Mourir d’ennui en CHSLD

S’ennuyer, jour après jour, dormir matin et après-midi sous l’effet d’un calmant ou d’un antipsychotique, se lever et se coucher tôt, la toilette sommaire, aucun choix de repas, un seul bain et une seule période d’activité par semaine. Pas de sortie au grand air par un matin ensoleillé puisqu’aucune préposée ne peut vous y accompagner ni un proche parent.

Combien d’aînés, en ce moment, vivent ce purgatoire que connaît ma propre mère nonagénaire, après avoir longtemps vécu de manière autonome et active ? La voilà en pénitence dans un pseudo-milieu de vie. L’alternative proposée dans l’attente d’une chambre dans le CHSLD de son village natal : soit elle réside dans une unité en centre hospitalier, soit on la balade d’un lieu de transition à l’autre. Alors, elle attend à l’hôpital sans accepter l’imprévisibilité du délai ni comprendre la complexité du processus. La démoralise ce lieu terne à mourir d’ennui, dépourvu d’une vraie salle à manger, d’un petit salon, d’un balcon-terrasse. Elle n’a jamais connu une si déprimante chambre aux murs dépeints, aux fenêtres blindées. Lui manquent le souffle du vent, le chant des oiseaux. De son enclos, elle voit un toit et une autre aile de l’hôpital. Du moche au tarif maximal d’un CHSLD.

Pourquoi réserver un tel châtiment aux plus vulnérables ? À cause de leur déclin cognitif et de leur perte d’autonomie ? Et le médecin s’étonne de leur dégradation, de la perte de la notion du temps, de leur moral à plat. Quoi prescrire pour qu’ils acceptent l’inacceptable ? Et si on laissait tomber les pilules au profit de stratégies non pharmacologiques : bains et massothérapie, musicothérapie, zoothérapie, art-thérapie, plein air, etc. ?

Souligner ces lacunes n’attire que la sympathie de tout le personnel, en proie à un sentiment d’impuissance. Aucune révolte. Prévaut le syndrome de Stockholm chez les infirmières, les préposées et les résidants, tous otages d’une déshumanisation des soins et services. Devant une telle soumission, les aidants hésitent à porter plainte, par crainte de nuire au proche parent. Mais il nous faut réagir. Nous ne pouvons tout de même pas nous taire face à un tel manque de dignité.

En vain, j’ai tout fait pour que ma mère ne soit pas condamnée à un aussi triste sort. D’être aussi impuissante à la rendre heureuse et sereine, au crépuscule de sa vie, me fait souffrir. Alors, je suis résolue à me battre avec l’énergie du désespoir pour que, lorsqu’elle aura rendu son denier souffle, je ne souhaite ma propre mort. Via Zurich.

2 commentaires
  • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 13 juillet 2018 09 h 21

    Le Québec, triste

    Une lettre bien triste! sans maltraiiance sauf que pourquoi? ne pas avoir l'aide a mourrir quand il n'y a plus de solution.
    andrée Phoénix-Baril, abonnée

  • Pierre Samuel - Abonné 13 juillet 2018 16 h 57

    Absolument inhumain et conséquemment inacceptable ! Recevez toute ma sympathie, cher Monsieur. N'abandonnez surtout pas !

    Salutations cordiales !

    Pierre Samuel