Un grand parmi les grands

Je me souviens du jour où une élève de cinquième secondaire de l’école où j’enseignais avait pris l’initiative d’inviter le comédien Albert Millaire à l’amphithéâtre pour mousser le théâtre auprès des élèves.

Cet après-midi-là, la frénésie était palpable dans la salle, où quelque huit cents élèves attendaient avec impatience ce grand comédien, ignorant tout de la prestation qu’il allait leur offrir.

Puis, tout à coup, tel un personnage sorti d’un conte de fées, le grand Albert Millaire apparut sur la scène, muni d’un nez proéminent, vêtu d’un chapeau arborant une longue plume, d’une veste ample resserrée à la taille par une large ceinture, d’un pantalon bouffant et de longues bottes.

Alors, de sa voix de stentor, il annonça aux élèves qu’il allait leur jouer un extrait de Cyrano de Bergerac. Puis, dès qu’il amorça sa longue réplique, un silence sépulcral envahit la salle, si bien qu’on aurait pu entendre voler une mouche. La communication avec les jeunes spectateurs s’est établie aussitôt que l’acteur se mit à parler et à bouger sur scène avec une telle magnificence que les yeux des élèves demeuraient rivés sur Cyrano.

Plusieurs des élèves qui ont assisté à cette prestation s’en souviennent probablement encore aujourd’hui… C’était surtout cela, Albert Millaire, un grand parmi les grands, qui envahissait la scène pour finalement se l’approprier tout entière !