Censure? Un instant

Les mésaventures de SLĀV et de Kanata ne sont pas du même ordre. On a tort de crier à la censure dans le cas de Kanata. Devant la controverse et des critiques parfois agressives, Ex Machina a décidé de retirer la pièce. Dans le cas de SLĀV, c’est le Festival de Jazz qui a pris, lâchement, la décision d’annuler le spectacle, contre la volonté des créateurs. Après avoir changé leurs rationalisations une ou deux fois, les dirigeants du FIJM ont même eu la malhonnêteté de prétendre qu’ils ne faisaient pas de censure. Mais, de toute façon, deux beaux gâchis.

12 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 30 juillet 2018 02 h 09

    Pas

    du même ordre, mais le résultat le même: CENSURE!

  • Jean Thibaudeau - Abonné 30 juillet 2018 06 h 53

    Ce n'est pas la controverse et les critiques qui ont amené Ex Machina à mettre fin à KANATA, mais les problèmes financiers causés par le retrait de co-producteurs américains, vraisemblablement en raison de leurs craintes quant à la rentabilité... à cause de la controverse.

    Je ne vois guère de différence entre les deux situations.

  • Cyril Dionne - Abonné 30 juillet 2018 07 h 13

    La liberté d’expression est sacrée

    On se demande sur quelle planète certains gens vivent. Kanata a été retirée par Ex Machina suite aux bailleurs de fonds privés qui se sont retirés à cause des pressions survenus par certains autochtones en des termes assez clairs de « bullying » culturel. La censure demeure toujours de la censure lorsqu’on exige non seulement de s’immiscer dans une pièce de théâtre fictive pour y participer, mais on veut en changer le contenu. D’autres ont appelé carrément à ce que la pièce n’aboutisse pas si leurs exigences énumérées n’étaient pas au rendez-vous et on même ajouté quelques menaces voilées. C’est carrément de la censure a priori pour une œuvre d’art qui en était encore à l’étape de conception.

    Pour SLĀV, cette censure est arrivée qu’au début des présentations. Les résultats ont été les mêmes et c’est pire dans la situation de Kanata. Kanata n’était même pas terminée. Non seulement on demande aux Autochtones de nous rejoindre au 21e siècle, on pourrait en dire de même pour d’autres qui n’y voient pas une ingérence ignoble dans le processus de création artistique et la liberté d’expression.

    La liberté d’expression est sacrée dans toute société sinon on déambule vers la dictature. Certains autochtones ont abusé de ce droit inaliénable pour une communion sociétale indispensable en muselant le discours des autres. Ce sera maintenant de l’autocensure pour les créateurs et attendez-vous à voir plusieurs pièces ayant pour thème, des petits chatons.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 juillet 2018 10 h 05

      Pourquoi ajouter à ce qui a été dit...et bien dit. Tout est là dans ce commentaire. Merci de l'avoir écrit.

      La seule chose que je peux proposer c'est de trouver un moyen de ne pas dépendre de ces supposés "mécènes" qu'ils soient gouvernementaux ou privés. Il faut exiger...de ces derniers une obligation morale et pécunière que rien ne vient entraver. Comment s'y prendre? Comment exiger ? Là est la question... Sûrement quelqu'un quelque part possède une réponse. C'est à chaque citoyen québécois de voir...! Sinon c'est ...le déclin assuré.

      La prochaine élection au Québec pourrait être le «tremplin» nécessaire à cette indépendance essentielle à chaque peuple... qui se considère ... libre de ses choix.

    • Cyril Dionne - Abonné 31 juillet 2018 11 h 29

      Vous avez raison Mme Sévigny. Les deux spectacles de M. Lepage ont été annulés pour des raisons mercantiles suite aux pressions indues sur nos « mécènes » par nos rebelles sans cause et nos éternelles victimes.

  • Robert Morin - Abonné 30 juillet 2018 09 h 02

    Deux beaux gâchis...

    ...en effet. Cependant, certaines précisions doivent être apportées, car bien qu'il soit vrai que la lettre initiale des Autochtones du Québec n'exigeait pas que l'on annule la pièce Kanata, il en va tout autrement des interventions intimidantes de la part des Autochtones du Rest of Canada, joyeusement relayées par les médias anglophones canadiens et étasuniens, qui ne refuse jamais une belle occasion de dénogrer les Québécois francophones, surtout quand il s'agit de l'un de leurs plus grands créateurs de renommée internationale. Alors, je n'accepte pas l'énoncé selon lequel les Autochtones n'ont pas agi dans le sens d'une censure. De même, je trouve qu'il est malhonnête de dire que Kanata n'a pas été censuré en raison de l'opposition des Autochtones, mais juste pour des raisons financières. C'est un sophisme!

  • Vincent Collard - Inscrit 30 juillet 2018 10 h 41

    Gâchis, certes, mais il y a pire.

    Oui, deux beaux gâchis : deux spectacles annulés, des dizaines d'artistes au chômage, le public privé de ces œuvres, et tout un travail de création laissé sur le carreau...

    Mais surtout, deux dangereux précédents. S'il faut désormais s'assurer de respecter des quotas de contenu X et d'interprètes Y dans un spectacle, s'il faut assujettir son œuvre aux états d'âme de l'opinion publique ou, pire, d'une opinion «communautaire», il reste quoi du rôle de l'artiste créateur ? Doit-il devenir un petit amuseur inoffensif ?

    Cette controverse dépasse largement la seule question de la représentation des minorités ou d'une prétendue «appropriation culturelle». Il s'agit de la définition même de la culture. S'il faut qu'une œuvre s'abstienne désormais de heurter les sensibilités, s'il faut qu'elle se conforme à la morale de son époque (en considérant que, de nos jours, une «époque», ça dure tout au plus une décennie !), alors l'art n'est plus l'expression d'une liberté, mais d'une soumission.

    Et si l'art n'a plus cet espace de totale liberté que son essence même commande, ce n'est plus de l'art : c'est de la propagande, de la publicité ou, au mieux, du documentaire.

    Pour moi (et pour encore, heureusement, beaucoup d'artistes), la morale ne sera jamais la bienvenue dans le terrain de jeu de l'art. Malheureusement beaucoup de mes collègues adhèrent déjà à cette sottise selon laquelle on n'aurait pas le droit de «raconter l'histoire de l'Autre» sans obtenir au préalable son imprimatur. Cela, à mon sens, démontre une abyssale incompréhension de la notion même de culture.

    Je suggère à ceux-là de relire Kundera, qui nous rappelle combien cette simpliste et naïve prétention à l'«authenticité» culturelle est le plus court chemin qui mène à la folklorisation, c'est-à-dire à l'effacement de la culture d'un peuple.

    Bref, ce que nos amis réclament ne peut que puissamment contribuer à renforcer ce qu'ils dénoncent.

    • Serge Lamarche - Abonné 30 juillet 2018 15 h 38

      J'aime bien l'ironie.