L’essence de la religion

En marge du très beau texte de Benoit Léger (« Les athées, minorité oubliée », Le Devoir, 3 juillet), j’aimerais proposer une vision positive (et un peu critique) de la religion. Ayant grandi dans le Québec des années 1950, j’ai eu la chance, ou disons l’occasion de connaître le phénomène religieux de l’intérieur et j’ai pu l’observer sous plusieurs de ses facettes.

J’en suis venu à la conclusion suivante : l’essence de la religion réside dans le recueillement devant le mystère de la Création, dans la célébration de la beauté des êtres, hommes et femmes, et dans la compassion pour leurs souffrances. Mais elle devient une insulte à notre intelligence et à notre dignité quand elle se dégrade en un tissu de prescriptions inutiles et stupides sur le sexe, la médecine, la bouffe ou l’habillement.

13 commentaires
  • Gilles Marleau - Abonné 5 juillet 2018 05 h 47

    Incitatif et mobilisation

    Et j'ajourterais pour ce qui est du côté positif, lorsqu'elle est incitatif et mobilisatrice à des gestes et engagements personnels et collectifs sérieux envers les pauvres, les malades, les victimes de toutes sortes, et source de pardon.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2018 06 h 17

    2 000 milliards de galaxies observables

    Si les amis imaginaires disparaissent, les dogmes et les doctrines disparaissent, les livres qui datent de l'âge de pierre disparaissent, les églises, les minarets et les synagogues disparaissent et la culpabilisation de l'homme aussi, cela devient plus intéressant. En fait, c'est la version humanisme. Maintenant on peut se questionner de la présence de l'homme dans un univers qui contient plus de 2 000 milliards de galaxies observables et notre perception de la dimension de celui-ci (univers) est limité par la vitesse de la lumière et ceci, dans un espace-temps de 13,8 milliards d'années. Ici, on ne parlera même pas des multivers.

    À y penser, l'homme n'est qu'une luciole éphémère dans la nuit des temps. Soyons humble.

    C'est "ben" pour dire.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 juillet 2018 09 h 02

      Si c'était d'un quelconque intérêt objectif, on pourrait se demander depuis quelle étoile vous vous échinez à exprimer à la première occasion votre mépris suffisant à l'endroit des croyants et de leurs croyances. Je ne pose pas la question parce que je pense que les croyants - dont je ne suis pas - auraient besoin de s'en prémunir mais parce qu'il est une forme bénigne de cette intolérance dogmatique que maints athées pratiquent d'autant plus rondement qu'ils s'en croient libérés pour s'être éloignés de la religion de leurs ayeux. Des fois, on ne fait ainsi que changer de religion...

  • André Labelle - Inscrit 5 juillet 2018 08 h 52

    Vous écrivez :«l’essence de la religion réside dans le recueillement devant le mystère de la Création [...]» Pourtant je n'y vois aucun mystère. L'Univers est né de la nécessité des lois de la physique. L'apparition de la vie est issue des mêmes contraintes.
    Mais comme l'être humain est incapable d'appréhender les milliards d'années d'évolution naturelle nécessaires, il a la fâcheuse tendance à y voir l'œuvre d'une quelconque déité.
    Mais il n'y a pas là de mystère, que des processus extrêmement complexes et difficiles à comprendre. Ce qui ne m'empêche pas de trouver la vie magnifique tout comme l'Univers dans lequel je vis.
    Pour moi la religion n'est pas autre chose qu'une … astrologie organisée autrement.

    «La religion est la maladie honteuse de l'humanité. La politique en est le cancer.»
    [Henry de Montherlant]

    • Yvon Massicotte - Abonné 5 juillet 2018 17 h 15

      @André Labelle
      Alors, il n’y a pas de mystère dans la Création? Alors, pourquoi cette nécessité des lois de la physique? Pour expliquer l’état actuel de notre monde? Mais ces lois sont approximatives et présentent à leur source un caractère aléatoire et leur nécessité est mise en cause par beaucoup de physiciens respectables. Les théories physiques sont de plus en plus perçues comme des constructions mentales humaines projetées sur le monde. Et il y a véritablement mystère à expliquer leur adéquation avec les phénomènes observés.

      À la citation d’un Montherlant, esprit amer et défaitiste, j’opposerais la remarque d’un esprit curieux et humble qui va dans le sens de cette très belle lettre de François Therrien.

      « Ces propos auxquels je m’aventure (le sens de la vie et Dieu) ils me font l’effet d’un balbutiement dérisoire, ayant avec la réalité les mêmes rapports à peu près qu’une image d’une cellule vue sous le microscope de Pasteur et l’image de la même cellule sous le microscope électronique, approximation enfantine ». [Henri Guillemin]

    • Marc Therrien - Abonné 5 juillet 2018 19 h 02

      J’imagine qu’il est plus facile d’être serein quand on ne se pose plus les questions les plus profondes de l’humanité telles pourquoi? et afin de quoi? qui émanent du Mystère du Tout Ça qui aurait pu ne pas être là, parce que la science y a trouvé des réponses plus satisfaisantes pour soi que la religion. Ainsi, comme ce qui unit la religion, la philosophie et la science est le désir humain de comprendre pour expliquer, je ne vois pas comme Montherlant la maladie dans la religion, mais plutôt dans l’organisation humaine, L’Église, qui la gère, tel que le laisse penser le philosophe Alain :“Dans la religion, tout est vrai, excepté le sermon ; tout est bon, excepté le prêtre.” Le Vrai est dans les questions qui le cherche.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2018 20 h 51

      Bien d’accord avec vous M. Labelle.

      Ce n’est pas avec la philosophie ou bien la religion que nous allons comprendre et expliquer l’univers. Les religions ne sont que des sectes qui ont réussi, ni plus ni moins. La philosophie est une discipline créative qui reprend les mêmes arguments des philosophes antérieurs. Au contraire, la science ne clame pas qu’elle a la Vérité, mais qu’elle est toujours en constante recherche de celle-ci en utilisant une démarche vérifiable et reproductible du monde sensible par l’expérimentation.

      Lorsque le génie humain comprendra qu’on retrouve l’extrêmement petit dans l’extrêmement grand dans un yin et yang quantique et cosmologique, qu’il pourra unifier les quatre grandes forces de l’univers en un tout, qu’il comprendra qu’il y a un nombre infini de dimensions et de possibilités et que le concept du temps n’existe pas dans sa linéarité, peut-être et on dit peut-être, qu’il avancera d’un pas.

      Pour nos croyants qui ont un besoin inné de croire, il faudrait qu’il réalise un jour que notre étoile, le Soleil, ne produit que l’hydrogène et l’hélium et que la vie à base de silicone est aussi possible que celle à base de carbone. Pour cela, il ne suffit pas juste d’avoir la foi ou de croire, mais bien de comprendre. Comme le disait si bien Emil Michel Cioran : « la religion est une fatigante solution de paresse ».

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 juillet 2018 09 h 20

      En réalité, bien des gens ont avec la science exactement le même rapport que d'autres avec la religion : elle leur permet d'engourdir à grands renforts de rationalisations la même angoisse existentielle que la superstition et la pensée magique. Il n'est pas du tout étonnant de trouver chez les scientistes les adversaires les plus acharnés de la caricature à laquelle ils assimilent toutes les démarches de foi. Heureusement, ni la science ni la foi, ni la philosophie ne sont concernés par les mises en scène de la WWF où se complaisent les cavaliers de l'athéisme et les sectes fondamentalistes. Malheureusement, on manque en chemin l'essentielle rencontre avec le mystère.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juillet 2018 17 h 33

      SVP M. Desjardins, ne pas comparer la science aux religions parce les croyants aux besoins inné de croire ne comprennent pas les préceptes de base de celle-ci. Il faut un minimum d'éveil cognitif, d’ouverture d’esprit et de curiosité pour comprendre des concepts scientifiques qui font appellent à la compréhension et non pas à la foi ou aux sciences sociales. C’est pour cela que 95% des scientifiques ne croient pas aux amis imaginaires. Et ici, on ne parle d’athéisme, mais bien d’humanisme.

  • Michel Lebel - Abonné 5 juillet 2018 09 h 45

    Le lien à Dieu

    Pour un croyant, la religion relie à Dieu. Du moins essaye de relier à Dieu, la foi demeurant toujours une affaire de liberté. L'essentiel pour un chrétien vient de la personne du Christ qui a un jour dit: ''Aimez-vous les uns les autres, comme, je vous ai aimé''. Méchant programme!

    M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2018 15 h 50

      Jésus, ce n'est pas notre "walking dead" (ressucité) des temps modernes? Méchant ami imaginaire.

      J'imagine qu'il faut avoir la foi et boire les paroles de Jésus, ce qui n'est pas très hydratant en ces temps de canicule.

    • André Labelle - Inscrit 6 juillet 2018 12 h 48

      «Je suis allé à Lourdes avec ma femme. Il n'y a pas eu de miracle. Je suis revenu avec.»
      [Seymour Brussel]

  • André Labelle - Inscrit 6 juillet 2018 12 h 45

    Les "scientificosceptiques" mettent sur le même pied l'imprécision de la foi et l'imprécision scientifique. Évidemment les certitudes de l'une et de l'autre fait qu'on ne peut être en face d'une certitude à 100 %. Mais les scientifiques les plus rigoureux diront par exemple que tel phénomène, compte tenu de nos connaissances actuelles, s'explique de telle ou telle façon. Par exemple, si je laisse un bocal d'eau congélateur où la température est à -10° C, je suis passablement certain de le retrouver sous forme de glace dans un temps que je pourrais même évaluer assez précisément. On est de l'acte de foi il me semble.
    Mais les esprits religieux ont appris à jouer avec les raisonnements et s'en servent allègrement pour prouver leurs points.

    «Moins on croit en Dieu, plus on comprend que d'autres y croient.» [Jean Rostand]