Les censeurs à l’aise

SLĀV est retiré de l’affiche, le verdict est tombé : appropriation culturelle. Je me prends à imaginer la tête de Jessye Norman ou de Barbara Hendricks à qui on annoncerait que, couleur de peau oblige, elles devront désormais se cantonner aux negro spirituals, ne plus chanter Brahms ou Richard Strauss.

Je me prends à imaginer le formidable éclat de rire de Grace Jones ou de Dee Dee Bridgewater apprenant la controverse montréalaise autour de SLĀV ; elles ont chanté La vie en rose et Ne me quitte pas; il ne fallait pas, peut-être ? Au pilori, elles aussi, appropriation culturelle, encore !

Et Summertime, tiens ? Betty Bonifassi pourrait-elle incarner le temps d’une chanson la Porgy de Porgy and Bess dans le Montréal de 2018 sans qu’on crie au scandale ? Georges Gershwin pourrait-il même, de nos jours, écrire cet opéra ? Compositeur blanc, personnages noirs ! Appropriation culturelle, encore, toujours !

Non, vraiment, à voir les choses ainsi, on ne s’en sort pas, on ne s’en sortira jamais. L’annulation de SLĀV par le FIJM me paraît quelque chose de grave, d’inquiétant. Les censeurs pourront prendre leurs aises, leur indignation l’a emporté, la résistance n’a pas été bien grande. Attendons la suite…

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