«SLĀV», une rencontre manquée qui fait peur

Comme le chante la ritournelle de mon enfance : on est 6 millions, faut se parler. On est maintenant 8 millions de personnes au Québec et c’est toujours vrai, faut se parler. Ce serait sympathique, pour faire changement, de s’écouter aussi.

J’ai l’impression qu’il y a deux postures de discussion dans notre petit coin du monde : ou bien on est d’accord sur toute la ligne, ou bien on ne se parle plus. Nous avons un problème d’écoute parce que nous avons du mal en s’il vous plaît à rencontrer l’autre.

Certes, la société québécoise affirme mieux sa diversité qu’autrefois, mais soyons sincères : ici comme ailleurs, la mâle blancheur domine. Cette domination existe, son inertie est frustrante et elle fait mal. Parler de valeurs universelles dans ce contexte fait oeuvre de déni : ce sont de belles paroles et bien peu d’écoute.

Le problème fondamental de SLĀV, c’est que quiconque s’interroge sur cette situation problématique doit aussitôt choisir son camp. Avant même de commencer à en parler, il n’y a plus d’écoute. Dans un contexte où la droite identitaire n’en finit plus d’élargir son emprise, une telle polarisation des opinions choque, inquiète et fait peur.

26 commentaires
  • Léon Désaulniers - Abonné 12 juillet 2018 05 h 57

    C'est bien vrai ce que vous dites. Mais de quelle droite identitaire parle-t-on ici?

  • Raynald Rouette - Abonné 12 juillet 2018 06 h 38

    Votre lettre n’arrangera pas les choses


    Au départ, vous accusez gratuitement, une supposée droite identitaire! C’est mal parti...

    Pour interpeller, les divers paliers de gouvernements, en regard de la situation précaire de la communauté noire, il s’est posé des gestes inacceptables dans une société dite civilisée.

    Viser et saboter intentionnellement, un projet artistique, pour sensibiliser ou dénoncer un manque d’aide de la part des gouvernements, n’était pas la bonne chose à faire. L’art de se tirer dans les pied, comme dit l’adage.

    Harcèlement, intimidation, menaces ont été employés pour avoir une certaine visibilité. Ça s’apparente à du terrorisme psychologique, n’est-ce pas vrai?

    De plus, ce qui n’arrange, n’arrangera pas les choses, est l’accusation sans fondement « d’appropriation culturelle » de l’esclavage des noires. Dans toute l’histoire de l’humanité, l’esclavage n’a jamais eu une couleur particulière. C’est l’essence même du projet SLAV.

    L’acte manqué, n’est certainement pas de la part des créateurs de SLAV.

    Mais bien des contestataires, du FIJM, des divers paliers de gouvernements, et s’ajoute ce matin le TNM, qui fait acte de contrition semble-t-il.

    Cette contestation aussi spectaculaire, qu’injuste envers les créateurs de SLAV, a portée un dur coup « au vivre ensemble ». Elle fait ressortir surtout, l’échec du multiculturalisme, de l’interculturalisme, et de la diversité...

    Si en 1982, le Canada n’avait pas mis les entraves au Québec, que sont la loi sur le multiculturalisme et la charte des droits et libertés, je suis convaincu que nous n’en serions pas là aujourd’hui!

    • Gilles Delisle - Abonné 12 juillet 2018 11 h 28

      Pleinement d'accord avec vous M.Rouette,

      Le TNM nous montre ce matin la nouvelle voir à suivre pour les entreprises culturelles. Par crainte de nouveaux " SLAV Résistance" de toutes sortes, les compagnies de production de même que les entreprises culturelles devront s'ajuster à tous ces groupes raciaux, politiques, religieux ou autres. La brèche est ouverte, le TNM nous montre ce matin que la culture au Québec devra s'auto-censurer afin de ne pas froisser personne! Un coup dur pour la liberté de penser, d'écrire et d'exercer sa survie culturelle.

  • Cyril Dionne - Abonné 12 juillet 2018 07 h 21

    Un faux problème

    Le problème fondamental de SLĀV, c’est que c’est un faux problème. SLĀV est une production théâtrale créée par un créateur de génie, Robert Lepage, qui a voulu nous faire revivre une page d’histoire honorant les victimes de l’esclavage. Les apôtres de la dissension démocratique, les gens de la « gogauche » solitaire et nos rebelles sans cause de Concordia ont voulu en faire un cheval de bataille, qui n’était en bref, qu’une tempête dans un verre d’eau. Si M. Lepage avait donné la parole et chanté les victimes des camps de concentration nazis de la 2e guerre mondiale, on aurait crié au génie.

    Le discours sur la censure de SLĀV n’a rien à voir avec la diversité, mais bien pour une certaine gauche déconnectée et discréditée de tenter de réoccuper l’arène politique. Nous avons droit maintenant à des enquêtes sur le racisme systémique que nous subventionnons sans qu’on nous le demande, et à la discrimination positive parce que le Québécois de souche, selon les dogmes du multiculturaliste, a péché. Et si on ne peut pas le convertir, on l’accusera de discrimination allant même au racisme.

    Il y a un ras-le-bol des gens ordinaires envers la rectitude politique puisqu’il s’agit de seulement une forme plus moderne d’asservissement de la population. Ce n’est pas en invoquant la diversité qui n’est qu’en fait, un terme fourre-tout de la part des élites de l’establishment aux souliers cirés, qu’on alimentera le discours ambiant entre les différentes cultures. Si l’avertissement du BREXIT et l’élection de Donald Trump n’ont pas suffit, tous les beaux discours à la Obama de ce monde auront été vains.

    • Claude Bariteau - Abonné 12 juillet 2018 11 h 41

      Vous tirez sur un gogo-gauche alors que l'approche déployée par les protestaires Anglo-Québécois est pratique courante chez des chefs de file de ce groupe historique.

      Pour se maintenor en poste, ils alimentent des manifestation en se servant tantôt des Autochtones, tantôt des Noirs, tantôt des Immigrants au nom du multiculturalisme inscrit dans la charte des doits et libertés de la constitution de 1982, qu'ils n'ont d'aucune façon critiqué la procédure qui y a conduit et, comble de leur plaisir, avec l'appui de journalistes, de dirigeants de chaire de recherche, de médias.

      Or, la procédure de Trudeau fut la même qui a conduit à la création par Londres du Dominion of Canada et à l'écrasement des Patriotes suivi de la création du Canada-Uni, une entité politique recherchée par les Britanniques établis au Québec après l'indépendance des États-unis avec la collaboration d'habitants du Québec qu'ils nourrissaient de privilèges.

      Là est le fond du problème. Et ce fond découle d'une longue tradition anglaise qui a pour assise la division de leurs opposants pour mieux s'affirmer. S'ils ne réussissent pas, ils modifient leur approche politique. L'exemple est ce qui a cours depuis le Brexit.

      Ils ont voulu imposer leur agenda et se sont frappés à un mur. Ils cherchent depuis à se tirer d'affaire et accuseront bientôt les dirigeants de l'UE d'ostracime à leurs égards toput en faisant la cour à des pays membres de l'UE et aussi aux États-Unis, à la Chine, aux Indes, aux économies émergentes, même à la Russie de Poutine.

      Pourquoi ? Parce qu'ils ont été au centre du monde et pensent en ces termes. Ce n'est pas une tare, mais tout simplement un comportement découlant d'un passé glorieux

    • Cyril Dionne - Abonné 12 juillet 2018 17 h 27

      M. Bariteau,

      Le soleil se couche maintenant sur le feu empire britannique qui est aux prises avec les démons du multiculturalistes qu’il a créé de plein gré chez lui, Commonwealth oblige. Mais la gauche "boboesque" multiculturaliste n'est pas sans tache dans cette affaire. Elle crache tout simplement sur les francophones pour des lubies qui nous parviennent des États-Unis.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 juillet 2018 04 h 53

      M. Dionne, je voulais seulement souligner que la gogo-gauche reprend -sans le savoir peut-être, mais j'ai des doutes- le discours de britanniques pour qui les autres « cultures » sont toutes honorables pourvu que leurs chefs reconnaissent la prédominance des Britanniques et qu'ils puissent former leur ghetto, car c'est ainsi que la prédominance britannique devient pérenne.

      Alors qu'une Québécoise d'origine corse et un Québécois d'origine française s'allient pour produire une pièce témoignant des luttes par le chant et le rythme d'esclaves de par le monde, ce qui permet de révéler que l'esclavage a enrichi ceux qui le pratiquaient, voilà qui devenait inacceptable, car ça risquait de semer la pagaille, faire éclater les ghettos et nuire à la prédominance des Britanniques.

      Que la gogo-gauche embarque dans cette lecture, c'est qu'elle repose sur les mêmes prémisses avex pour différence non pas la prédominance britannique en bout de piste, mais celle, comme vous le dites, d'élites politiques aux souliers serrés qui ont vu dans l'oeuvre de Mme Bonifassi et de M. Lepage, une charge sur les visions hiérarchiques de petits bourgeois feutrés aspirant à la gouverne avec des promesses à gauche et le maintien des cloisons parce que la citoyenneté et les rapports sociaux liant les habitants du Québec n'est pas leur tasse de thé.

      Ils aspirent à gouverner de cette façon. Alors ils ont empruntés les masques des noirs américains pour dénaturer le sens de l'oeuvre de deux créateurs perçus aux antipodes de leur construction politique et ont tout fait pour que cette oeuvre ne fasse pas tache d'huile à Montréal et soit plutôt extraite de cette ville et jouée hors de ses murs, là où ils ne vont pas.

      Aussi, il m'apparaît que le TNM doit présenter cette pièce à Montréal le plus tôt possible. S'il ne le fait pas, c'est qu'il ne porte pas au coeur ni le respect de la création ni celui du sens véhiculé par cette pièce.

  • François Séguin - Abonné 12 juillet 2018 07 h 36

    100% d’accord

    Dans ce débat, trop de bien-pensants poussent des cris d’orfraie sans écouter l’autre; un vacarme assourdissant: les purs anti-censure; les anti-racistes caricaturaux; les appropriationnistes et les anti-appropriationistes purs et durs, etc. Tous un peu ridicules. Si c’était drôle on pourrait en rire.

    Bravo à madame Pintal du TNM, qui a adopté une position équilibrée, digne de respect. Elle reconnaît implicitement que les critiques de la pièce de Lepage n’avait pas tout faux, qu’il faut entendre les gens blessés par cette pièce. Sans tomber dans le sectarisme et le dogmatisme.

    • Robert Morin - Abonné 12 juillet 2018 11 h 35

      Si on ne voulait pas tomber dans le sectarisme ou le dogmatisme comme vous le dites, est-ce que la censure de ce spectacle constituait la seule voie vers une discussion? Je ne crois pas.

    • François Séguin - Abonné 12 juillet 2018 15 h 23

      @ M. Morin,

      Bien sûr, la pièce aurait dû continué à être présentée. Mais ce n’est pas le petit groupe de 100 manifestants qui a obligé quiconque à mettre fin à la pièce; mais le FIJM, pour des raisons purement mercantiles. Et je subodore que Lepage et le TNM n’ont pas résité bien fort. Plutôt pusillanime face à l’ainsi-nommée censure.
      Soit dit en passant, le terme censure est utilisé à mauvais escient lorsqu’il n’y a pas de rapport d’autorité qui empêche la liberté d’expression..
      Ex. de censure : lorsqu’en 1976 la Ville de Montréal a démantelé l’exposition Corrid’art le long de la rue Sherbrooke.

  • Michel Lebel - Abonné 12 juillet 2018 08 h 11

    ''L'écoute''...

    Ce n'est pas en s'attaquant à la liberté d'expression artistique que ''l'écoute'' peut avoir lieu! Il y a une limite au discours contradictoire!
    Quant à la peur, elle fait partie de la vie et il faut essayer de la surmonter. Ce n'est pas ce que le FIJM a malheureusement réussi à faire.

    M.L.

    • François Séguin - Abonné 12 juillet 2018 13 h 51

      «  Il y a une limite au discours contradictoire! »
      Les censeurs de toutes les époques ont tenu des propos semblables!!!
      Surprenant, de la part d’un défenseur de la liberté d’expression.
      Pour vous paraphraser: ce n’est pas en limitant les discours contradictoires qu’une démocratie reste en santé.

    • Michel Lebel - Abonné 13 juillet 2018 11 h 07


      @ François Séguin,

      Je dis ceci: si on croit vraiment à la liberté d'expression, il me semble contradictoire de forcer l'annulation d'une représentation théâtrale. C'est tout.

      M.L.