L’appropriation culturelle, concept tendancieux

Le tollé de contestations ayant conduit à l’annulation de la pièce SLĀV de Robert Lepage et de Betty Bonifassi, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), révèle, à mes yeux, un imbroglio nocif et antiperformant provenant d’une société malade d’inconfort eu égard au désaccord suscité par une frange de la société.

Une frange de la société qui évoque le concept de l’appropriation culturelle comme argument massue pour justifier sa demande d’annulation de SLĀV, des Blancs n’étant pas légitimés pour jouer le rôle de Noirs. Un concept tendancieux qui, poussé à l’extrême, écorche au passage la nécessaire liberté d’expression.

Pourtant, une telle décision draconienne de la part du FIJM aurait pu être évitée si les pourfendeurs de la pièce avaient manifesté un minimum de souplesse et engendré le dialogue avec les créateurs du spectacle. Mais non, ces mêmes contestataires sont rapidement montés aux barricades, tuant ainsi dans l’oeuf toute forme de dialogue avec Robert Lepage et Betty Bonifassi.

En réalité, nous assistons à une guérilla assassine qui piétine sans vergogne la liberté d’expression, un concept vital à la survie de toute forme artistique, un concept qui souffre difficilement toute forme de censure, si « justifiée » qu’elle soit présentée à titre d’argumentaire.

En fin de compte, la leçon de cette saga nous aura permis de constater que nous vivons aujourd’hui dans un monde où personne n’ose défendre une position soumise à la contestation de peur de déplaire ou de devoir affronter la tempête médiatique pour faire valoir ses idées !

5 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 juillet 2018 02 h 15

    Le mépris derrière les injures

    Le reproche d’appropriation culturelle n’est que la rationalisation du mépris des protestataires. Ceux-ci sont principalement des jeunes blancs anglophones qui ne subissent aucun préjudice de cette ‘appropriation’. D’où vient donc leur hargne haineuse ?

    À mon avis, cette hargne exprime un mépris profondément ancré par des décennies de propagande hostile à l’égard des locuteurs francophones du Québec. C’est cela qui explique la haine de ces jeunes anglophones montréalais contre les spectateurs francophones du TNM.

    Le choix des mots est significatif : ‘Shame!’ se traduit littéralement par ‘Honte à vous’. Mais en réalité, il signifie ‘Je vous estime honteux, c’est-à-dire méprisables’.

    Derrière les spectateurs du TNM, c’est tout le peuple francoQuébécois qui est visé par le crachat des protestataires.

    On n’a plus affaire à des messages haineux exprimés en anglais sur d’obscurs forums de discussion. Il ne s’agit plus d’une protestations contre des institutions (le TNM ou le Festival de jazz, par exemple).

    Les cris ‘Shame!´ et les crachats des protestataires s’adressent directement à des francoQuébécois dans leur vie privée alors qu’ils se rendent au théâtre. L’agression est d’une audace inouïe.

    Que nous faut-il pour réaliser le sens véritable de leur message ?

  • Marc Therrien - Abonné 7 juillet 2018 09 h 18

    Et ensuite, passons au concpet de privilège blanc


    Si le concept d’appropriation culturelle devient «tendance», il accompagne celui du privilège blanc dont les personnes se disant représentantes de groupes culturels opprimés voudront continuer d’en discourir. Ce concept, qui se développe depuis une cinquantaine d’années, désigne, entres autres, d’après Peggy McIntosh, un «ensemble invisible d'avantages non mérités » dont dispose les blancs dans des sociétés occidentales. Si ce privilège blanc n’a pas été mérité, je cherche à savoir comment il a été obtenu. A-t-il été conféré? Si oui, par qui et comment? S’il a été acquis de force d’une telle façon qu’il n’a pas été mérité, est-ce à dire que le groupe auquel il a été enlevé n’était pas d’égale force? Si tel est le cas, qu’est-ce qui explique ce résultat? Je suivrai avec grand intérêt les chroniqueurs et commentateurs qui nous entretiendront maintenant du privilège blanc pour voir s’ils nous éclaireront davantage sur comment s’est installé étapes par étapes le processus du racisme systémique qu'ils déplorent afin que nous puissions mieux voir comment nous pourrions procéder pour le désinstaller.

    Marc Therrien

  • André Labelle - Inscrit 7 juillet 2018 13 h 33

    FUMISTERIE

    Le concept même d'appropriation culturelle me semble une authentique fumisterie et une façon malveillante, sournoise et hypocrite de censurer ceux et celles qui n’ont pas les mêmes opinions qu’un groupuscule donné. Vivre avec cette idée d’appropriation culturelle c’est ouvrir la porte à toutes les censures, à tous les racismes, à la ghettoïsation des groupes quels qu’ils soient. Voulons-nous vivre dans une telle société ? Joseph Facal, dans son billet d’aujourd’hui est très convaincant à ce sujet. Il mérite d’être lu.

    Mais un autre aspect doit être relevé. Comment se fait-il que l’ensemble des médias ont sauté à pieds joints sur cette nouvelle et en ont fait les grands titres ? Je veux bien que toutes nouvelles méritent d’être présentées. Je dirais aujourd’hui que soit les médias ont été manipulés aux fins d’un groupe proposant une idéologie obtuse et extrémiste. Tous savent qu’un tango se danse à deux …

    «Les masques à la longue collent à la peau. L'hypocrisie finit par être de bonne foi.»
    [Edmond et Jules de Goncourt]

    • Marc Therrien - Abonné 7 juillet 2018 14 h 15

      Si «l’hypocrisie finit par être de bonne foi », c’est peut-être qu’on a appris qu’elle est un liant social à chaque fois qu’on a observé qu’il était peut-être utile que nos paroles contredisent nos pensées et qu’elles-mêmes soient démenties par nos actions. De mon côté, je retiens cet avis de Gustave Le Bon : "Ne nous plaignons pas trop de voir l'hypocrisie gouverner les hommes. Le monde deviendrait vite un enfer si elle en était bannie."

      Marc Therrien

  • Réal Nadeau - Abonné 8 juillet 2018 22 h 15

    D'un extrémisme à l'autre

    La peur injustifiée de " l'appropriation culturelle d'un groupe social" a érigé un mur entre divers groupes de la société québécoise.Une peur injustifiée qui a lancé les hauts cris de l'extrémisme.

    La peur d'un individu "malade" envers les nouveaux arrivants a créé un drame, un certain 29 janvier 2017. La société de Québec a admirablement tout fait pour panser des plaies.

    Mais la peur "cultivée" ,de bas en haut de la société québécois et canadienne, au nom de "l'inclusion", s'est transformée en agressivité politico-multiculturelle et idéologique envers le peuple franco-québécois qu'on tente de culpabiliser dès qu'il veut affirmer son identité et son originalité, pour la protéger et la faire rayonner , dans cette mer anglophone de l'Amérique du Nord.