Confusion collective

En ce beau début d’été, quelle mouche a piqué le Québec ? Après la polémique sur SLĀV, voici le début de celle de Kanata. Le théâtre est-il en voie de devenir le bouc émissaire de nos confusions collectives ?

S’il est légitime de voir les opprimés de l’impérialisme blanc occidental monter au créneau et réclamer leur juste part du discours de leur histoire, comment faut-il comprendre la montée des anathèmes qui voudraient octroyer le droit de s’exprimer au seul porteur légitime de la parole autorisée ?

N’y a-t-il pas un arrière-goût de poison dans le discours intégriste qui consiste à se draper dans son identité collective pour ne permettre qu’à certains (et pas à d’autres) de s’exprimer sur des enjeux collectifs passés ou présents ?

Et derrière ces débats où on confond le besoin de reconnaissance d’une identité opprimée et l’exigence de quotas dans la représentation de ces oppressions, ne révèle-t-il pas le signe d’un profond malaise qui traverse les différentes identités qui composent le Québec d’aujourd’hui ?

La place de chacun et chacune [...] ne peut-elle se construire autrement que par l’engagement citoyen dans un projet collectif inclusif ?

Le débat politique, nécessaire, ne devrait pas prendre en otage artistes et comédiens. C’est se tromper de cible et faire le jeu de ceux qui misent sur la division.

Après la confusion engendrée par le mauvais débat sur la charte des valeurs, ne sommes-nous pas en train, une fois de plus, de nous infliger un autre faux débat identitaire qui fait le miel des politiciens en mal de populisme sectaire ?

Attention ! Danger.

 



Une précédente version de ce texte comportait la phrase suivante: «Le débat politique, nécessaire, ne devrait-il pas prendre en otage artistes et comédiens?» Elle a depuis été modifiée.

13 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 17 juillet 2018 03 h 27

    Tout est bon...

    Tout est bon pour finir de disloquer ce qui fut un début de cohésion politique au Québec.
    Début de cohésion politique qui toucha selon le décompte officiel des votes au référendum de 1995 presque 50% de sa population, 50% de la population, ce qui faisait autour de 65% des Québécois puisque de s'identifier à leur culture n'est ps le simple équivalent d'une déclaration de domicile au Canada...
    Malheureusement, il faut passablement moins de temps pour détruire un sentiment d'appartenance à un territoire, une histoire et une langue que pour le construire. Surtout quand on le fait en y consacrant beaucoup d'argent de payeurs d'impôts manipulés par une propagande nationaliste étroite.
    Ne serait-il pas grandement temps qu'on retire les bouchons qui nous ferment les oreilles, pour enfin entendre le son du réveil-matin au Québec ?

    Vive le Québec libre !

    • Nadia Alexan - Abonnée 17 juillet 2018 10 h 08

      C'est paradoxal que les bien-pensants qui nous accusent de faire la politique identitaire fassent la même chose. La fierté de l'identité minoritaire est bonne, mais l'amour propre identitaire de la majorité est mauvais. Comment peut-on justifié l'injustifiable!
      Je viens de visionner le film satyrique de Boots Riley: «Sorry to Bother You,» qui rassemble les travailleurs de toutes les races: noires, asiatiques et blancs pour combattre le vrai ennemi, l'exploitation éhontée des travailleurs par un capitalisme sauvage et débridé, qui déshumanise les êtres humains avec le seul objectif de faire toujours plus d'argent! Voilà un projet de société valable au lieu des divisions ethniques, racistes religieux qui ne nous amènent nulle part!

  • Raynald Rouette - Abonné 17 juillet 2018 07 h 09

    Molière aurait beaucoup de matière à écrire


    Nous sommes de plein pied,dans un contexte de mondialisation, (globalisation).

    La pensée unique est privilégiée par les promoteurs du néolibéralisme..

    Comme les richesses collectives ne sont pas réparties équitablement et détournées au profit de quelques uns seulement... Tous les opposants au néolibéralisme sont susceptibles d’êtes visés par une action quelconque, pour nuire et faire détourner les regards.

    Aujourd’hui, le théâtre de Robert Lepage dérangement, me semble-t-il. Pas seulement au niveau artistique...

    Le silence des acteurs politiques et de la communauté artistique toute entière, pour protéger la liberté de création d’un Robert Lepage, qui me semble avoir été ciblé, me rend perplexe.

    • Gilbert Turp - Abonné 17 juillet 2018 10 h 27

      Je comprends votre perplexité, mais je vous répondrais que le milieu artistique a reçu l'affaire Slàv comme un coup de batte de baseball en pleine face. La plupart des artistes que je connais et fréquentent ont été littéralement sonnés, assomés par la brutalité de l'accusation.
      Il faut dire que pour un artiste, la liberté est une valeur fondamentale, une condition de création.

      Aussi, plusieurs artistes de ma connaissance ont tenté de réagir, mais les pages des journaux et les micros des radios ne se sont pas toujours ouvertes à leur réaction...

  • Gilles Bousquet - Abonné 17 juillet 2018 07 h 29

    Pour mieux respecter "les autres", commencer par amélioler notre drapeau québécois

    Tel quel, notre drapeau québécois est royaliste français, par ses 4 fleurs de lys et religieux, pas sa croix blanche. Il est exclusif, il exclut nos Premières nations et tous ceux qui ne sont pas des descendants des immigrés, venus de France, avant 1 793.

    Faudrait donc procéder comme la Ville de Montréal, qui a ajouté un bouleau de nos Premières nations au centre, pour être plus inclusif. Nous, ce serait une feuille d'érable bleue, verte ou dorée, symbole, très inclusif, idéal de l'Amérique du nord. En plus, la cerise sur le gâteau, le Québec produit 75 % de tout le sirop d'érable AU MONDE.

    • François Beaulne - Abonné 17 juillet 2018 10 h 49

      Aucun rapport. Vous êtes dans le champ!

    • Jean-Charles Morin - Abonné 17 juillet 2018 11 h 32

      Monsieur Bousquet, si j'étais membre d'une "première nation", je militerais pour avoir mon propre drapeau plutôt que de voir défigurer celui des autres. Il faut bien que la fierté d'être soi commence quelque part, autrement on ne fait qu'ajouter à la confusion ambiante.

      Quant à la Ville de Montréal, elle ne devrait pas avoir de drapeau mais plutôt arborer fièrement celui du Québec: les villes ne sont pas des pays mais des administrations "de proximité" semi-autonomes dépendantes du gouvernement québécois. Comprenez-vous cela, Madame Plante?

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 juillet 2018 08 h 55

      Maintenant que j'y pense, M. Bousquet, ce drapeau de Montréal...

      J'ai écrit ailleurs comment je trouve votre intervention non seulement futile mais clairtement noyée dans un torrent de colonialisme très reluisant, très clinquant, très américain et assez débile merci.

      Mais ici je réalise que lorsque ce drapeau a été modifié, le maire a parlé de Montréal comme d'un "territoire non cédé", ce qui est toalement faux.

      Montréal était, selon les Kanien'kehá:ka (pour les Français Agniers, déformation de leur appellation. Pour les Anglais Mohawks, i.e. mangeurs de chair humaine), un terrain à conquérir. Il ne leur appartenait pas du tout.
      Pour les Wendats c'était un lieu de passage où ils s'arrêtaient avant de gagner des territoires plus riches en gros gibier.

      Pour les Innus, les Abénakis, les Algonquins, enfin tous les autres peuples allliés aux Français, c'était... rien. Un lieu où autrefois un peuple dont nous ignorons tout avait vécu, qui a été chassé par les guerres entres amérindiens : les Cinq Nations, dont les Kanien'kehá:ka, étaient en pleine expansion guerrière.

      Les Français s'y sont installés avec le plein accord de leurs alliés, pour d'excellentes raisons. Pour eux c'était un poste avancé dans le no man's land, et un poste de traite bien placé et protégé. Et je répète, les Kanien'kehá:ka le voulaient ce territoire, parce qu'ils ne l'avaient pas.
      Un no man's land. Pas un territoire non cédé. Pas du tout.

      La Grande Paix de Montréal, sans nommer le territoire où que ce soit, est une acceptation de facto de TOUS les peuples de la région que cette installation était légitime.

      Le bouleau, j'ai rien contre. Mais n'en faites pas la preuve de quoi que ce soit.
      Mis à part l'électoralisme de Coderre il ne veut pas dire grand'chose.

      Je remarque souvent comment les pensées "inclusives" veulent dire en général "pensez comme moi puisque j'ai raison."

      Ceci en est un bel exemple.

  • Cyril Dionne - Abonné 17 juillet 2018 08 h 52

    Les purs

    On essaie de réécrire l’histoire en déboulonnant des statues d’êtres méprisables du passé au nom d’une rectitude politique tout aussi méprisable. La discrimination, la ségrégation et l’apartheid ne sont plus des tabous lorsqu’ils sont utilisés par les grands prêtres qui communient à l’autel de l’essentialisme pur des non interdits. La discrimination devient positive lorsqu’elle est portée par les apôtres de la rectitude politique. La ségrégation et l’apartheid deviennent socialement acceptables pour isoler des groupes afin de conserver la pureté de la race, de la couleur et de l’ethnie. Enfin, l’extrême gauche rejoint l’extrême droite dans un cercle vicieux de lassitude humaine. Rien de nouveau sous le soleil.

    Et après, on se demande pourquoi le phénomène du BREXIT est arrivé, que les différents gouvernements européens deviennent de plus en plus à droite et des gens comme Donald Trump sont élus. Les gens ordinaires ne se retrouvent plus de ce maelstrom d’aménagement culturel contradictoire proposé par des rebelles sans cause. C’est « ben » pour dire.

    • Cyril Dionne - Abonné 17 juillet 2018 20 h 41

      Addendum.

      Pour ceux qui ont critiqué Kanata à cause du manque de subventions pour les créations autochtones, eh bien, ils sont dans le champ. Malgré le fait que M. Lepage reçoivent des subventions, ses pièces sont un succès autant artistiquement que monétairement. Ce qui veut dire que la compagnie de production de M. Lepage ainsi que ses employés paient des impôts, des taxes et même des tarifs, des argents qui reviennent à la société. Peut-on en dire autant des productions autocthones qui sont subventionnées à la hauteut de 100% sans qu'ils paient aucune taxe ou impôt?

      On ne peut pas avoir l'argent du beurre, le beurre et un sourire de la fermière avec ça.

  • Claude Bariteau - Abonné 17 juillet 2018 13 h 07

    La mouche piqueuse.

    Vous parlez de mouche piqueuse. C'est tout sauf une mouche, car c'est la conséquence d'une charge massive par le capital laissé à lui-même pour disloquer les démocraties occidentales avec des politiciens qui s'affairent à dévaloriser la démocratie et à survaloriser les droits des minorités.

    Pour une analyse récente. Voir : http://www.laviedesidees.fr/Le-capitalisme-democra, un texte de M. Jean-Fabien Spitz. S'y trouve une explication de l'hypervalorisation des minorités et une banalisation de la démocratie. Le Canada s'agite dans cette logique avec sa nation post-nationale et les droits accordés aux individus, ce qui renvoie au modèle prisé par les Britannqiues auquel a fait écho hier m" Nadeau du Devoir.

    C'est sur cette base que les opposants à « SÂLV » ont déployé leurs arguments dans une province, celle du Québec, qui est depuis 1982 moulée à la canadienne et dont les habitants ne parviennent pas, du moins à date, à sortir de la logique canadienne en évitant de plonger dans un populisme aveugle et aveuglant que représente la CAQ, et de fonder un ordre politique sur la base de la démocraite et qui valorise la démocratie dont la force a toujours résidé dans le respect des choix démocratiques, qui implique le respect des droits des individus au sens où l'égalité entre eux est un principe de base en démocratie qui implique de chercher à corriger les inégalités.

    Dans un pays, le Canada, et dans une province, le Québec, où ces fondements sont sous attaques pour favoriser l'irradiation de la liberté sans limite ni contrainte de la propriété privée, qui est la mouche piqueuse, les dérives que vous citez vont se multiplier si les citoyens et les citoyennes ne mettent pas la main à la roue pour enrayer son déploiement et s'allier à d'autres États qui entendent le faire.

    Bonne lecture du texte un peu long de M. Spitz.

    • Gilles Gagné - Abonné 17 juillet 2018 21 h 36

      M. Bariteau absolument incontournable cette suggestion de lecture du texte de M. Spitz, merci!