Société lisse

Les récents événements qui ont marqué l’actualité culturelle n’augurent rien de bon pour l’avenir de la société. Dans leur poursuite frénétique d’un univers parfait, certaines factions n’hésitent pas à fouler aux pieds des valeurs que les collectivités occidentales tiennent pour fondamentales, voire sacrées : droit à la dissidence, liberté de penser et de parler, droit à la création.

Le paradoxe, c’est qu’au nom de revendications légitimes, on divise au lieu d’unir. Sous prétexte d’inclusion, on exclut. Au motif de favoriser le métissage des cultures, on obtient précisément l’effet inverse par des manifestations, des insultes et des menaces : on relègue chacun dans son ghetto, interdisant aux uns de parler des autres. C’est ainsi qu’un Blanc ne peut plus aborder de sujets noirs ou autochtones sans risque de lynchage public, qu’un homme ne peut plus parler de viol ou d’agressions sexuelles sans encourir les foudres de quelques féministes enragées, qu’une comédienne hétérosexuelle ne peut plus jouer le rôle d’un transgenre.

Cela heurte, choque et indispose, toutes choses interdites dans un monde qui se veut parfaitement lisse et irréprochable. Ces dérives, parfaitement prévisibles depuis l’avènement de la bienséance politique il y a quelques décennies, sont le plus souvent le fait de minorités qui ont compris que parler haut donne l’illusion du nombre. La majorité, elle, se tait. Elle ne s’aperçoit pas que les dérives des forts en gueule nous mènent tout droit vers un univers étouffant ou le masque d’une condescendante bienveillance cache le visage d’un autoritarisme draconien.

8 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 juillet 2018 08 h 56

    Brrrrrrrr ... !?!

    « Cela heurte, choque et indispose, toutes choses interdites dans un monde qui se veut parfaitement lisse et irréprochable. Ces dérives » (François Jobin, Écrivain)

    Autrefois, du temps de Duplessis-Léger entr’autres époques, la RELIGION définissait le monde tout autant de l’interdit que du permis.

    De ce jour où la « bienséance politique » tend à s’exprimer, c’est, maintenant ou jamais ?!?, le phénomène de la LAÏCITÉ qui, jouant le jeu de la « religion », établit les mesures-paramètres du vivre-ensemble !

    Vers une autre société « lisse et irréprochable » ?!?

    Brrrrrrrr ... !?! - 28 juillet 2018 -

  • Bernard Terreault - Abonné 28 juillet 2018 09 h 03

    Le problème

    Il faut le répéter, le créateur n'est pas libre. Il ne suffit pas que son oeuvre soit jugée intéressante par le public. Sa production dépend du financement des gouvernements et/ou de mécènes.

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 juillet 2018 09 h 35

      ...et, par chance, il existe des milliers de personnes aux opinions extrêmement variées, des "mécènes" ou organismes sociaux ou politiques.

      La preuve en est toute la schnoutte que l'on trouve sur les étagères. Il y a du génial, du bon, du moins bon et du "comment il a fait pour écrire un torchon pareil ?".

      Mais des auteurs réduits au silence à cause de leurs opinions, je n'en connais pas.

      Alors, M. Terreault, il faudra démontrer un peu votre assertion. Elle a la chance, elle, d'être gratuite.

      Quant à dire que le créateur n'est pas libre... Ben coudon.

      Si vous voulez dire que le créateur devrait être plus libre que moi, je me pose des questions... sur vous.
      Si vous voulez dire que le créateur est moins libre que moi... encore une fois démontrez-le, j'ai hâte!

  • Marc Therrien - Abonné 28 juillet 2018 09 h 03

    Société d'individus ayant tout de même conservé leur instinct grégaire


    Si la rectitude politique peut prendre toute cette place, même chez les artistes dont on s’attend qu’ils la pourfendent, c’est qu’en général, la peur collective des humains à l’instinct grégaire, préférant faire «profil bas» pour avoir la paix et la tranquillité d’esprit, les amène à se regrouper en masse ou en troupeau obéissant et se conformant à des valeurs et normes communes. Pour se donner l’illusion qu’il exècre la rectitude politique, il arrive parfois que le troupeau ressente le besoin de sortir du troupeau pour une journée en allant voir le dernier film de Denys Arcand, par exemple, pour se faire croire qu’il se moque du «système» dont il assure pourtant le fonctionnement et la pérennité.

    Marc Therrien

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 juillet 2018 10 h 00

      M. Therrien, il me semble qu'en général votre ton est moins élitiste.
      Heureusement je ne réponds pas à toute votre "oeuvre" mais seulement à ce billet-ci.

      On se regroupe en troupeau obéissant ?
      On s'illusionne sur nos réticences contre la rectitude en allant voir le dernier Arcand ?

      D'un autre côté, "on" fait dans la condescendance dégoulinante.
      De là à décider que le "petit peuple" ne devrait pas voter il n'y a qu'un pas.

      Si nous, y compris vous, assurons le fonctionnement du "système" (Ah! Le "système"! On le nomme et soudain tout est dit!), c'est pour manger tous les jours d'abord. Le reste est avant tout dû à des spécialistes du marketing qui savent tripoter le cerveau reptilien.

      Ils ne peuvent pas rejoindre tout le monde à tout coup. Le cerveau humain est beaucoup trop complexe pour ça. Toutefois comme pour la peste tous sont frappés.
      Les uns achètent la dernière télévision et un système de son à ébranler une montagne, d'autres brandissent un petit drapeau rouge et hurlent contre le "système". Ces derniers se croient les moins moutons du troupeau alors qu'ils sont les pires, et de loin.

      La grégarité est une QUALITÉ, M. Therrien. Oui, elle crée un certain conformisme mais elle permet la discussion aussi.

      À preuve le discours de 12 mots utilisé en réunion plénière de toute groupe socialiste. Pour la conformité, c'est un sommet! Et quelle harmonie, hein! Tout le monde est d'accord tout le temps. Ceux qui ne le sont pas suivent à la lettre l'ordre de se la fermer ben dur...et ça marche sous prétexte de démocratie. Ioupi!

      Je suis injuste de tout ramener aux pires troupeaux, j'admets.

      La grégarité permet le bien commun, justement ce truc dont se gargarisent les curés condescendants de... Oh! J'ai dit que je n'en parlerais plus! S'cusez!

      C'est aussi ce qui permet la démocratie qui, elle, ne tolère pas la morale à trois sous de ceux qui se posent en juges.

      Je crois que l'instinct vous fait un pied de nez, M. Therrien. Juste ici.

    • Marc Therrien - Abonné 29 juillet 2018 13 h 07

      Je ne sais pas si c’est une minorité ou une majorité de gens qui critiquent la bien-pensance conformiste si étouffante qui menacerait la démocratie. Je serais curieux de savoir, s’il est possible d’y arriver, le décompte des citoyens véritablement contestataires, dissidents et anarchistes, en attente d’un chef révolutionnaire pour les galvaniser, qui sont prêts à se révolter contre cette bienséance politique qui contribue à une certaine cohésion sociale pacifiante.

      Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 28 juillet 2018 09 h 24

    Merci

    D’abord, merci M. Jobin pour votre courage de vous levez contre cette censure immonde qui inonde le Québec présentement. Vous avez raison de dire qu’on essaie de lessivé tout ce qui n’est pas propre selon la très Sainte Inquisition du multiculturaliste de la prépotence néolibéraliste mondialiste. Au Canada, l’hégémonie anglo-saxonne d’un ancien empire colonialiste est responsable de tous les malheurs qui ont été portés vers les peuples des Premières Nations, réserves de l’apartheid et Loi sur les Indiens obligent.

    Maintenant, l’inclusion devient l’exclusion pour nos apôtres qui prient à l’autel de la rectitude politique. En utilisant le chantage ou sinon du « bullying » tout simplement, nos rebelles sans cause, les bien-pensants et donneurs de leçons restreignent la liberté d’expression des artistes en les menottant avec des concepts aussi absurdes que l’appropriation culturelle.

    Mais cette liberté d’expression est aussi la nôtre. Nous sommes en droit de voir, de lire et d’écouter des œuvres d’art qui ne font aucune diffamation et n’incite pas à la haine envers quelques soient les communautés, si bon nous semble. Nous vivons dans un état de droit où non seulement les droits fondamentaux s’appliquent aux minorités, mais aussi à la majorité. La tyrannie de la minorité n’est pas plus acceptable que celle de la majorité. Encore une fois, la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Pourtant, ce concept n’est pas difficile à comprendre afin de mettre en garde, tout abus de pouvoir.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 juillet 2018 11 h 34

    Les grenouilles de bénitier n'étaient qu'en période de latence

    On se rappellera les discussions épiques du maire de Péribonka et l'émoi des villageois, vers 1986, qui se scandalisaient de la sculpture «Femme et Terre» qu'ils jugeaient obscène (sic), laquelle fut rebaptisée «L'Hymen de Maria Chapdelaine ». Il a fallu que le sculpteur Ronald Thibert poursuive la municipalité pour que celle-ci retire la toile qui censurait son œuvre.

    On se souviendra aussi la mise au ban de Jean-Charles Harvey, une cinquantaine d'années plus tôt, que décréta le cardinal Villeneuve suite à la parution du roman «Les Demi-civilisés».

    Plus près de nous, dans une interview qui est publiée aujourd'hui dans «La Presse», la présidente de l'Union des artistes, Sophie Prégent, avalise en substance l'interdit et la censure qui assurera le « renouveau des valeurs québécoises » parce que «On est dans une ère où, tout à coup, il y a des choses qui ne sont plus acceptables.» Son jugement n'est guère étoffé, il est péremptoire et laisse songer à l'injonction Crois ou meurs…

    Après les lumineuses décades des années soixante et soixante et dix où nous avions retiré nos oeillères et fait table rase de valeurs surannées, pendant que nous goûtions cette liberté de créer et de parler, les moralistes qui grenouillent et scribouillent pour revêtir la société de leur chape de plomb idéologique étaient en période de latence… Ils renaissent aujourd'hui avec des prêches renouvelés, mais toujours assorties d'anathèmes aussi mortifères.