La face cachée du Canada

Le gouvernement canadien a commis une belle bourde diplomatique en critiquant publiquement l’arrestation de Samar Badawi ; une des diverses militantes ayant subi les foudres du régime saoudien. Comme l’a appris à ses dépens son frère Raïf, le royaume wahhabite ne reculera pas en ce qui a trait au traitement des activistes osant lever le ton chez notre allié hétéroclite.

Sans remettre en question la bonne foi de la ministre Chrystia Freeland dans ses dénonciations, le gouvernement canadien serait beaucoup plus productif en prêchant par l’exemple le respect des droits de la personne dans le monde.

En plus de partager une vision eurocentriste de la défense des droits de la personne, le bilan du Canada est loin d’être sans taches. Rappelons-nous que le gouvernement Trudeau approuve et défend la vente d’armes, de véhicules de combat, de missiles et d’autres instruments de guerre à la coalition saoudienne attaquant sans relâche le Yémen depuis trois ans. Par ailleurs, plusieurs hélicoptères ont été vendus aux Philippines massacrant des milliers de civils, femmes et enfants et forçant le déplacement de milliers d’autres dans sa guerre contre la drogue et le terrorisme. Ces contrats se chiffrant en centaines de millions de dollars semblent valoir plus que les vies terrassées par ces régimes sanguinaires.

En Afrique et en Amérique latine, les minières canadiennes s’attaquent violemment aux luttes autochtones et paysannes pour la protection des territoires et des droits des travailleurs. Par l’entremise des autorités locales, des conditions de travail semblables à l’esclavage sont imposées, des populations sont déplacées, des femmes sont violées et des opposants pacifiques sont assassinés.

Finalement, à l’intérieur même de nos frontières, un juge de la Cour fédérale soutient que des Autochtones pourraient demander l’asile dans un autre pays en raison des risques qu’ils courent pour leur vie. Bien que le Canada reste une figure de proue au plan international en ce qui concerne les droits de la personne fondamentaux, la réalité est tout autre. Au moins, le gouvernement Trudeau a l’amabilité d’accueillir les migrants qu’il crée indirectement.

7 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 17 août 2018 07 h 30

    Le Canada nage en pleine contradiction

    Le gouvernement, voulant plaire à tous , défend le tout et son contraire. Comment être crédible à la face du monde en faisant de beaux discours pacifiques tout en vendant des armes? Comment être crédible en voulant défendre le droit des femmes tout en faisant affaires avec des pays où le rôle de la femme n'en est même pas un de figuration? Comment être crédible lorsqu'on veut "protéger" l'environnement, en augmentant la production du pétrole des sables bitumineux? Non, le Canada n'a pas de face cachée. Le problème du Canada c'est qu'il a une DOUBLE-FACE...

    • Cyril Dionne - Abonné 17 août 2018 09 h 54

      Bien d'accord avec vous Mme Garneau. Le Canada, issu de la tradition britannique, a toujours été un grand hypocrite sur la scène mondiale et ceci est doublement personnifié par notre adolescent en chef devenu premier ministre. Il faudrait que notre jeune libéral qui a écrit cette missive s'en rende tout simplement compte. Tous les pays n'ont pas d'amis, ils ont tout simplement des intérêts.

      N'en déplaise à nos puristes, le Canada est un des plus grands producteurs d'armes dans le monde même si nous sommes seulement qu'un petit pays. C'est cela les valeurs "canadians".

  • N. G. Spencer - Inscrit 17 août 2018 08 h 40

    Pas du tout!

    Les boycotts contre l'Apartheid sud-africain et le "Leibensraum" d'Eretz Israël ont été commencé par des "petits" pays, malgré le désencouragement actif des grands. Il faut dire "non" au foyer du fascisme mondial tôt ou tard, histoire oblige.

  • Paul Gagnon - Inscrit 17 août 2018 09 h 39

    Drôle de défense-attaque

    Si le Canada vend des armes à l'Arabie Saoudite, on le condamne et on lui dit qu'il devrait se porter à la défense des contestataires emprisonnés comme Samar Badawi et son frère.
    S'il fait l'inverse, on lui cherche des poux ailleurs, chez lui par exemple avec les autochtones (exemple souvent utilisé par le passé: par l'Afrique du Sud de l'apartheid, par les islamistes... etc.).
    Pas facile de contenter et sa mère et sa belle-mère.

  • Hélène Routhier - Abonné 17 août 2018 15 h 00

    Le Canada ou notre gouvernement?

    Il ne faut pas confondre le gouvernement canadien emprisonné dans une logique capitaliste hors contrôle et étranglé par les pressions de lobbyistes qui ńont que faire de l’opinion publique. C’est le gouvernement qui a deux faces que nous, pas si dupes, ne voyons que trop bien et qui ne respecte pas ses engagements envers une population qui a été trompée après les élections. Nous sommes le Canada, pas le monsieur qui se déguise et fait le jeu d’interêtes qui n’ont pas le nôtre à cœur. Jacques Bérard

  • Michel Lebel - Abonné 17 août 2018 16 h 14

    Le monde réel!

    Vaste et complexe question que celle de la coexistence d'une politique étrangère et le respect des droits de la personne. Je dirai ici seulement que cette politique ne peut avoir comme principal fondement le respect de ces droits. Celui-ci ne peut en être qu'une composante plus ou mois importante, parmi d'autres. Aucun pays. à ce que je sache, n'a fait des droits de la personne le principal fondement de sa politique étrangère. Dans un monde idéal, cela devrait être toutefois le cas. Mais nous vivons dans monde réel! Les progrès en matière des droits humains demeurent bien lents. Le Canada n'échappe pas à cette lenteur.

    M.L.