«Quand ça bouge, c’est obscène!»

Le 6 décembre 1967, des policiers de Montréal remettent des sommations à comparaître en Cour du bien-être social à de jeunes danseuses et à la direction des Ballets africains de Guinée sous prétexte que les interprètes ont les seins nus durant une partie du spectacle.

La police ne tenait évidemment aucun compte du contexte culturel. C’est un haut fait de l’histoire de la censure au Québec, et la remarque d’un policier, citée plus haut, avait provoqué l’hilarité générale, et peut-être sonné le glas de la « Grande Noirceur ». Il y avait eu procès, la troupe avait été exonérée de tout blâme et le spectacle n’avait jamais été annulé.

51 ans plus tard, une nouvelle génération de curés sans soutanes vient de forcer l’annulation du spectacle SLĀV, sonnant ainsi haut et fort le début d’une nouvelle censure. Il ne s’agit pas ici de seins nus, mais du fumeux concept d’appropriation culturelle. Cette nouvelle censure sera pire que la précédente, parce que non fondée sur des lois, parce que non soumise à la preuve, elle n’a même pas à être consensuelle, elle n’a pas besoin non plus de la police pour s’exercer, car l’intimidation est beaucoup plus efficace.

Le 4 juillet 2018 sera à classer dans les jours sombres de notre histoire, pour peu que notre histoire se poursuive.

20 commentaires
  • Martin Dufresne - Abonné 5 juillet 2018 01 h 00

    Jour "sombre"? Voire...

    Le succès heureux de la communauté noire montréalaise dont plusieurs membres ont protesté à raison contre la production actuelle de "SLAV" me semble surtout à marquer d'une pierre blanche, comme jalon de notre progrès collectif vers un meilleur partage de l'espace public avec les groupes minoritaires, vers plus de respect et d'ouverture à leurs apports, surtout quand c'est de leur condition qu'il s'agit.
    Ce ne sont pas des "curés" ou quelque mouvement de censure qui a convaincu les organisateurs qu'ils faisaient fausse route. D'ailleurs, les Autochtones peuvent nous apprendre que les "soutanes" ont toujours été du côté de ceux qui s'accordaient tous les droits sur les non-Blancs, que ce soit au nom de la religion ou de la "liberté de l'artiste", pourvu qu'il soit de la bonne couleur.
    Espérons que ce spectacle soit remonté avec une distribution plus représentative.

  • Serge Pelletier - Abonné 5 juillet 2018 04 h 03

    Bravo, bravo, bravo.

    Exactement cela. Pire que sous les dictats des curés du temps.

  • Jérôme Faivre - Inscrit 5 juillet 2018 04 h 37

    Excommunions

    Le Devoir titre aujourd'hui 5 juillet 2018: « L'indignation aura eu raison du spectacle «SLĀV» ».
    Je trouve que cela semble donner un certain crédit à cette nouvelle censure qui est évoquée ici.
    C'est beau d'être indigné. Cependant ce n'est pas l'indignation de la population qui est retenue, mais celle de groupuscules de pression ultra minoritaires, mais très bruyants, as usual...

    Sans changer une ligne de l'article, il me semble que des titres comme:
    «Le FIJM plie devant les groupes de pression»
    ou encore, plus passe-partout:
    «L'annulation du spectacle «SLĀV» soulève l'indignation» auraient reflété la situation de meilleure façon.

    Comme vous le mentionnez dans votre lettre, les curés sans soutane sont toujours à l'œuvre.
    Leurs prêches, homélies et autres sermons sont sources de divisions inutiles au Québec.
    Dans cette histoire, le « Québec bashing » est encore une fois à l'œuvre dans le ROC et au sud de notre frontière.
    Comme il y a cinquante ans, en effet.
    Bon courage aux artistes touchés par ces indignes excommunications et autres fatwas version 2018.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 juillet 2018 05 h 32

    Censure nouvelle ?!?

    « 51 ans plus tard, une nouvelle génération de curés sans soutanes vient de forcer l’annulation du spectacle SLĀV, sonnant ainsi haut et fort le début d’une nouvelle censure. Il ne s’agit pas ici de seins nus, mais du » (Sylvain Mounier, Écrivain)

    Nouvelle censure ?

    Possible, mais peu importe sa ou ses sources d’inspiration (d’origine politique, religieuse, sociale, culturelle, et-ou économique … .), la censure, relevant du libre-arbitre humain plutôt qu’utilement divin, mythique ou naturel ?!?, censure tout autant ce qui est réputé légitime que légal !

    Si, de ce qui précède, la censure possède comme mandat-mission de couper-trancher, et compte tenu des lendemains issus de l’Époque de Duplessis-Léger, on-dirait qu’elle demeure en-corps très « active » (pédophilie, politique-éthique de transparence … .) !

    Censure nouvelle ?!? - 5 juillet 2018 -

  • Bernard Terreault - Abonné 5 juillet 2018 07 h 45

    Bien dit

    Plus le droit pour moi de siffloter un air de blues? D'écouter Madame Butterfly se donner la mort dans le plus bouleversant de tous les airs d'opéra? Pas le droit pour un blanc de s'inspier des lancinantes ragas indiennes dans sa musique, ni d'ailleurs pour un Indien de jouer du Beethoven.