Forme de terrorisme

SLĀV, ce spectacle dont le but, selon le Festival de jazz de Montréal, était de « rendre hommage à la force de résilience, à la dignité et à la beauté des esclaves africains déportés en Amérique », continue d’alimenter les discussions.

Je me demande si on en est rendus à plier devant de possibles menaces d’accusation de xénophobie, de racisme et d’appropriation culturelle. En effet, depuis quelques années, ces accusations fusent même lorsque ce n’est pas justifié. Le premier ministre Couillard a participé à cette ambiance malsaine en accusant, injustement, le PQ et la CAQ d’intolérance.

Utiliser ces accusations, comme l’ont fait les (pseudo)antiracistes, est une forme de terrorisme intellectuel. En effet, les gens sont terrorisés par l’idée de se faire accuser injustement, alors ils se taisent, ils s’autocensurent, ils s’écrasent…

On a ainsi créé une atmosphère où la peur d’être accusé dicte notre discours. On tue le débat et la discussion, et on impose, grâce à la force de la peur, une seule vision des choses. Cela est plus que malsain, car c’est le vivre-ensemble et la démocratie qui en sont touchés.

18 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 juillet 2018 04 h 52

    Une mentalité de colonisé

    Si on veut que le mot ‘terrorisme’ ait du sens, il faut éviter de l’utiliser pour n’importe quoi.

    En tant qu’abonné du TNM, je ne peux qu’être solidaire de ceux qui ont été agressés par le mépris (‘Shame on you’) vociféré par les protestataires alors que ces abonnés se rendaient paisiblement au bras d’un être cher à un spectacle.

    Il s’agit-là d’une agression inacceptable dans leur vie privée. Mais est-ce que les victimes étaient terrorisés ? Avaient-ils peur au point d’être paralysés ? Sous escorte policière, ils ont finalement vu SLĀV. Et je présume, qu’une fois admis au TNM, cette agression a été oubliée après quelques minutes.

    Collectivement, ce qui nous paralyse, c’est notre mentalité de colonisé. C’est de croire que nous avons nécessairement tort lorsque nous provoquons la contrariété de nos maîtres et que nous devons absolument les rendre heureux de nous.

    Une personne normale, lorsqu’elle est critiquée, fait d’abord son autocritique et, si finalement elle juge avoir agi correctement, se tient debout et résiste à ses adversaires.

    La soumission à la rectitude politique (affligeante dans l’équipe éditoriale actuelle du Devoir) est une camisole de force qu’on enfile volontairement.

    Dans le cas de l’accusation d’appropriation culturelle, initiée par les protestataires, a été récupérée par Le Devoir. Ce dernier s’est empressé de susciter lui-même la controverse autour de Kanata par une entrevue au cours de laquelle le journaliste du Devoir a fait porter l’entrevue sur le thème de l’appropriation culturelle et par la publication d’une lettre que plein d’autres journaux anti-francophones se seraient fait un plaisir de publier si Le Devoir l’avait refusée.

    Bref, ce zèle, ce n’est pas celui du terrorisé, mais plutôt du colonisé.

    Dans ce contexte, parler de terroriste m’apparaît excessif.

    • Christian Roy - Abonné 17 juillet 2018 13 h 52

      Le mot intimidation aurait été préférable à celui de terrorisme, me semble-t-il. L'enflure verbale dessert parfois le propos.

    • André Joyal - Abonné 17 juillet 2018 15 h 44

      «Sous escorte policière, ils ont finalement vu SLĀV. Et je présume, qu’une fois admis au TNM, cette agression a été oubliée après quelques minutes».

      Ils sont bien chanceux de l'avoir vu,ce n'est hélas pas mon cas à cause de la censure. Par ailleurs, M. Martel, je suis d'accord avec vos propos.

    • Raynald Rouette - Abonné 17 juillet 2018 15 h 54


      Ne jouons pas avec les mots comme les politiciens...

      Harceler est une chose, et autre chose si à répétition.

      L’intimidation a pour but d’apeurer délibérément.

      La violence verbale ou physique ou psychologique est inacceptable en tout temps.

      Le FIJM a mis fin aux représentations de SLAV en raison des menaces reçues.

      Ajouter à cela les invectives, de tous genres à la porte du TNM. Si cela n’est pas du terrorisme, ce serait quoi alors? Le terrorisme n’est pas seulement l’usage de bombes!

  • Gilles Bousquet - Abonné 17 juillet 2018 07 h 35

    Pour devenir plus inclusif, notre drapeau québécois


    Tel quel, notre drapeau québécois est royaliste français, par ses 4 fleurs de lys et religieux, pas sa croix blanche. Il est exclusif, il exclut nos Premières nations et tous ceux qui ne sont pas des descendants des immigrés, venus de France, avant 1 793, quand le France a guillotiné son Roy, Louis XVI.

    Faudrait donc procéder comme la Ville de Montréal, qui a ajouté un bouleau de nos Premières nations au centre, pour être plus inclusif. Nous, ce serait une feuille d'érable bleue, verte ou dorée, symbole, très inclusif, idéal de l'Amérique du nord. En plus, la cerise sur le gâteau, le Québec produit 75 % de tout le sirop d'érable AU MONDE.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 juillet 2018 15 h 42

      Le drapeau du Canada est rouge et blanc. Ce sont les couleurs de l’uniforme des soldats anglais qui ont fait la conquête de la Nouvelle France. Quelles sont vos suggestions pour rendre le drapeau canadien plus inclusif ?

      Pourquoi ne pas l’échanger pour un drapeau arc-en-ciel (comme l’étendard homosexuel) auquel on ajouterai une feuille d’érable au centre ?

      Je suis convaincu que nos soldats canadiens rêveraient de tuer les autres sous ce drapeau tout inclus qui représenterait la diversité canadienne…

      De la même manière, on pourrait ajouter une belle grosse boule de coton au centre du drapeau américain pour rappeler son passé esclavagiste. Ne serait-ce pas une bonne idée ?

    • André Joyal - Abonné 17 juillet 2018 15 h 47

      Pour être certains de plaire à tous, moi je propose d'enlever la croix et les fleurs de lys: oui un beau drapeau blanc.

      Que tout un chacun sache que l'on se rend. Il en sera ainsi fini de nos vains combats.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 juillet 2018 08 h 31

      Intéressant de voir comment les "inclusifs" ont tant besoin de créer une brisure avec le passé.

      Réinventer la langue, refaire tous les symboles, ne considérer que le pourri du passé pour le condamner en bloc, puis le nier...

      Pour la langue, l'intention est facile à comprendre : il s'agit de forcer l'individu à raisonner tellement chaque mot qu'au bout du compte il devient incapable de formuler une phrase complète. Le truc connu de la novlangue.

      Pour le drapeau, les Québécois sont assez particuliers.
      Le drapeau que j'ai le plus vu depuis un an, mis à part le 24 juin, est celui du CH... et le Canadien n'a pas fait les séries!

      Partout ailleurs en Amérique du Nord, des drapeaux flottent devant des édifices privés, des mâts sont érigés et drapés aux "bonnes couleurs" devant les résidences pour afficher un patriotisme assez étrange chez des peuples qui pratiquent tant l'évasion fiscale, on pavoise dans un attachement sublimé envers des idées auxquelles plus personne ne croit vraiment. C'est de toute beauté, ioupi.

      Pas les Québécois. En fait la plupart des gens ici n'ont même pas levé les yeux sur le drapeau de Montréal. C'est dire.

      Alors, cette idée de réviser un symbole enfoui 364 jours par année est clairement une importation des groupes de protestation américains, qui trouvent une clientèle : 1% aux USA, ça fait quand même 3 millions de personnes. Ça paye le beurre.

      M. Bousquet, je vais vous dire : je suis absolument opposé à la moindre présence religieuse dans l'appareil d'État, pour quiconque est en position même apparente de décision. J'ai vécu la Grande Noirceur, je sais que le repli actuel des églises face au pouvoir n'est qu'une accalmie et qu'elles tentent chaque jour de revenir en force. Voyez le Bible Belt : seul le Québec est plutôt épargné de cette vague déferlante et délirante.

      Ce drapeau qui ne sert preque jamais, il me rappelle la Terreur Religieuse dont nous nous sommes libérés.
      Alors votre révisionnisme, hein...

  • Nadia Alexan - Abonnée 17 juillet 2018 07 h 38

    Les accusations de racisme suscitent l'exclusion.

    Vous avez raison, monsieur Doyon, le conformisme tue le débat et la démocratie. Pire encore, les bien-pensants qui accusent tout le monde de racisme et refuse le bon sens, sont en train de jeter le monde ordinaire dans les bras de partis de droite fascistes tels qu'on a vu en Europe.
    Les bien pensants qui refusent le débat réussissent à créer une atmosphère de peur qui rejette l'inclusion au lieu de l'embrasser. Quand on trouve normal d'appuyer le port du niqab, on se range avec le fascisme et l'obscurantisme, loin du bon sens et de l'égalité homme/femme.

  • Marc Therrien - Abonné 17 juillet 2018 07 h 44

    Bienvenue dans le monde kafkaïen


    Cette «affaire SLAV» remet en évidence cette pensée du neuropsychiatre Boris Cyrulnik à l'effet que «le regard de l'autre n'est pas neutre. C'est une perception qui provoque une alerte émotive, une sensation d'invitation ou d'intrusion». Il est intéressant de voir comment, par rapport à une même scène, chaque observateur, qu’il soit présent ou même absent, se fait son propre cinéma et y met du sien dans la création de l’évènement. Nous assistons alors à toutes sortes de projections. Ainsi, il y a le regard qui libère et le regard qui enferme. Quel est donc celui du militant pour qui la lutte pour une cause à défendre devient une raison de vivre?

    Si, comme vous vous le demandez, «on en est rendus à plier devant de possibles menaces d’accusation de xénophobie, de racisme et d’appropriation culturelle», c’est qu’on s’approche peut-être du monde absurde et étouffant du «Procès» de Kafka où pour se protéger de l’arbitraire et des procès d’intention publics, il arrivera bientôt que quelqu’un déclare : «Je suis innocent!» et la foule de lui répondre : «Innocent de quoi?»

    Marc Therrien

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 juillet 2018 08 h 33

    … que se passe-t-il ?

    « Utiliser ces accusations, comme l’ont fait les (pseudo)antiracistes, est une forme de terrorisme intellectuel. En effet, les gens » (David Doyon)

    Ce qui fascine dans ce genre d’accusations demeure le fait qu’il porte ou transporte un paradigme éthique différent des valeurs socio-politiques, des valeurs qui, habituellement connues et reconnues, sont appelées à évoluer comme autrement-ailleurs : fascinant !

    De cette fascination ou …

    … que se passe-t-il ? - 17 juillet 2018 -