Montréal territoire autochtone ou mohawk?

J’ai été surpris d’apprendre, à la lecture de la lettre de monsieur Luc-Normand Tellier publiée dans Le Devoir du 23 mai, que, lors de la cérémonie du 17 mai, commémorant la fondation de Ville-Marie, une représentante des Mohawks de Kahnawake avait souhaité aux participants la bienvenue en territoire mohawk. La nouvelle administration de la Ville de Montréal avait pourtant fait un pas dans la bonne direction en remplaçant la formule « territoire mohawk non cédé » par l’expression plus neutre « territoire autochtone non cédé ».

En effet, nous savons que toutes les Amériques étaient habitées lors de l’arrivée des Européens et que, dans le Québec d’aujourd’hui, seuls les territoires visés par la Convention de la baie James ont été cédés. Cette formule n’enlève rien aux Mohawks, qui considèrent l’île de Montréal comme la partie septentrionale de leur territoire, ni aux Anishnabés, qui y voient l’extrémité sud de leur territoire.

Quant aux Iroquoiens rencontrés par Cartier en 1534-1535, tant les Mohawks que les Wendats s’en réclament. Je pense que cette question, de même que celle de leur disparition, ne sera jamais tranchée : la nation québécoise et les nations autochtones devront apprendre à vivre en paix malgré cette importante contradiction quant à l’identité des hôtes de Cartier et le mystère qui entoure leur disparition. À mon avis, l’histoire de chacune des nations concernées devrait faire état de la position des autres sur ces éléments ; cette simple reconnaissance de la légitimité de points de vue opposés et contestés serait un pas dans la bonne direction, vers une réconciliation qui exclut une seule vérité en matière historique.

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4 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 29 mai 2018 04 h 18

    Mystère??? Que non.

    Un mystère facilite la non implication du rationnel… À ces époques reculées, l’île de Montréal était un territoire contesté par toutes les nations indiennes régionales de l’époque, et se trouvait par conséquent en zone de guerre. L’occupation du territoire, par l’une ou l’autre des nations indiennes, était donc temporaire et se poursuivait tant et aussi longtemps que les « forces guerrières » de l’un ou de l’autre des belligérants pouvaient en assurer la présence… Sans omettre le nomadisme de ces nations : des implantations territoriales se faisaient où la survie était possible, et une fois les ressources des alentours épuisées, c’était le déplacement à un autre site. Les recherches anthropologiques/archéologiques l’on parfaitement démontré – et pour toutes les Amériques. Pour le Canada et l’Est des Grands Lacs les fouilles le démontrent clairement.

    Une situation similaire avait court pour la rivière des Iroquois (maintenant Richelieu) et ses berges. Endroit où les attaques et embuscades des unes et des autres des nations indiennes ne permettaient l’implantation que temporairement, et le maintient que par la force guerrière.

    D’ailleurs, lors du passage à Tadoussac, les carnets de voyages de Roberval/Champlain font état que plusieurs corps étaient pendus aux arbres, certains décapités, mais tous portant des marques diverses de torture. Lorsque les explorateurs s’informèrent auprès du chef indien montagnais (maintenant nommé Innus) du c’est « qui, quoi, où, comment et pourquoi », ils se firent répondre qu’il s’agissait des prisonniers d’une expédition punitive contre les iroquois de la rivière qui allait par la suite porter le nom de Rivière des Iroquois.

  • Cyril Dionne - Abonné 29 mai 2018 09 h 17

    Montréal est un territoire québécois, point à la ligne

    Comme le disait si bien Jean-François Nadeau du Devoir, « l’expression « territoire non cédé » est un euphémisme qui n’a pas de portée historique, politique ou juridique ». On cherche encore à réécrire l’histoire tout ne changeant rien de la réalité. Est-ce que les révisionnistes historiques vont donner des pouvoirs juridiques, politiques en plus de céder tous les territoires que les autochtones revendiquent? Poser la question, c’est y réponde.

    Depuis que le monde est monde, les peuples ont conquis et se sont fait conquérir. Désolé, on ne pourra pas refaire le passé et les terres ont été conquises, cédées ou non. Avec une population autochtone qui ne dépassait pas le million avant l’arrivée des premiers colons européens, disons poliment que le Canada était clairsemé. Or, le principe de « squatters right » s’applique et est reconnu partout dans le monde, des Nations unies jusqu’aux dictatures. Si vous ne vivez pas dans un endroit et quelqu’un d’autre l’occupe, dans moins de 50 ans, vous perdez vos droits de possession. Curieux tout de même, les autochtones n’avaient pas le concept de la possession des terres et encore moins celui de l’argent. Aujourd’hui, cette notion de « territoire non cédé » porte une couleur à saveur économique et non pas historique, juridique ou politique.

    En cette période de la très Sainte rectitude politique, c’est « in » de se poser comme quelqu’un qui se souci des ses concitoyens, surtout des moins fortunés. Or, la réalité est l’opposé puisque nous vivons dans une ère de l’hyper-individualisme. La dimension de la singularité de l’individu outrepasse celle de l’universalité. On ressemble de plus en plus à des Robinson Crusoé sur notre île. Alors, pour le faux débat des Iroquois, Mohawks et Wendats qui revendiquent le territoire de Montréal, s’ils y étaient, c’était un demi-millénaire passé. Disons poliment que le monde a changé.

  • Serge Lamarche - Abonné 29 mai 2018 12 h 43

    Mohawks Iroquois

    Le peuple le plus guerrier et meurtrier de l'amérique du nord n'a rien a revendiquer. Ils devraient être contents de ne pas se faire écraser comme ils n'avaient aucun scrupule à le faire des Hurons.

    • Jean-François Trottier - Abonné 30 mai 2018 10 h 05

      Heu... Les Wendats/Hurons étaient des Iroquois...

      Ou, en termes précis, des Iroquoiens. La différence est que les Mohawks (terme possiblement injurieux qui signifie "mangeur d'homme", alors qu'en français Agnier imite l'appellation d'origine "Kanienkehaka") étaient membre de la fédération des Cinq Nations, en plein essor, ou guerrre d'axpension, lors de l'installation des Français.
      Les autres peuples, alliés des Français, se défendaient plus qu'autre chose.

      Mais selon les textes américains ce sont les Wendats qui se comportaient avec une cruauté sans nom! Comme quoi...

      En fait nous sommes bien mal placés pour juger. En général les Européens se sont comportés en barbares partout où ils sont allés, trucidant et déplaçant les autochtones au gré des besoins en espace, de l'économie ou même des guerres ayant lieu en Europe.

      La grande exception est le Québec, où les Français à l'incitation de Champlain ont respecté jusqu'au détail les contrats et ententes avec les peuples amis ou alliés. Pas avec les ennemis, ça va de soi! Mais à partir de 1700, l'entente signée avec les Mohawks/Agniers/Kanienkehak a été respectée.
      Les Mohawks aussi l'ont respectée. D'ailleurs la Grande Paix de Montréal démolit en bonne partie la thèse du "territoire non cédé". En tout cas...
      Il aura fallu la guerre de 7 ans et la poussée des Anglais vers la Nouvelle-France pour la briser.

      Ce respect explique pourquoi en 1750 la France étendait son "territoire" sur 75% de l'Amérique du Nord avec une population 100 fois inférieure à celle des colonies anglaises.

      Les Anglais par contre ont agi partout en réels barbares envers tout ce qui n'était pas WASP, en massacrant et en appauvrissant tant les alliés que les ennemis, parfois jusqu'à disparition totale. Kanienkehakas, Wendats, Innus, Métis, Québécois...

      La loi sur les Indiens perdure et la la loi sur la Clarté est une autorisation permanente à l'agression armée, rien de moins.