant dans un environnement français et pourvus d’une robuste confiance culturelle". Ça va jusque là : nous avons l'impression d're pourvus d'une robuste confiance culturelle!!

    Dans les faits le capital est encore terriblement mal réparti selon le profil linguistique. Le niveau d'études itou. Le revenu annuel, itou! Et lorsque les médias internationaux se penchent sur la situation ici, dans leur immense majorité ils rapportent tel quel ce qu'ils trouvent dans The Gazette. Le Monde, peut-être pas, mais qui lit Le Monde ?

    Il sera impossible de créer une masse décisionnelle de capital réelle sans une concrétion autour d'un État fort, sauf éparpillement dans la masse anglophone. C'est que Parizeau visait et ça a toujours été le but des indépendantistes quoique souvent on ait oublié de le répéter, pour des raisons évidentes : ça semble un peu théorique tout ça.
    Un meilleur revenu pour chacun, c'est essentiel. Mais tant que les décisions importantes se prendront à l'extérieur du Québec, oubliez l'écologie responsable, le développement organique des régions, la stabilité économique, et partant une éducation assurée pour tous ainsi que la santé sociale.

    Vous dites juste à cette nuance près : on n'y est pas du tout, du tout. Nous croyons avoir gagné quelques points, nous n'avons qu'assuré une certaine survie à ce peuple pour deux ou trois générations de plus avant de devenir du folklore.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 23 août 2018 09 h 54

    Les moteurs de la souveraineté

    Le politicologue Jean-Herman Guay avait bien identifié, voici près de 20 ans, deux "moteurs" qui risquaient de tomber en panne afin de promouvoir l'indépendance du Québec: le premier avait trait à l'essor économique des "Canadiens français" obtenu par l'utilisation de l'État québécois depuis 1960 qui aura permis de combler en grande partie le retard économique de ceux-ci; le deuxième était directement lié à l'adoption de la Charte du français qui, malgré qu'elle ait été charcutée par la Cour suprême du Canada, a donné un sentiment de sécurité linguistique à une majorité de francophones.

    Mais, il y en a d'autres. Le troisième moteur faisant défaut découle des deux premiers et implique que si plus de 80% des jeunes francophones s'identifient d'abord comme Québécois, ils sont beaucoup moins nombreux à souhaiter l'indépendance du Québec, car, à 80%, ils considèrent qu'il demeure possible de réformer le fédéralisme canadien de manière à satisfaire à la fois le Québec et le reste du Canada. Notons qu'en 1995, seuls 40% des jeunes francophones étaient de cet avis.

    Le quatrième moteur a trait aux enjeux illustrés par les changements climatiques qui sont source d'inquiétude pour une forte proportion des moins de 35 ans. Comme je l'écrivais, il y a quelques années: "Quand un tsunami risque de tout emporter, on se fout pas mal des chicanes de clôture!".

    Enfin le cinquième moteur connaissant des ratés demeure le même que celui qui mine bien des partis se réclamant de la social-démocratie, celle-ci s’étant transformée pour plusieurs d’entre eux en social-libéralisme, les rendant incapables de changer quoi que ce soit au contrôle oligarchique actuel. Pour le PQ, cette difficulté prend en plus la forme d’un souci maladif de ne pas déplaire tant à droite qu'à gauche afin de ne pas miner ses chances de gagner un éventuel référendum, avec le résultat qu’avec de tels atermoiements le PQ en fin de compte ne plaît plus à personne.

    Pour en savoir plus, https://bit.ly/2LcgV

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 23 août 2018 22 h 22

      Enfin, n'y aurait-il pas un sixième moteur, faisant défaut de manière plus insidieuse, découlant d'avatars de ce que d'aucuns ont appelé la "mondialisation", mais qui serait bien mieux nommée comme une "uniformisation" de la culture asservie à un modèle universel Made in USA. Des avatars qui font que les moins de 40 ans, plus que leurs parents et encore plus que leurs grands-parents ont assimilé bien des traits culturels (valeurs, attitudes et pratiques) provenant d'Uncle SAM. Ces traits ont contribué à l'émergence d'identités morcelées au nom de la diversité et à l'encontre du bien commun. La culture numérisée de Spotify à Netflix, de Facebook à Instagram ou de Google Home à Siri vient laminer les cultures nationales instituant comme référant des mèmes globalisés conçus, produits et distribués par une oligarchie apatride disposant de la force des GAFA dont les moyens d'espionnage et de persuasion servent les intérêts d'entités transnationales.

      Bien des jeunes de la classe moyenne anxieux de perdre leur dépendance au mode de vie promu par l'American way of life cherchent alors à se réfugier dans les bras des politiciens qui leur promettent le maintien pour encore longtemps de leurs rêves consuméristes. Les radios poubelles de Québec en sont un écho tonitruant, la CAQ ou le PLQ l'incarnation politique. Il faut lire L'IMPASSE pour en saisir la pernicieuse gravité à https://lautgauche.com/2018/02/limpasse/

  • Réjean Martin - Abonné 23 août 2018 12 h 15

    les jeunes regardent les vieux

    les jeunes voient que les souverainistes sont divisés: PQ vs QS. Voilà qui n'aide pas...

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 23 août 2018 13 h 00

    Jeunes droitiers et vieux gauchistes

    Il est arrivé souvent dans l'histoire du Parti libéral que les jeunes libéraux veuillent tirer leur parti vers la droite. Mario Dumont est un jeune libéral qui a quitté le parti parce qu'il n'arrivait pas à tirer son parti plus à droite. Les jeunes libéraux ont aussi souvent présenté des résolutions qui voulaient par exemple restreindre l'accès aux prêts et bourses uniquement aux plus pauvres des plus pauvres parmi les étudiants. Le parti a souvent rejeté ces résolutions.

    Par contre, la jeunesse dont il est question n'est pas un bloc monolithique, comme l'a démontré le printemps érable qui a duré plusieurs mois avec la revendication centrale de la gratuité scolaire et de l'opposition à l'augmentation des frais de scolarité à l'université.

    Ce qu'on peut en conclure, c'est que si le réflexe néo-libéral de certains jeunes est très fort, celui-ci s'amenuise en vieillissant puisque les gens de gauche sont souvent parmi ceux qui ont dépassé l'âge de 34 ans. On dirait que l'idéologie de gauche s'aquiert en accumulant de l'expérience et de la sagesse, malgré la facilité de tous les populismes de droite.