Une nation éclatée et solidaire

J’ai eu beaucoup d’intérêt à comparer les articles de MM. Vil et Rioux sur la victoire de l’équipe de France. Nous avons eu une belle démonstration de deux visions opposées, ce qui est à la mode depuis les événements de SLĀV.

Néanmoins, je suis agacé par les « oublis » de ces deux visions appliquées au cas français. Il est vrai que le traitement des gens issus de l’immigration est loin d’être rose en France. C’est oublier que la fonction publique française, vue comme un tremplin social chez nos cousins, a des programmes pour favoriser l’embauche (PACTE) ou la préparation aux concours (CPI) qui s’adressent aux populations défavorisées, où les immigrants sont surreprésentés. Il est aussi vrai que le modèle républicain est un outil de cohésion sociale et qu’il se base sur le mérite. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’il y a certaines pratiques discriminatoires en France qui doivent être sérieusement combattues. J’ai une amie là-bas, de père égyptien et de mère française, qui doit utiliser le nom maternel pour maximiser ses chances de passer en entrevue. Ceci l’agace énormément, car elle se sent profondément française.

Je crois que la deuxième victoire de la France confirme sans aucun doute la place des Français d’adoption dans le rayonnement de l’Hexagone. Elle est dans la continuité du « black-blanc-beur » de 1998. La France montre ce qu’elle est, éclatée tout en étant solidaire, paradoxale comme elle sait si bien l’être. Je crois que c’est une belle inspiration pour le Québec. Une nation est la somme d’individualités qui forment la collectivité, ce qu’on oublie fréquemment. Cependant, il faut dépasser la méfiance perpétuelle des uns et la nonchalance aveugle des autres pour y arriver.

8 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 23 juillet 2018 01 h 29

    Il ne faut pas tout réduire au seul sport.

    Une nation est pas mal plus qu'une équipe de soccer...

  • Jean-Charles Morin - Abonné 23 juillet 2018 01 h 52

    Deux poids, deux mesures.

    Résumons:

    Au soccer, sport inventé par des "blancs", l'équipe de France est composée en majorité de joueurs "non-blancs". C'est un prodige!

    Au théâtre, dans "SLAV", on fait chanter des chansons "noires" par des chanteurs en majorité "non-noirs". C'est un scandale!

    J'ai l'impression qu'il y a un bout que je ne comprends pas. Pourrait-on m'expliquer pourquoi on semble rêver d'une sociétée idéale non-racisée tout en faisant une lecture raciste de tout ce qui s'y passe?

    • Raymond Labelle - Abonné 23 juillet 2018 15 h 07

      Idéologie post-moderne. Tout rapport social doit être vu dans une perspective de l'oppression. La vérité n’a pas d’importance – il ne faut qu’être du bon côté. Incohérence entre le relativisme (pas de vérité, tout n'est que manifestation de rapports de force) et supposer une vérité (celle de l’oppression des groupes qu'on identifie par oppresseure qu’on identifie). Dangereux: peut justifier la violence et décourager la recherche de la vérité.

      Peu importe l'angle, l'oppresseure identifiée a toujours tort (par exemple, la personne blanche) - peu importe comment on tourne les choses. Et pas besoin d'être cohérent, toute affirmation n’ayant pas de valeur de vérité et n'étant que la manifestation de rapports de force. C'est ce qui explique, par exemple, l'incohérence dont vous faites ici état (comparaison fort bien trouvée d'ailleurs).

      On peut appliquer cette grille simpliste à d’autres paires, réelles ou imaginaires, oppresseur.es/opprimé.es.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 23 juillet 2018 09 h 25

    De l'idée de nation

    ''Une nation est la somme d’individualités qui forment la collectivité''.

    C'est précisément cette vision que les idéologues multiculturalistes (de droite néo-libérale ou d'extrême-gauche) veulent extirper de l'imaginaire collectif. Une somme d'individus, ça ne se contrôle pas politiquement aussi aisément qu'une somme de collectivités captives...

  • Paul Gagnon - Inscrit 23 juillet 2018 10 h 24

    Le racisme antiraciste

    @Jean-Charles Morin
    Parce que c'est « payant » peut-être?

  • Gilbert Talbot - Abonné 23 juillet 2018 13 h 04

    Obama l'a mentionné

    Dans son discours en hommage à Mandela en Afrique du Sud, Barack Obama a souligné cette dimension arc-en-ciel de l'équipe de France, qui rejoint si bien la vision sociale d'un Martin Luther King ou d'un Nelson Mandela, en France. Malheureusement cette belle unité des races dans le sport ne se traduit pas (pas encore!) dans la réalité quotidienne des français. On a encore peur de l'immigrant, on le rejette à la mer et on l'y laisse pourrir dans des camps lybiens ou turcs, qui ressemblent davantage à des camps d'internements où les trafiquants de chairs humaines viennent puiser.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 juillet 2018 15 h 18

      Il ne faut pas confondre "immigrant.e" et "migrant.e". L'immigrant.e est une personne qui a suivi les procédures et la législation prévues par le pays d'accueil pour en devenir citoyenne, la personne migrante est une personne qui échoue dans un pays pour toutes sortes de raisons et de toutes sortes de manières, sans être passée par la procédure d'immigration. Il arrive même que la personne migrante n'ait pas suivi la procédure pour être considérée comme réfugiée. Ça peut se faire dans des circonstances que l'on peut comprendre. D'autres essaient de court-circuiter le processus d'immigration.

      Les joueurs de l'équipe de France sont nés en France et sont citoyens de ce pays depuis leur naissance, que leurs ancêtres soient ou non des Gaulois.