Les mots pour le dire

Il est souvent question de l’université dans les pages du Devoir, et les derniers jours ne font pas exception avec les intéressants articles d’Aurélie Lanctôt sur la détresse des étudiants et la libre opinion de Stéphane Martineau de l’UQTR sur la vision mercantile de l’université, où ce dernier dénonce les ravages de la pensée néolibérale. Il s’est également écrit beaucoup de choses sur la maîtrise du français au Québec, tant pour ceux qui enseignent au primaire et au secondaire que pour les étudiants et pour la population du Québec en général, pour moitié analphabète.

Je constate comme Martineau la concurrence entre les institutions ainsi que l’acceptation aux études supérieures d’étudiants peu préparés et peu motivés, mais je crois que les ravages du néolibéralisme qu’il dénonce vont encore plus loin. Si, comme chargé de cours, il est triste de constater dans ses groupes l’impréparation de certains étudiants, je crois qu’il faut s’alarmer davantage des impacts plus pernicieux de ce néolibéralisme : la préparation d’une chair à canon docile et enthousiaste à y participer.

Un grand nombre de jeunes qui nous arrivent en classe ne maîtrisent pas leur langue. La pauvreté de leur vocabulaire fait peine à constater. Tous sur Facebook, ils s’y informent et conversent sans trop savoir, ou du moins sans se préoccuper du fait qu’ils se trouvent ainsi enfermés dans une bulle de technologie, une technologie omniprésente à laquelle ils sont asservis.

Exit les capacités de calcul mental, de rédaction structurée, de lecture stratégique. Tout enseignant vous le dira, faire en sorte que les étudiants « fassent leurs lectures », ne serait-ce que de courts textes, constitue un véritable exploit !

Bien sûr, comme enseignants, nous n’avons que le choix de nous adapter. Ne pas tenir pour acquis, par exemple, que des mots pourtant usuels sont compris ou que nos institutions politiques sont bien connues ou encore que la lecture des travaux de session qui nous seront présentés sera aisée ; ce ne sera pas nécessairement le cas ! À cette époque de défis planétaires et de bouleversements accélérés, il n’a jamais été aussi important de savoir s’informer, de posséder un bon sens critique. Mais comment comprendre le monde dans lequel on vit si on n’a pas les mots pour le nommer ?

3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 3 juillet 2018 10 h 06

    Ce qui rejoint...

    Madame Lanctôt parle de pression qui fait abandonner les étudiants, sinon les pousse à la dépression et même au suicide.

    Cette pression vient bien plus des familles et du réseau social que des profs, sauf peut-être quelques maniaques qui comptent sur leurs étudiants pour leur prochaine bourse de recherche.

    Mais elle vient surtout du vacuum qui précède l'université!

    Il n'existe aucune pression à la réussite au primaire, pas plus au secondaire ni au Cégep.
    Au contraire, souvent les parents considèrent qu'une bonne note à leur enfant est un dû, comme une nanane en récompense d'être resté assis pendant des mois en classe.

    Les étudiants découvrent soudain la pression à 18, 20 ou 21 ans. Ils n'ont jamais eu à l'évaluler, encore moins à l'évacuer et certainement pas à s'en servir.

    Soudain on sort d'un système tolérant, soutenant, bonne-maman, applaudissant à tout rompre la première fois que bébé va sur le pot.

    Les pépédagogues du ministère continuent à prôner une approche où l'enfant apprendra sans effort, comme allant de soi, puisque l'enfant est un "bon sauvage". Dans la foulée "ils" ont décidé il y a longtemps que le prof est un mal nécessaire qu'on doit baliser en tout pour qu'il ne gêne pas le "développement naturel" de l'enfant, ou je ne sais quelle autre ânerie.

    Le Rousseauiisme est roi et maître à l'école, et c'est une horreur.

    Les futurs profs apprennent à faciliter l'apprentissage de ces têtes "déjà parfaites"... mais ne connaissent pour la plupart que l'ABC de leur propre science, juste assez pour passer strictement le programme et rien de plus.

    C'est comme ça qu'on apprend à avoir du plaisir en physique ? Carrément impossible.

    En fin de compte on forme des pédagogues qui ne peuvent réellement enseigner que la pédagogie, comme me l'ont démontré mes enfants. Ils savaient bien mieux comment enseigner que la matière en question!

    PGL est loin en ta.

    Des jeunes sortent de leur cocon, tout nus, et vous en héritez.
    Bonne chance.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juillet 2018 23 h 54

      Vous avez résumé le monde de l'éducation en quelques mots. Apprendre sans faire aucun effort et tout le monde gagne une médaille pour avoir participé. Bravo pour votre synthèse.

  • Jacques de Guise - Abonné 3 juillet 2018 12 h 34

    Le problème ...

    ... c’est vous et vos pareils,qui n’avez pas encore compris les liens cruciaux entre apprentissages langagiers et apprentissages disciplinaires, qui n’avez pas encore compris que le langage n’est pas une simple transcription des idées déjà là, qui n’avez pas encore compris qu’il est nécessaire d’élaborer à la fois le langage et la pensée disciplinaire, qui n’avez pas encore compris qu’il est nécessaire de travailler, à la fois, les pratiques langagières et le contenu disciplinaire, qui n’avez pas encore compris que le travail langagier est indispensable pour construire le savoir, qui n’avez pas encore compris que les activités langagières n’accompagnent pas seulement les activités disciplinaires, elles en sont un élément constitutif.

    Faire accéder tous les étudiants à la maîtrise de la langue relève de l’enseignement de toutes les disciplines. C’est une tâche qui vous incombe, arrêtez de pelleter ça dans la cour du voisin. Il vous faut réexaminer votre conception du langage comme étant un préalable à toute construction du savoir!!!