Les censeurs à l’aise

SLĀV est retiré de l’affiche, le verdict est tombé : appropriation culturelle. Je me prends à imaginer la tête de Jessye Norman ou de Barbara Hendricks à qui on annoncerait que, couleur de peau oblige, elles devront désormais se cantonner aux negro spirituals, ne plus chanter Brahms ou Richard Strauss.

Je me prends à imaginer le formidable éclat de rire de Grace Jones ou de Dee Dee Bridgewater apprenant la controverse montréalaise autour de SLĀV ; elles ont chanté La vie en rose et Ne me quitte pas; il ne fallait pas, peut-être ? Au pilori, elles aussi, appropriation culturelle, encore !

Et Summertime, tiens ? Betty Bonifassi pourrait-elle incarner le temps d’une chanson la Porgy de Porgy and Bess dans le Montréal de 2018 sans qu’on crie au scandale ? Georges Gershwin pourrait-il même, de nos jours, écrire cet opéra ? Compositeur blanc, personnages noirs ! Appropriation culturelle, encore, toujours !

Non, vraiment, à voir les choses ainsi, on ne s’en sort pas, on ne s’en sortira jamais. L’annulation de SLĀV par le FIJM me paraît quelque chose de grave, d’inquiétant. Les censeurs pourront prendre leurs aises, leur indignation l’a emporté, la résistance n’a pas été bien grande. Attendons la suite…

3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 9 juillet 2018 11 h 57

    Ne pas sous-estimer.

    Des préjugés, de la stupidité et de l'ignorance existeront, je crois hélas toujours. Mais il faut toujours veiller et surtout jamais les sous-estimer. Ce que le FIJM et Robert Lepage ont malheureusement fait. Passons maintenant à autre chose!

    M.L.

  • Jacques-André Houle - Abonné 9 juillet 2018 14 h 02

    Porgy, Bess, ou Clara?

    Pour rectifier et préciser: il serait surprenant que Betty Bonifassi chante le rôle de Porgy, le principal personnage masculin de l'opéra de Gershwin. Quant à la berceuse "Summertime", c'est une jeune mère, Clara, qui la première la chante à son enfant dans l'acte 1. Ce n'est qu'à l'acte 3 que Bess (la protagoniste féminine principale) la reprend pour l'orphelin de Clara et Jake.

  • Réal Nadeau - Abonné 10 juillet 2018 19 h 33

    D'un extrémisme à l'autre

    La peur injustifiée de " l'appropriation culturelle d'un groupe " (la communauté noire,dans ce cas-ci),se concrétisant par l'annulation de la pièce de théâtre SLAV à Montréal, a érigé un mur entre divers groupes de la société québécoise.Une peur injustifiée qui a lancé les hauts cris de l'extrémisme.

    La peur d'un jeune homme " très malade" envers les immigrants a créé un vrai drame celui-là, un certain 29 janvier 2017. La société de Québec a admirablement tout fait pour panser les plaies.

    Mais la peur "cultivée" ,de haut en bas de la société québécois et canadienne, au nom de "l'inclusion", s'est vite saisie de ce drame de la Mosquée,pour le transformer en agressivité politico-multiculturelle et idéologique envers le peuple franco-québécois qu'on tente de culpabiliser, dès qu'il veut affirmer son identité et son originalité, pour la protéger et la faire rayonner , dans cette mer anglophone de l'Amérique du Nord.

    Important de savoir bien identifier cette peur aux mille visages, pour un mieux-vivre ensemble en ce coin de la planète Terre...