«SLĀV» et l’esclavage

J’ai suivi avec intérêt les communications des médias concernant la production SLĀV de Robert Lepage.

Je voudrais d’emblée recadrer le débat dans un contexte historique. Essentiellement, l’esclavage a reposé sur les besoins criants de main-d’oeuvre, à la suite des pandémies de peste qui ont décuplé la population mondiale. Entre les années 1500 et 1850, nous avons arraché des millions d’Africains de leur terre natale pour reconstruire l’économie mondiale. Nous leur avons retiré leur identité, leur famille, leur fierté, leur histoire et nous avons fait du capital avec leur force physique.

Bien qu’officiellement proscrit, l’esclavage s’est exprimé de différentes façons depuis. Il existe toujours. À ma connaissance, l’abus des différentes sociétés envers cette communauté n’a fait l’objet d’aucune forme d’excuses, le prix à payer serait, sans aucun doute, trop élevé. La dette n’a jamais été réglée.

Dans le cas qui nous intéresse, l’art et la liberté d’expression se veulent non discutables. Laquelle ? La nôtre, la leur ou les deux ? La libre expression ne vient pas seule quand elle prend l’envergure des débats actuels. Il y a un chiffre d’affaires qui y est attaché. Selon ma compréhension, les Africains ne demandent pas le veto sur leur histoire, qui, avouons-le, est une honte pour l’humanité ; ils veulent un droit d’auteur sur leur histoire et celle de leurs ancêtres. Ils veulent enfin faire partie de l’équation dans la répartition du chiffre d’affaires et dans l’exécution des projets. Ils veulent s’intégrer à leur société qui est la nôtre aussi.

Je n’ai pas de leçon à donner à personne. Cependant, j’invite les lecteurs, les chefs d’entreprise et les chefs d’État à collaborer avec les communautés issues d’Afrique pour les inclure dans l’équation des revenus, de la visibilité, des charges et faire en sorte de rendre justice à leur contribution et à celle de leurs ancêtres à la richesse de notre société. J’invite également les lecteurs à lire Congo. Une histoire, écrit par David Van Reybrouck, 2012, Prix Médicis.

18 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 24 juillet 2018 03 h 48

    Ajout:

    Dans l'Histoire, il n'y a pas eu que la période de l'esclavage des noirs d'Afrique dont on parle ici. Il a toujours existé, partout sur toute la terre, en tout temps et pour des hommes et des femmes de toutes couleurs. Depuis la fin du 19è siècle, il a été largement repoussé... et c'est bien court ces cent quelques années à l'échelle de l'évolution humaine - cette période semble être comme une exception... durable?

  • Serge Pelletier - Abonné 24 juillet 2018 05 h 10

    Hihihi...

    Et vous dites être "médecin". Franchement, avez-vous fait des cours d'histoire lors de votre scolarité? À vous lire, il semblerait que non. De plus, sachez que pour reconstruire quelque chose, il faut absolument qu'il y ait eu démolition...
    Pour ce qui est de l'esclavage comme tel, vous êtes dans les "patates" et pas à peu près.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 juillet 2018 06 h 51

    De la bouillie pour les chats

    Aucun peuple n’a le droit exclusif de traiter de son histoire, aussi douloureuse soit-elle.

    Tout historien, romancier ou dramaturge peut parler d’histoire (celle de son peuple ou de n’importe quel autre) sans la moindre obligation de procéder à une consultation à ce sujet ni même d’obligation à effectuer de recherche préalable.

    Le seul interdit est de nier l’holocauste, ce qui est illégal dans de nombreux pays.

    La raison du scandale créé par SLĀV, c’est que cette production aborde un tabou américain.

    L’idéologie dominante aux États-Unis est celle de la droite américaine. Or cette droite —qui se veut vertueuse en matière de mortalité sexuelle et défenderesse des droits humains à travers le monde — cache des squelettes dans son placard. Et ces squelettes sont le KKK et l’esclavagisme noir américain.

    Et c’est en manipulant de jeunes Anglophones blancs montréalais que cette droite veut étendre ce tabou au Québec.

    Ceux-ci ont grandi dans le mythe du racisme du peuple francoQuébécois. Cette réputation est basée sur la déclaration malheureuse d’un premier ministre au soir d’une défaite référendaire, sur une Charte des valeurs québécoise controversée et sur un acte terroriste commis à une mosquée de Québec.

    Jamais un média anglophone du pays ne rate l’occasion de rappeler l’un ou l’autre de ces faits pour ancrer l’opinion que nous sommes racistes, comme si le peuple francoQuébécois était celui qui avait créé les réserves indiennes ou limité sévèrement l’immigration noire au Canada pendant plus d’un siècle.

    La réputation qu’on nous fait est la cause directe du mépris que ces jeunes Anglophones blancs sont venus cracher à la face des abonnés du TNM, et à travers eux, à l’ensemble du peuple francoQuébécois.

    Voilà l’unique cause de cette controverse. Le reste est un écran de fumée destiné à nous assujettir à l’idéologie raciste anglo-saxonne et sa manie de créer des ghettos, sur scène ou en ville.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 24 juillet 2018 08 h 38

    Petit lapsus et grosse généralisation.

    "...à la suite des pandémies de peste qui ont décuplé la population mondiale. "

    L'auteur voulait sans doute dire "décimé" plutôt que "décuplé". Une pandémie reste une pandémie.

    Pour le reste, quand l'auteur affirme que "nous avons arraché des millions d’Africains de leur terre natale pour reconstruire l’économie mondiale ", je tiens à préciser devant le reste du monde que mes ancêtres n'ont rien eu à voir avec l'esclavage des noirs africains et que, par voie de conséquence, je ne me reconnais pas dans ce "nous" qui cherche à culpabiliser collectivement tout un chacun à tort et à travers.

    • Denis Blondin - Abonné 24 juillet 2018 19 h 53

      Monsieur Morin

      Vous ne vous reconnaissez aucun responsabilité dans l'esclavage pratiqué aux États-Unis et dans les Caraïbes. Soit, mais votre déculpabilisation est un peu facile. Croyez-vous vraiment que vos ancêtres, français sans doute, n'ont retiré aucun profit de l'empire colonial français, qui pratiquait bel et bien l'esclavage et qui a même continué de le faire longtemps après avoir proclamé solonellement que «Tous les humains sont égaux» dans la Déclaration de 1789? Ils voulaient sans doute parler des Vrais Humains comme eux...

    • François Beaulé - Abonné 24 juillet 2018 21 h 53

      Mes ancêtres ont survécu aux années de vaches maigres. Ils ont subi la dureté de la vie, les longs hivers et les étés trop courts. Ils n'ont rien mais alors rien à voir avec l'esclavage des Noirs. Je ne sais pas non plus d'où l'auteure de cette lettre tire ses notions d'économie. Quelles sont ses références pour affirmer que les esclaves noirs ont « reconstruit l'économie mondiale ». Que fait-elle du prolétariat ? Avant de lire « Congo », elle aurait dû lire Germinal de Zola.

  • Julien Thériault - Abonné 24 juillet 2018 08 h 40

    Les noirs n'étaient pas tous des esclaves, les esclaves n'étaient pas tous noirs, les escalvagistes n'étaient pas tout blancs...

    L'esclavage ne se résume pas à ce qui est arrivé aux noirs raflés pour être amenés dans les Amériques. C'est un phénomène bien plus global. Cet épisode de l'histoire de l'esclavage n'est qu'un illustration parmi bien d'autres.

    Les Africains n'ont pas été raflés que par des Européens. Pour que ça marche, il a fallu que bien des intermédiaires les aident. Certains Africains y trouvaient aussi leur profit. Des traitres et des profiteurs, il y en a aussi toujours eu, et de toutes les couleurs.

    Bien que l'esclavage ait existé au Canada (en Nouvelle-France et au début du régime britannique), en autant que je sache ça n'a pas fait de ces colonies des sociétés esclavagistes. Il n'y avait pas, ici, de vastes plantations de coton ou de sucre où se seraient enrichis des planteurs grâce à une armée de main-d'oeuvre servile.

    Tout ça ne devrait toutefois empêcher qui que ce soit d'illustrer ce qu'il retient de toute cette histoire, tant que ça se fait de bonne foi et dans le respect. Tout comme il serait intéressant que les « communautés » immigrantes se penchent sur ce qu'ils comprennent de l'histoire des colons français et de leurs descentants canadiens, puis canadiens-français, puis québécois ou franco-canadiens (si tant est que ça les intéresse le moindrement).