La politique de rupture de Trump

Une politique de rupture consiste à profiter d’une faille chez l’adversaire pour l’affaiblir, provoquer une rupture sur un point bien précis et marquer des points sur l’échelle internationale. Les hommes d’État n’en abusent pas parce qu’il faut que soient réunis un contexte favorable et les instruments diplomatiques et militaires nécessaires à cette entreprise. Il faut surtout que l’artisan de cette politique maîtrise le jeu international et sache ce qu’il veut. L’exemple le plus réussi du dernier demi-siècle est celui de la reconnaissance de la Chine par les États-Unis de Nixon en 1972-1973, qui a complètement bouleversé la donne en creusant la faille du bloc communiste URSS-Chine, sans que soient altérées les alliances entre les États-Unis et l’Europe occidentale ou entre les États-Unis et l’axe Taïwan-Japon-Corée du Sud. Définition précise de l’objectif, concentration sur un seul front, discrétion, discipline et méthode : tels furent les ingrédients de cette formidable opération diplomatique.

Toutes qualités qu’on ne retrouve pas dans la politique de rupture tous azimuts pratiquée par Donald Trump en Amérique du Nord, en Europe et en Asie ! Trump a le don d’aliéner ses alliés et amis sans toutefois amener l’adversaire (Chine, Russie) à de meilleurs sentiments. Les jours pairs, il s’emballe contre l’Allemagne qui lui volerait des jobs (les États-Unis ont l’un des taux de chômage les plus bas de l’OCDE) ; les jours impairs, il dénonce le Canada, qui porterait atteinte à la sécurité des États-Unis (sic) ; il joue May contre l’Union européenne, Macron contre l’Allemagne ; il n’agit pas, il s’agite ; il veut avoir les mains libres, mais continue à dicter ses oukases au monde. Trump ne veut pas d’alliés, mais des vassaux ; il ne veut pas d’interlocuteurs, mais des faire-valoir. […]

Sa dernière toquade est de se trouver des ennemis partout (manie de démagogue) : la Chine, la Russie, l’Union européenne, à des degrés divers et pour des raisons différentes, voudraient, selon lui, affaiblir les États-Unis, alors que c’est lui, par ses discours brouillons et ses actions erratiques, qui est en train d’affaiblir l’OTAN. On a l’impression qu’il joue au diplomate au Missouri ou au Texas, auprès de ses électeurs et de ses électrices (48 % des personnes qui ont voté pour lui sont des femmes, son électorat lui est fidèle et les probabilités de sa réélection ne sont pas minces). Depuis janvier 2017, Trump occupe l’écran de nos télévisions par l’indigence de son vocabulaire (faibles/forts, gagnants/perdants), son inculture politique, les éclats de son compte Twitter, ses jugements intempestifs sur n’importe qui et n’importe quoi.

Ce n’est pas mauvais, c’est pire !

4 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 18 juillet 2018 09 h 38

    M. Sam Haroun est en grande forme

    Bravo !

  • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2018 13 h 07

    La rupture politique est survenue bien longtemps avant Donald Trump

    Affaiblir l'OTAN? Eh bien tant mieux pour cette organisation désuète. Vous n'êtes pas contents que c'est la fin de l'empire américain? Dans un scénario de guerre entre superpuissances, les alliances sont inutiles lorsqu'on s'amuse à lancer des ogives thermonucléaires.

    Ce que Donald Trump a promis aux Américains, c'est un gouvernement des Américains, par les Américains et pour les Américains. Ils parlent à ceux qui sont le plus à risque de déclencher un hiver nucléaire contrairement aux autres. Même si son style déplaît aux grands prêtres de la rectitude politique de la gauche ou de la droite, l'élite de l'establishment aux souliers cirés et à tous les Tanguy qui sont des chefs de gouvernement, le peuple américain appuie son style et son franc parlé.

    On imagine parce qu'il n'a déstabilisé aucun régime, n'a envahi aucun pays, déclarer la guerre à personne et n'a utilisé aucun drones pour assassiner des gens à distance avec victimes collatérales inclues, il est l'homme à abattre. Franchement.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 19 juillet 2018 12 h 04

    @Cyril Dionne

    Vous êtes drôlement émouvant de vous porter ainsi à la défense de ce pauvre Trump, lequel après tout n'est que le fils d'un simple milliardaire

    • Cyril Dionne - Abonné 19 juillet 2018 17 h 10

      Cher inscrit,

      Il n'est pas un fils de milliardaire, seulement d'un millionnaire. (lol) Renseignez-vous SVP.

      C'est le seul politicien qui s'érige contre le mondialisme et le libre-échange parce qu'il est nationaliste tout comme pour Bernie Sanders. Mais c'est le seul qui peut faire une différence. C'est le seul qui ne parle pas cette langue fourchue qu'est la rectitude politique. C'est le seul qui essaie de parler aux régimes dictatoriaux et superpuissances qui ont la bombe nucléaire. C'est le seul président qui n'a déstabilisé aucun régime, n'a envahi aucun pays, n'a déclarer la guerre à personne et n'a utilisé aucun drone pour assassiner des gens à distance avec victimes collatérales incluses.

      Vous n’avez encore rien compris. J’imagine que lorsqu’on est colonisé et un Tanguy, sortir de la boîte pour essayer de trouver des solutions demeure très dangereux. Plus facile de dormir au gaz et d’écouter des discours creux à la Barack Obama, ligne dans le sable incluse, ou bien, de prendre un selfie avec Justin. Tout le monde est d’accord qu’il a une personnalité abrasive lorsqu’on parle de politique, mais c’est ce remède de cheval dont nous avons besoin tout de suite. Demain, ce sera trop tard.

      L’économie américaine ne s’est jamais mieux portée depuis belle lurette avec Trump. Un autre deux ans, et ce sera encore mieux. Et juste pour vous faire sourire, il sera réélu pour un autre quatre en 2020. À défaut de ne pas avoir un pays souverain, on risque de regretter de n’être pas le 51e état américain au lieu de patauger dans un pays multiculturaliste de loyalistes anti-francophone.