«SLĀV», ou la fin de l’altruisme

Le FIJM a cédé aux pressions en annulant le spectacle SLĀV de Robert Lepage parce que la chanteuse principale et le metteur en scène sont des Blancs. Pourtant, sur le site du Festival, on pouvait lire que ce spectacle avait pour but de « rendre hommage à la force de résilience, à la dignité et à la beauté des esclaves africains déportés en Amérique ».

Devons-nous conclure que seuls les Noirs peuvent lutter contre le racisme envers les Noirs ? Selon la même « logique », les hommes ne pourraient plus se déclarer féministes, et les hétérosexuels ne devraient plus apporter leur soutien aux gens des communautés LGBTQ+ ? Le terme à la mode est le suivant : « appropriation culturelle ». Cela veut dire qu’on ne devrait pas s’approprier les enjeux des autres communautés.

Un spectacle qui dénonce le racisme et qui glorifie la force des Noirs malgré l’esclavagisme correspond-il à une forme d’appropriation ou à l’expression d’une solidarité humaine ? Nous devrions travailler ensemble, plutôt que séparément, pour combattre les injustices ?

Le concept d’appropriation culturelle est-il une conséquence de l’individualisme exacerbé et de l’égocentrisme de notre époque ?

J’ai l’impression qu’on me demande de ne plus faire preuve d’altruisme envers mon prochain…

2 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 6 juillet 2018 01 h 12

    Vous êtes libre, entièrement, comme les catholiques étaient libres d'aller en enfer. Quand Dieu venait comme un voleur.
    Altruisme? Oui, avec les précautions usuelles: les "nihil obstat".
    Je pressens que la tournée des chapelles sera longue.
    Comme nos hivers, euh, les hivers des nations aborigènes...

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 juillet 2018 06 h 02

    L’appropriation dite culturelle ou Rationaliser le mépris antifrancophone

    Sous l’accusation hypocrite d’appropriation culturelle, la protestation contre SLĀV a pour effet d’étouffer la voix d’outre-tombe de ces esclaves noirs et vise à l’enfermer dans le carcan ethnique de leurs descendants, seuls autorisés à l’exprimer.

    Ceux qui ont protesté contre SLAV sont principalement blancs et anglophones. Formés par un système éducatif qui fait l’apologie de l’Empire britannique et des colons racistes qu’il a essaimés, ces protestataires tentent de culpabiliser des artistes francophones qui prennent fait et cause pour une partie de ceux que cet empire a exploités.

    Ce mépris — qui n’est pas caractéristique de l’ensemble de la communauté anglophone de Montréal — est celui de très nombreux jeunes angloQuébécois à qui les médias anglophones et les médias sociaux qu’ils consultent n’ont de cesse que de décrire les francoQuébécois comme des êtres racistes alors que l’histoire qu’on leur a appris à l’école valorise des criminels de guerre comme Amherst, et ceux qui ont créé au Canada les réserves indiennes et les pensionnats autochtones.