Les logements sociaux abordables

L’utilisation du logement social neuf par une municipalité comme outil d’abordabilité des logements est un non-sens. Normalement, la redistribution à des fins d’équité doit être un fardeau fédéral puis provincial, mais non municipal, car au niveau local de tels efforts ont des effets pervers. Les ménages plus démunis y déménagent, augmentant ainsi les listes d’attente. Le fardeau du coût de tels programmes devrait être assumé par l’ensemble de la population d’un pays/province et non par les citoyens d’une ville ni par le secteur privé local, dont la rentabilité pourrait ne plus justifier une offre de logements privés de qualité.

Pensons à l’absence de rénovations dans le stock locatif existant avec pour conséquence une détérioration dans la qualité du stock. Le contrecoup direct d’un loyer maximum imposé au secteur privé est une pénurie dans la quantité et la qualité des logements et une augmentation des taudis. Des prix plus bas peuvent certes profiter à certains consommateurs dans l’immédiat, mais en pénalisant les investisseurs/producteurs, ils finissent par porter préjudice à plus long terme à l’ensemble des consommateurs de logements locatifs. Notez ici qu’il faut 40 ans pour amortir le coût des travaux, selon les formulaires de la Régie du logement.

Les municipalités ne peuvent compter sur les ressources de la taxe foncière pour mener à bien de telles politiques sans remettre en cause leur équilibre budgétaire ou les services qu’elles offrent. Dans la ville de Montréal par exemple, les grilles des coûts de réalisation doivent tenir compte des particularités territoriales, comme la densité, les coûts élevés des terrains et la décontamination des sites. Parlant de coûts de terrains, ne pourrait-on pas imaginer une densification des Habitations Jeanne-Mance, situées en plein coeur du centre-ville, au lieu de forcer les promoteurs à intégrer des logements sociaux à leurs projets privés de luxe ? […]

Pendant longtemps, la Ville de Montréal a souffert d’un développement résidentiel privé anémique accompagné d’un trou de beigne en son centre-ville. La seule manière d’améliorer le développement était de stimuler l’offre. L’équilibre résidentiel à Montréal est fragile et il faut assurer une offre de logements privés appropriée pour que la demande s’exprime.