«À l'exception du Québec»

Statistique Canada publiait le 18 juillet les résultats d’une étude mettant en évidence la valeur des données détaillées pour mieux comprendre les défis en matière de santé. L’étude montre que les nouveaux immigrants sont touchés de façon disproportionnée par la tuberculose évolutive. Si le Canada présente les taux parmi les plus faibles au monde, l’incidence de la tuberculose parmi les immigrants et les Autochtones demeure élevée.

Comme le notent les auteurs, « il s’agit de la première étude portant sur les hospitalisations liées à la tuberculose chez les nouveaux immigrants au Canada à l’échelle nationale, à l’exception du Québec ». Pourquoi « à l’exception du Québec » ?

Parce que, contrairement aux autres provinces, Québec refuse de partager avec Statistique Canada ses données administratives sur la santé. Cette décision relève du ministère de la Santé et des Services sociaux, dépositaire des données d’hospitalisation.

Chaque année, Statistique Canada développe de nouveaux ensembles de données à partir du couplage de données provenant de divers fichiers administratifs — notamment les fichiers sur les hospitalisations et les congés des patients — aux données d’enquêtes, comme celles de la Base de données longitudinales sur les immigrants, du Registre canadien du cancer ou encore du recensement ou des fichiers d’impôt. De telles données recèlent un grand potentiel analytique du point de vue de la recherche, de l’avancement des connaissances et de l’élaboration de politiques et mesures de santé publique fondées sur les données probantes.

Les exemples d’études d’envergure menées à partir de fichiers couplés sont nombreux. [...] Mentionnons une étude sur les différences entre les hommes et les femmes dans les taux de survie au cancer, une autre sur les risques de décès et d’hospitalisation chez les personnes âgées liés à la nutrition, et une étude à venir sur l’importance des traitements chirurgicaux du cancer du sein [...]. Chaque fois, les résultats et conclusions des études portent sur le Canada, excluant le Québec.

La position adoptée par Québec prive les chercheurs et les décideurs d’un puissant outil d’analyse comparative des enjeux dans le domaine de la santé. Les données « nationales » sont en quelque sorte amputées de riches informations sur les patients québécois, ce qui limite les enseignements qu’on peut en tirer. C’est toute la communauté des chercheurs, des intervenants et des acteurs du milieu qui en paient le prix.

5 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 6 août 2018 04 h 29

    Questions et commentaires.

    Vous écrivez que le « Québec refuse de partager avec Statistique Canada ses données administratives sur la santé ».

    Ces données existent, ce que j'en déduis. Sont-elles accessibles ? Je serais surpris qu’elles ne le soient pas.

    Ces données sont-elles compilées de la même façon que celles des autres provinces ? Je n’en sais rien. Je n’ai jamais fait l’exercice. Je présume que vous avez abordé ce point.

    Si elles ne sont pas compilées selon les attentes de Statistiques Canada, participer aux compilations de Statistiques Canada exige-t-il de les transformer aux fins de la compilation ?

    Si oui, ça expliquerait la non participation du Québec à cette compilation ?

    Si non et si elles sont disponibles, les chercheurs peuvent faire des comparaisons avec celles de Statistiques Canada.

    Bien sûr, ce serait plus simple pour les chercheurs de tout avoir en main en recourant à Statistiques Canada.

    Mais si les données existent et les comparaisons sont possibles, parler de l’exception Québec n’a de sens que pour le chercheur qui veut faire des comparaisons rapides entre les provinces.

    Par contre, si elles existent et diffèrent des règles de compilation de Statistiques Canada, il faudrait plutôt que les chercheurs traitent les différences de compilation, signalent les zones grises et les écarts de vues que contiennent les données du Québec et de Statistiques Canada.

  • Michel Blondin - Abonné 6 août 2018 17 h 11

    La recherche de l'universelle et du spécifique

    Imaginer que le Québec est un pays et il ne vous viendrait jamais à l'esprit de venir comparer avec le ROC les données, sans faire une distinction méthodologique.
    À preuve, la comparaison des données avec les USA exigerait cette précaution mutatis mutandis. Et, il serait normal d'exprimer des réserves pour toutes comparaisons entre pays.

    Or, la culture et la spécificité du Québec ne sont pas des tares. Alors, la demande va contre nature et contre le respect d'une culture dans un but d'une conception universelle pour ne pas dire mondialiste.
    Ma surprise vient de votre propre réflexion, à savoir qu'à titre de chercheur, vous ne le voyez pas et exigez la désagrégation des spécifités.!

  • Raymond Labelle - Abonné 6 août 2018 20 h 02

    Question.

    L'institut de la statisque du Québec (gouvernement du Québec) fournit-il des informations publiques quant à ces sujets?

    En tout cas, j'ai trouvé cette page de cet Institut présentant des infos de nature statistique en matière de santé:
    http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/sante/inde

  • Gilles Théberge - Abonné 7 août 2018 09 h 54

    Pourquoi cet article a-t’il l’air d’une désinformation... ?

  • Pierre Raymond - Abonné 7 août 2018 15 h 16

    Où est le problème ?

    Le Fédéral n'hésite jamais à utiliset LES lois, LA charte et LA cour suprême pour justifier ses nombreux et humiliants refus au Québec alors... il est où le problème ?

    Serait-ce que tout-à-coup le Québec a une " certaine " importance aux yeux du Fédéral et de ses agences ?

    Une importance utilitaire '' of course '' !