Lettre à une grande chanteuse

Chère Betty Bonifassi,

Comment va ta voix, cette voix qui m’a subjuguée, émue jusqu’à la moelle, dans Les triplettes de Belleville ? Je te découvrais alors, et pour moi tu as été et tu es encore « la chanteuse des chanteuses ». Je n’en ai connu qu’une autre comme toi : Maurane, pour qui chanter aussi « musicalement » est hors de l’ordinaire.

Je t’ai suivie jusqu’à Lomax, impressionnée par tes recherches pour un projet que tu portais dans tes tripes depuis des années et qui devint ce superbe album, puis SLĀV, ce show… que je n’ai pas pu voir, entendre, ressentir, à cause de l’ignorance et de la victimisation des protestataires. Sans oublier la volte-face du FIJM, qui a ainsi donné raison à cette dérive alarmante de la ritournelle fort populaire « le monde change, il faut l’accepter ».

Voici une expression d’Hannah Arendt que je trouve parfaite pour décrire les dérives que nous vivons : « La dégradante obligation d’être de son temps ».

Pour finir, Betty,
Comment va ton coeur ?
Il a dû arrêter de battre jeudi soir à la sortie du Théâtre du Nouveau Monde
Il a dû tomber dans un nid-de-poule
Et, du coup, c’est le pied qui s’est cassé.

J’avais mes billets pour le vendredi, donc je n’ai pas vu le show !

Déjà, j’étais en colère en lisant dans les journaux les revendications de ces ignorants du processus de création chez les artistes.

Je le connais, ce processus, c’est comme une grosse éponge qui va et vient dans la vie en absorbant et en observant la comédie humaine et qui, en se tordant les boyaux, fait ressortir de ses entrailles dans une grande expiration les résultats de ses inspirations et la liberté de ses expressions : une liberté qui ne vendra jamais… enfin, pas encore. Il faut donc se battre pour la sauvegarder. Oui, on a bafoué la liberté d’expression. Je dirais plus, la liberté « d’inspiration » de grands artistes, Betty Bonifassi, Robert Lepage, et toute l’équipe de SLĀV.

Je vous salue, je vous embrasse et je suis persuadée que je verrai sous peu votre spectacle, que nous verrons SLĀV, car on est des milliers à vous attendre sans pancarte, sans slogan, l’esprit ouvert, comme le fut le vôtre pendant vos répétitions.

19 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2018 03 h 05

    Merci...

    Merci Madame Forestier !

    Vous nous montrez ce matin que l'espoir d'être mérite amplement que nous refusions la mort culturelle.
    Culturelle, et donc politique par nécessité de solidarité et de continuité.

    Mes plus sincères amitiés républicaines, Madame.
    Et comme toujours avec moi, Vive le Québec Libre !

  • Raynald Rouette - Abonné 11 juillet 2018 06 h 07

    « La dégradante obligation d’être de son temps »


    Voilà, là où nous en sommes aujourd’hui, pour notre plus grand malheur!

    Les entraves imposées au Québec en 1982, que sont la Charte sur les droits et libertés et la loi sur le Multiculturalisme sont à l’origine de ce foutoir. Tout devient potentiellement politique, avec les risques de dérives que cela comportent. SLAV est un autre exemple, suivant le dernier jugement sur le voile intégral islamiste.

    Dur coup, pour le vivre ensemble. Le Canada, 1er pays post national?

  • Pierre Pelletier - Abonné 11 juillet 2018 07 h 21

    Enfin !

    Enfin, une artiste qui ose prendre position dans ce déchirant débat. Bravo madame.
    J'espère que vous serez suivie sur ce sentier des opinions.

  • Rose Marquis - Abonnée 11 juillet 2018 07 h 34

    À une grande chanteuse

    Merci Louise Forestier pour ce texte. Une abitibienne en promenade à Montréal m'a dit qu'elle a pu voir ce spectacle et elle en était ravie, je lui ai répondu que j'espérais le voir, mais.... Peut-être un jour...

  • Claude Bariteau - Abonné 11 juillet 2018 07 h 53

    La beauté de la voix

    Un hommage mérité par une dame de voix et coeur à une dame de voix et de coeur.