Dictature rime avec censure

Dans la foulée de l’excellente chronique de Francine Pelletier sur SLĀV et le débat public qui s’en est suivi, j’aimerais ajouter que si certains des manifestants devant le TNM ont pu se targuer d’être des descendants d’esclaves, madame Bonifassi et monsieur Lepage pourraient, à juste titre, prétendre être les descendants de toutes ces personnes de race blanche qui ont combattu le racisme et l’esclavagisme. Et pour des milliers d’entre eux, ils l’ont payé de leur vie. Sans eux, l’esclavagisme, existerait peut-être encore.

En tout respect pour eux, s’il existe plusieurs « nuances de gris », il existe aussi plusieurs nuances de noir et plusieurs nuances de blanc. Ce que nos ancêtres ont subi, toutes couleurs de peau confondues, ne nous qualifie nullement pour réclamer l’exclusivité d’opinion sur quel que sujet que ce soit. La censure et l’intimidation sont de la même eau que l’esclavage, à savoir la négation des droits fondamentaux des êtres humains.

Pour ceux qui l’ignorent, Lincoln, ce n’est pas seulement une marque d’automobiles. Si on peut déplorer certains comportements de nos ancêtres, nous n’en sommes pas responsables et nous ne les approuvons pas du tout. Corrigeons ce qui peut l’être, mais pas au point de s’autoflageller et de nous nier nous-mêmes. On dénonce le racisme haut et fort et on n’a pas à s’en excuser ni à s’en expliquer à qui que ce soit. Prétendre à l’exclusivité de la connaissance et de la pensée, ça s’appelle de la dictature et ça rime avec censure.

10 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 21 juillet 2018 00 h 46

    Nuances

    Tout le monde peut bien parler de discrimination, de sexisme et de racisme, mais il demeure que ce n'est pas tout le monde qui les subit. Et c'est en acceptant cette réalité qu'on peut comprendre le concept des privilèges des hommes blancs. Et les remettre en question. Et accepter d'écouter les personnes qui les subissent plutôt que de parler à leur place, souvent avec les meilleures intentions.

    • Pierre Desautels - Abonné 21 juillet 2018 09 h 02


      Bien dit, Monsieur Jodoin. Accepter d'écouter les minorités qui ont des revendications d'égalité, c'est la moindre des choses. Comme Québécois, nous en savons quelque chose.

    • Jacques Houpert - Abonné 21 juillet 2018 12 h 30

      Quand on est blanc, hétérosexuel et de sexe masculin, on se tait. On se garde une petite gêne. On se gratte le bobo de nos privilèges et surtout, surtout, on ne cède pas à la tentation de dénoncer haut et fort ce que nous ne subissons pas.

    • Cyril Dionne - Abonné 21 juillet 2018 14 h 52

      Vous n’avez rien compris dans ce débat qui accapare le créateur Robert Lepage. Pour « Kanata », ils sont en train d’instrumentaliser un créateur de génie pour lui faire subir des injustices alors que lui, voulait seulement faire une pièce de théâtre. Nos victimes éternelles ont accusé M. Lepage de recevoir des subventions gouvernementales alors que ce n’était pas vrai. Sa compagnie et lui-même n’ont reçu aucune forme de financement de la part du gouvernement québécois ou bien celui du Canada. Alors, pour Kanata, ils sont libres comme l’air de présenter leur produit final et laisser le public décider de la valeur artistique de la pièce parce qu’eux, ils achètent des billets pour voir la pièce.

      Si les Autochtones veulent présenter leur version, qu’ils le fassent mais à leur frais et nous décideront si nous voulons acheter un billet pour voir leur travail. Ils peuvent même faire de l’appropriation culturelle, historique, technologique ou autre, Après cette rengaine, on doute très fort que les Québécois se sentent attirer par des spectacles mis en place par des gens qui les accusent en quelque sorte, de pratiquer de la discrimination envers eux. Encore soit-il, il faudrait que le spectacle soit bon.

    • Robert Morin - Abonné 21 juillet 2018 15 h 03

      @Jacques Houpert

      Oups! Robert Lepage est homosexuel et, si vous avez bien écouté son entrevue à R.-C. aujourd'hui, il a affirmé ne pas se sentir «approprié» du fait qu'un artiste hétérosexuel joue le rôle d'un homosexuel dans une oeuvre au théâtre ou au cinéma. Tous ces efforts de cloisonnement, de catégorisation, et parfois même de racisme à rebours, me paraissent très malsains et tout à fait contraires à l'essence même de l'acte de création artistique. Triste et dangereux ce concept d'«appropriation culturelle», sous-produit essentiellement issu de la monoculture étasunienne et qui n'a pas encore réussi à pervertir notre propre identité culturelle. Espérons que nous saurons résister à cet envahissement qui, tel un tsunami porté par les géants du numérique, risque de détruire à court terme toutes les différences culturelles et d'ainsi faire disparaître la diversité culturelle sur notre planète.

    • Gilbert Turp - Abonné 22 juillet 2018 09 h 28

      Oui, monsieur Morin, c'est malsain. Vous avez raison. C'est malsain de catégoriser les êtres humains en fonction de leur apparence polutôt qu'en fonction de leur pensée.
      Et pour les artistes, c'est malsain car ça démotive les meilleurs de s'engager dans des débats et ça incite les moins bons à rester médiocres en se faisant conformistes par auto-censure.

      Pour ma part j'ai réellement peur que rien de bon ne sorte de ça. Car ce nouveau discours a beau être antiraciste, il ne nous sort pas du tout du paradigme racial, paradigme hautement contestable dans son fondement même par la science - puisque nous avons tous les mêmes gènes et le même ancêtre. Au contraire, il le renforce, comme on peut le constater dans l'argument d'autorité fondé sur le présupposé généralisant de monsieur Houppert.

  • Raynald Rouette - Abonné 21 juillet 2018 06 h 58

    Une grave injustice envers Béatrice « Betty » Bonnifassi et Robert Lepage


    A été commise par les contestataires de SLAV devant le TNM et dans les médias.

    Ceux qui au Québec ne connaissent pas Robert Lepage, sont des ignorants ou des nouveaux arrivants.

    Ceux qui comme moi ne connaissent pas beaucoup Betty Bonnifassi, peuvent regarder l’émission animée par Christian Bégin « Y’a du monde à messe » qui repassera ce dimanche à Télé Québec à 20h.

    Je comprend encore mieux, pourquoi Robert Lepage a voulu travailler avec Betty Bonnifassi, une grande dame, une dame de cœur! Bravo!

    • Cyril Dionne - Abonné 21 juillet 2018 09 h 05

      Bien d'accord avec vous M. Rouette.

      Ils n’ont plus à s’en faire les pauvres victimes de l’appropriation culturelle. Pensez-vous pour un instant que nous avons besoin de faire des emprunts dans leurs cultures pour aller plus loin comme société? Les symboles d’une culture qui était à l’âge pierre lors du contact européen ne nous intéressent pas. Et nos ancêtres n’étaient certainement pas des esclavagistes, eux qui ont subi une discrimination perverse à travers les siècles. Ils peuvent même s’approprier les nôtres si ça leur chante, mais qu’ils nous ne demandent pas de les subventionner à 100% pour conter leurs histoires. Et SVP, laissez nous créateurs tranquilles.

  • Marc Therrien - Abonné 21 juillet 2018 12 h 05

    Sélection rime avec exclusion


    J’ajoute aux nuances apportées par l’auteur en disant que sélection rime avec exclusion. Dans un monde idéal absolu où tous pourraient être dans tout, les volontés et les possibilités de l’inclusion pourraient exister en se passant de l’exclusion. Mais dans la réalité concrète remplie de limites où il n’y a pas toujours de la place pour tout le monde partout, quand vient le temps de faire des choix en employant des critères discriminants, la sélection des uns entraîne l’exclusion des autres. C’est ainsi que l’acte de choisir peut rimer avec éconduire voire bannir pour la personne qui en est l’objet et qui a alors le fardeau de la preuve démontrant son sentiment d'avoir été traitée injustement.

    Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 21 juillet 2018 15 h 35

    SLĀV, Kanata, réconciliation et les coûts de réparation

    Dans toute cette histoire avec SLĀV et Kanata de M. Lepage, les rebelles sans cause et les éternelles victimes, au moins ceux qui sont modérés, parlent toujours de réconciliation. Mais qui dit réconciliation, dit aussi réparation parce qu’un des partis reconnaît avoir causé un tort ou préjudice à l’autre. Les réparations inclus toujours d’immenses sommes monétaires. Et c’est vraiment cela le cœur du débat. Tout ce beau monde veut avoir de l’argent qui sortirait de la poche des contribuables. Aux États-Unis, le Comité de coordination pour réparations de l’esclavage estime la note à 10 000 milliard$. En Nouvelle-Écosse, un autre groupe de Noirs actionne le gouvernement canadien pour crime contre l’humanité. Qu’en sera-t-il pour les Autochtones? 1 000 milliards?

    Si on a bien compris, nous sommes responsables pour des crimes allégués contre l’humanité beaucoup datant de plus de 400 ans passés même si nos ancêtres n’ont rien fait et ont subi eux-mêmes, préjudice et le poids de la discrimination et du racisme. Ce qui vaudrait dire que les petits-enfants sont responsables financièrement de crimes allégués contre l’humanité commit par leur arrière-arrière grand-père.

    C’est beau l’appropriation culturelle et la rectitude politique, mais franchement, on dépasse les bornes. Comme euphémismes, ils sont dans la même classe que « territoire autochtone non cédé ». Même si vous le répétez un million de fois, cela ne changera pas la donne.

    En passant, les Autochtones de la République dominicaine, d’Haïti, de Cuba, de la Guadeloupe et des Îles Vierges, les Taïnos, ne pourront jamais revendiquer l’appropriation culturelle ou bien de territoire non cédé parce qu’ils ont tous été exterminés par les Espagnols, les Anglais et les Français. Il n’y aura pas de réconciliation ou de coûts de réparation dans ce cas.