«SLĀV» et l’esclavage

J’ai suivi avec intérêt les communications des médias concernant la production SLĀV de Robert Lepage.

Je voudrais d’emblée recadrer le débat dans un contexte historique. Essentiellement, l’esclavage a reposé sur les besoins criants de main-d’oeuvre, à la suite des pandémies de peste qui ont décuplé la population mondiale. Entre les années 1500 et 1850, nous avons arraché des millions d’Africains de leur terre natale pour reconstruire l’économie mondiale. Nous leur avons retiré leur identité, leur famille, leur fierté, leur histoire et nous avons fait du capital avec leur force physique.

Bien qu’officiellement proscrit, l’esclavage s’est exprimé de différentes façons depuis. Il existe toujours. À ma connaissance, l’abus des différentes sociétés envers cette communauté n’a fait l’objet d’aucune forme d’excuses, le prix à payer serait, sans aucun doute, trop élevé. La dette n’a jamais été réglée.

Dans le cas qui nous intéresse, l’art et la liberté d’expression se veulent non discutables. Laquelle ? La nôtre, la leur ou les deux ? La libre expression ne vient pas seule quand elle prend l’envergure des débats actuels. Il y a un chiffre d’affaires qui y est attaché. Selon ma compréhension, les Africains ne demandent pas le veto sur leur histoire, qui, avouons-le, est une honte pour l’humanité ; ils veulent un droit d’auteur sur leur histoire et celle de leurs ancêtres. Ils veulent enfin faire partie de l’équation dans la répartition du chiffre d’affaires et dans l’exécution des projets. Ils veulent s’intégrer à leur société qui est la nôtre aussi.

Je n’ai pas de leçon à donner à personne. Cependant, j’invite les lecteurs, les chefs d’entreprise et les chefs d’État à collaborer avec les communautés issues d’Afrique pour les inclure dans l’équation des revenus, de la visibilité, des charges et faire en sorte de rendre justice à leur contribution et à celle de leurs ancêtres à la richesse de notre société. J’invite également les lecteurs à lire Congo. Une histoire, écrit par David Van Reybrouck, 2012, Prix Médicis.

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