Haraway, de façon sommaire

Le nom de Donna Haraway — une penseuse contemporaine véritablement pluridisciplinaire, à cheval entre les sciences, les arts et l’histoire des idées — ne figure pas souvent dans les pages du Devoir. Or, Christian Rioux y fait référence dans un article récent, « Menace contre l’humanité » (ni plus ni moins…), une entrevue avec Jacques Testart, le « père du premier “bébé-éprouvette” français ». Ce qui ressort de cette entrevue, c’est que Testart semble regretter sa participation dans le développement d’une technologie de procréation médicalement assistée dont les usages n’avaient pas été pleinement mesurés. À plusieurs moments, Rioux vise délibérément les couples homosexuels, qu’il associe à des dérives « transhumanistes », l’incarnation de ladite « menace contre l’humanité ». Je doute de la pertinence de ses commentaires sur les homosexuels. Par ailleurs, la présentation sommaire de Haraway manque absolument de rigueur — comme si elle était la chantre des « rêves d’enfants » de tous les transhumanistes. Dans les dernières années, Haraway s’est évertuée à penser comment vivre avec les effets de la technologie sur les corps, sur les écosystèmes, sur les identités, sur les idées, sur les récits. On ne lui en voudra pas d’envisager les possibilités d’une technologie, aussi improbables soient-elles. Si on prend le temps de lire Haraway, on ne la trouve pas naïvement séduite par la publicité technologique, mais bien critique et sensible aux transformations (matérielles, idéologiques, symboliques, etc.) que nous traversons. Peut-être un « Devoir de philo » sur Haraway ?

Réponse du journaliste

Vous êtes visiblement en désaccord avec Jacques Testart, mais il ne trahit pas la pensée d’Haraway en affirmant qu’elle rêve d’« une humanité enfin débarrassée des genres ». Dans son Cyborg Manifesto, Haraway qualifie elle-même de « vieillerie humaine sexuée et enracinée dans le genre » les rapports qu’entretiennent hommes et femmes depuis des millénaires. Que dire de plus sinon qu’au lieu d’argumenter avec Testart, vous préférez dénigrer le messager en l’accusant d’associer « délibérément LES (c’est moi qui souligne) couples homosexuels […] à des dérives “transhumanistes” […] incarnation de ladite “menace contre l’humanité” ». Vous n’avez évidemment pas trouvé la moindre phrase pour appuyer cette accusation gratuite. Et pour cause, la critique de Testart s’adresse à tous ceux pour qui la technique n’est plus un instrument destiné à aider l’homme à se réaliser, mais au contraire un moyen d’effacer chez lui toute trace d’humanité. Peu importe ici la façon dont on baise…

2 commentaires
  • Dominique Raby - Abonnée 31 mai 2018 13 h 37

    Merci M. Hope

    J'attends avec impatience un "Devoir de philo" sur Donna Haraway qui donnerait la pleine mesure de la richesse de son oeuvre.

    M. Rioux: pourriez-vous m'indiquer à quelle page de son Cyborg Manifesto Haraway aurait écrit "vieillerie humaine sexuée et enracinée dans le genre"? Cette phrase revient plusieurs fois sur internet pour critiquer la pensée de Haraway, mais sans référence précise. Or j'ai beau chercher dans le texte, version anglaise ou française, je ne vois pas... Merci d'avance.

  • Stéphane Laporte - Abonné 31 mai 2018 13 h 40

    Je vous trouve très poli, monsieur Hope