«Kické out» de ma radio

Ma radio est celle de Radio-Canada. Pas parce que j’y ai travaillé 36 ans, mais parce que c’est celle, la seule, que j’écoute. Je la trouve à ce point essentielle que j’ai été pendant quelques années le porte-parole des Amis de Radio-Canada.

Je suis, hélas ! devenu un ami trop souvent déçu par ce qui y passe maintenant pour la qualité de la langue. Le kické out écorchant de mon titre est venu d’une chroniqueuse qui n’a pas trouvé « remercié », « congédié », « viré », « renvoyé » pour raconter ce qui est arrivé à quelqu’un de… licencié. Une autre nous a parlé du bass drummer de tel groupe ; un autre de l’engagement non-stop de quelqu’un. Que de brefs exemples éructés non pas sur des mois, mais en quelques heures et qui illustrent une mode, ou en tout cas une tendance déplorable. Il ne s’agit pas de parler pointu la bouche en cul-de-poule ; il s’agit de respecter et de propager une langue qui constitue une des définitions essentielles d’une communauté minoritaire en Amérique du Nord. Laissons aux Franco-Français que ça amuse les cérial killeur et les poweur strugol.

Je conçois très bien et j’accepte aussi aisément que Radio-Canada fasse appel à des plus jeunes (que moi !) pour rechercher un nouvel auditoire afin de prolonger son utilité et asseoir sa pérennité. Mais pas au prix de me marcher sur la langue.

14 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 2 août 2018 07 h 39

    Entendu avant hier au 106,3 (Québec)

    Y'a plus grave encore que les anglicismes paresseux et pullulants:

    "...le bouchon de circulation que je vous parle...".

    J'étais très content qu'on me parle ce bouchon.

  • Benoit Léger - Abonné 2 août 2018 08 h 11

    Dialecte québécois

    Merci M. Dussault pour ce rappel à l'ordre. J'ai souvent participé à des émissions de la Première chaîne pour des discussions sur le monde des camionneurs. J'étais généralement le seul parmi mes collègues, à soigner pour la circonstance, mon vocabulaire et ma grammaire, pour tenter d'échapper à ce dialecte qu'on appelle faussement la langue québécoise. Le joual fut à une époque, un outil de revendication culturel mais il est devenu le symbole du laxisme face à notre louisianisation progressive. J'ai peur que vos doléances soient malheureusement perçues comme nostalgiques et rétrogrades par les principaux intéressés.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 2 août 2018 08 h 53

    « C'est pas ouineure » (sic)

    Le français c'est «passé date» (i.e. démodé, ringard), nous autres on parle québécois, tsé j'veux dire ? (i.e. comprends-tu ?)

    Blague à part, c'est sans compter les cuirs et la prononciation molle qu'aujourd'hui l'on croit à tort être le propre de l'accent canadien (sic).

    C'en est fini de l'accent tonique, de la diction, des groupes rythmiques qui règlent la mélodie de la phrase ; «quand qu'on (sic) constate» que les médias et l'école participent à l'abâtardissement de la langue du terroir, on nous traite de pédant, voire même de pédé…

    Or, la dégénérescence du registre familier entraînera un morcellement de la francophonie, i.e. que le québécois, le commun hexagonal n'y entendra que couic ; à ce sujet, le chiac que l'on ânonne au New-Brunswick en est un exemple édifiant.

    De même, je comprends parfaitement les paroles françaises que chantent le couple cajun Cléoma Breaux et Joseph Falcon lorsque j'écoute leurs disques enregistrés autour des années vingt, alors que près de cent ans plus tard on peine à comprendre le français cajun.

    P.-S. : Diantre ! Mais ! qu'est-ce donc qu'un «poweur strugol» (sic) ?

    Par ailleurs, contrairement à l'OQLF qui proscrit l'emploi de «i.e.», je partage l'avis de l'Académie française qui ne considère pas comme un anglicisme l'abréviation de la locution latine «id est» (i.e. c'est-à-dire) ; pour ma part, il est plus aisé de taper i.e. plutôt que c.-à-d.

  • Jean-François Trottier - Abonné 2 août 2018 09 h 23

    "Dont" a disparu, "de d'autres" est le grand vainqueur !

    On comprend qu'un animateur puisse faire des accrocs à la langue dans le feu d'une discussion, mais pas des tonnes.

    M. Dussault, qui a travaillé dans le monde du sport où tout va très vite, a toujours su utiliser un français correct, et surtout très précis. Au surplus il a travaillé sa voix pour la rendre plus intelligible, ça paraissait. On appelle ça "respecter l'auditeur", tout bêtement. Et pour y arriver, hé oui, il faut s'écouter, pour de fichues bonnes raisons.
    Lecavalier s'écoutait, Garneau s'écoutait. On les suivait aussi facilement à la radio que devant la télé. Pourquoi ?
    Ils se mettaient à la place de l'auditeur. Pas dans l'estomac et les sentiments mais dans la tête et la compréhension. Ils laissaient les gens avoir leurs propres sentiments, par respect.
    Et Bergeron. Et Dussault bien sûr.

    Le but trop évident est de "faire peuple" pour ne pas passer pour des snobs. Quel esprit de colonisés !
    À force d'imiter Radio X, on finit par raccourcir la pensée à sa moindre manifestation.

    On ne vient pas "de d'autres" pays. Et un complément d'objet indirect, ça existe!

    Je n'ai strictement rien contre un Tabarnac bien senti ou une expression riche de verdeur, au contraire.
    Mais pas dans la bouche des professionnels de la communication. Jamais. Dans ce cas il s'agit de cabotinage sinon de racolage. Et ça paraît.

    Les gens qu'on interroge, eux, ont le droit de s'exprimer comme ils le peuvent. Normal et sain. Les émissions humoristiques et artistiques aussi ont leurs écarts et utilisent la ou les langues de la rue. Normal et sain.

    Mais les professionels de Radio-Canada ? De TVA ?

    On ne demande pas l'utilisation du plus-que-parfait du subjonctif, hé! (Même si parfois on aurait dû l'utiliser). Simplement un français correct et, parce que justement c'est du français, précis, J'aimerais pouvoir écouter la radio sans développer des tics d'irritation à répétition, juste ça.

    Pour parodier un autre rigolo qui cabotine en grand depuis peu, Tabarnouche

    • Jean Lacoursière - Abonné 2 août 2018 11 h 06

      J'ai l'impression que vous confondez Pierre Dufault, le descripteur et journaliste sportif, et l'auteur de la lettre, Jean Dussault, ex-animateur à la Première chaine de Radio-Canada, entre autres d'une (défunte) émission de fin de journée.

  • Danièle Bérubé - Abonnée 2 août 2018 10 h 57

    Tout à fait d'accord avec M. Dussault!

    La connaissance de la langue française et, surtout, l'engagement à l'utiliser correctement dans le cadre de son travail ne devraient-ils pas être une condition d'embauche à la chaîne française de Radio-Canada (et de tout autre média francophone)? Si un employé fait preuve de laxisme à ce sujet, ne devrait-il pas recevoir une quelconque réprimande de son patron?

    Danièle Bérubé et Pierre Bard