Réduire les temps de déplacement

Dans votre article de samedi intitulé « La course quotidienne », vous nous contez l’histoire de Patrick « qui a élu domicile à Saint-Sauveur », et qui pourtant travaille à Saint-Laurent. Le pauvre ! Selon vous, il doit se taper deux longues heures de route pour se rendre au travail. Et ça grogne à Prévost, selon vous ; en effet, Patrick et ses voisins en ont assez de ces bouchons, de ce manque de mobilité. Eh ben ! Mais pourquoi diable ont-ils élu domicile à Prévost s’ils travaillent à Montréal ? Bien sûr que ce choix de vie est insensé. […]

Et comment nos politiciens réagissent-ils ? Eh ben, élargissons donc la 15. Ajoutons une extension au REM. Dans l’objectif d’une politique de mobilité durable qui vise à diminuer de 20 % le temps de déplacement entre le domicile et le travail.

Ces mesures contribueront à encourager davantage le développement de Prévost, ce qui fait que des bouchons encore plus gros feront leur apparition tôt ou tard, et ce, même avec l’élargissement proposé de la 15 et un REM majoré.

On veut diminuer le temps de transit boulot-dodo ? On y arrivera d’une seule façon en fin de compte : il faut raccourcir les distances. Il faut favoriser une densification urbaine saine à l’échelle humaine et axée sur un transport collectif. Il faut au contraire décourager cet étalement urbain.

Prévost, qui jadis était un endroit champêtre et paisible, est devenu au fil des ans une extension moche des banlieues. Tout ça parce que le héros de votre histoire, notre pauvre Patrick, a bien voulu vivre à deux heures d’automobile de son travail.

6 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 10 juillet 2018 08 h 22

    Bien d'accord avec vous!

    Sauf que vous écrivez «Et comment nos politiciens réagissent-ils ? Eh ben, élargissons donc la 15. Ajoutons une extension au REM.».

    Pourtant, à la fin de l'artucle que vous citez, on peut lire une politicienne parler dans le même sens que vous : «Ajouter des routes ne réglera rien, c’est un cercle vicieux». Elle propose plutôt de favoriser le transport en commun et le développement des «économies rurales et faire en sorte qu’il y ait davantage d’emplois en région». Il s'agit de Lucie Mayer, la candidate de Québec solidaire dans Prévost.

    • Jean Richard - Abonné 10 juillet 2018 10 h 50

      Davantage d'emplois en région ? Peut-être, mais avec certaines réserves.

      L'étalement urbain a commencé avec l'habitation et s'est poursuivi avec le commerce, l'industrie et les services. Dans les trois cas cet étalement a donné lieu à des besoins accrus en transport, de personnes et de marchandises.

      Certes, l'urbanité évolue, la ville se transforme, mais ce modèle de ville concentrique a traversé des siècles et des siècles et ce n'est pas sans raisons. Dans l'histoire récente, le choix de l'automobile comme outil principal de la mobilité a ouvert la porte à la décentralisation de l'économie urbaine et comme cette décentralisation s'est faite de façon anarchique, les promoteurs en étant souvent les acteurs principaux, ça a donné des résultats assez désastreux dans nombres de cas. Devant l'étendue du désastre, les villes qui avaient encore espoir de s'en sortir ont dû mettre sur pieds de coûteux programmes de revitalisation urbaine, mais là, c'est le cercle vicieux : forte demande en ressources pour mener à bien cette revitalisation et rareté des ressources pour aller de l'avant, si bien que tout se fait à la petite cuiller.

      Quant à l'économie suburbaine, idéalement elle devrait être orientée pour redonner au monde rural ce milieu que la banlieue lui a ravi. Des emplois en région, ça ne doit pas se faire en étalant l'économie urbaine en économie suburbaine. Il faut plutôt miser sur une économie rurale (et peut-être touristique, sous toutes réserves car le tourisme est parfois ravageur).

      L'économie rurale doit également se méfier des géants. Bombardier à Mirabel, c'est bien, mais c'est fragile. C'est une société qui carbure sur le principe du personnel jetable, ce qui menace la stabilité de l'économie. Un gros centre commercial d'autoroute aux abords d'une petite ville, qui drainera une clientèle dans un rayon de plus de 50 kilomètres, ce n'est pas la meilleure avenue non plus.

  • Robert Dussault - Inscrit 10 juillet 2018 09 h 00

    Vous avez bien raison: la candidate de QS voit clair dans ce débat. Force est d'admettre par contre qu'elle est bien minoritaire. La classe politique québécoise penche presqu'unanimement du côté de l'automobile. Ce ne sera pas facile de renverser cette volonté maladive que nous avons collectivement de centrer notre vie entière sur l'usage de l'auto.

    • Jean Richard - Abonné 10 juillet 2018 11 h 09

      L'industrie automobile est probablement la plus influente de toutes (beaucoup plus influente que celle du pétrole). Pourquoi ? Tout simplement parce qu'elles contrôle les médias, ces diffuseurs d'information alimentés par la publicité – et quelle industrie fait le plus de publicité dans les médias, à la télé en particulier ? L'industrie automobile.

      Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est qu'on est en train d'installer l'environnement requis pour assurer la survie de l'industrie automobile. Ainsi, après le tout-à-l'auto version 1.0, on est en train de procéder à la mise en service du tout-à-l'auto version 2.0. Le tout-àl'auto 2.0, c'est la voiture à batteries rechargeables, qui, si on se laisse avoir, sera plus encombrante et finalement plus polluante que celle qu'elle remplace. Le tout-à-l'auto 2.0 est calqué sur le tout-à-l'auto 1.0 car son objectif est de continuer à produire plus de 100 millions de voitures par année, pour ne rien changer aux bases de l'économie mondiale.

      À cause des contraintes d'utilisation, la voiture à batteries rechargeables est, encore plus que celle qu'elle remplace, taillée sur mesure pour la banlieue. Et vous aurez remarqué que les gouvernements en place ont opté pour des privilèges s'appliquant surtout aux « banlieusards électriques » (droit de squatter les voies réservées, gratuité sur les ponts à péages, espaces de stationnement réservés...).

      Bref, à défaut de pouvoir porter au pouvoir un parti politique ayant une vision urbaine digne du XXIe siècle, il est à craindre que les Patrick de Saint-Sauveur travaillant à Saint-Laurent se multiplient et que les petits-fils de Patrick habitent à Mont-Laurier et travaillent à Saint-Laurent, et que l'autoroute A15 aura 8 voies dans chaque direction, 8 voies de bouchons électriques...

  • Céline Delorme - Abonnée 10 juillet 2018 09 h 42

    Vous avez bien raison.

    Vous avez bien raison, en tant que citoyen adulte, quand on fait un choix personnel en toute liberté, on n'a pas à se plaindre au gouvernement par la suite.

  • Loyola Leroux - Abonné 10 juillet 2018 10 h 54

    Congestion sur la 15, une solution simple

    Réinstaurer le péage aboli dans les année 80 par des politiciens visionnaires. Investir l’argent dans le transport en commun. Utiliser, comme en banlieue de Toronto, depuis 1960, des stationnaments inscitatifs dans les échangeurs d’autoroute.