Des énergumènes payés par le SCRS?

Les temps sont durs pour l’image du nationalisme québécois. Il y a d’abord ces gens tout de noir vêtus qui jurent n’avoir rien contre les immigrants, mais qui n’hésitent pas à faire des heures de route pour aller agiter des drapeaux du Québec et des patriotes sur le chemin Roxham. Puis, il y a ces têtes brûlées, niant être d’extrême droite bien que prônant la « remigration » des nouveaux arrivants, qui envahissent agressivement une salle de rédaction en arborant un masque fleurdelisé. Comment les jeunes millénariaux, qu’on prend pour des valises en leur servant des positions aussi incohérentes et rebutantes, peuvent-ils faire autrement que de conclure que tous les militants s’identifiant comme « nationalistes » sont de parfaits abrutis ?

Le spectacle de ces groupuscules est si navrant qu’on en est à se demander si leur but n’est pas justement celui-là : disqualifier tout symbole national québécois et tout discours faisant appel à la nation québécoise. Compte tenu des antécédents en la matière, d’aucuns se demanderont combien de ces énergumènes sont sur la liste de paie du Service canadien de renseignement de sécurité, le fameux SCRS.

Justement, sacrifiant un resplendissant lundi aussi férié qu’ensoleillé, je me suis rendu à la marche organisée par le Réseau Cap sur l’indépendance pour la Journée nationale des patriotes. Une foule bigarrée arborant bannières et drapeaux parcourait sagement les rues du centre-ville tandis que, mégaphone en main, un jeune organisateur nous proposait des slogans indépendantistes. « So-li-da-ri-té avec les Ca-ta-lans ! », lançait-il avec cadence aux marcheurs qui répétaient avec rythme et discipline. « Mon-tré-al en fran-çais ! », scandait-il avant que la foule y fasse écho. Mais quelques enthousiastes se permettaient parfois de se substituer à l’animateur en lançant, par exemple, un tonitruant « In-dé-pen-dance ! », histoire de s’offrir le plaisir d’entendre la foule y répondre. Puis, sous l’oeil des caméras des reporters à l’affût de la moindre anicroche, il y eut ce quidam qui tenta sa chance en hurlant son « Viiii-ve le F-L-Q ! » Mais à l’invitation de répéter ce slogan-là, la foule — dont je suis très fier — fit plutôt entendre un long silence. Sans doute les autres participants avaient-ils tiré la même conclusion que moi : « Tiens, c’est donc lui, notre infiltrateur du SCRS… »

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4 commentaires
  • Jean-Marc Cormier - Abonné 28 mai 2018 10 h 04

    Heureux de ne pas être seul

    Les questions que vous vous posez me semblent parfaitement pertinentes, Christian Gagnon.

    Connaissant le travail d'infiltration qui a été abattu par la GRC dans les années 1960 et début 70, il me semble bien naïf de croire que rien ne se fait pour écraser le mouvement indépendantiste québécois depuis la frousse qu'il a créé en 1995. Au contraire, je suis convaincu qu'aucune façon de le combattre n'est négligée depuis et j'observe que des actions malfaisantes d'agitateurs de gauche comme de droite (La Meute, initiative d'ex militaires canadiens, en est un exemple), réussissent à faire passer l'aspiration à l'indépendance du Québec, particulièrement auprès d'une jeunesse porteuse d'un bel idéal de fraternité humaine, pour un projet frôlant le racisme.

    À ma connaissance, bien peu de Québécoises et Québécois, toutes origines confondues, se reconnaissent dans ces groupuscules. Le plus regrettable, c'est que la médiatisation de leurs actions parvienne à créer un tel mouvement de recul de l'idée de l'indépendance auprès d'une jeunesse qui, en toute logique, devrait plutôt s'en faire le principal pilier.

  • Paul Gagnon - Inscrit 28 mai 2018 11 h 43

    Disqualifier

    Et les Blacks Blocs, ils sont-là pour disqualifier qui?

  • Sean O'Donoghue - Abonné 28 mai 2018 12 h 35

    Marche des Patriotes ouverte sur le monde

    J'étais à la Marche des Patriotes aussi et j'ai marché un temps à l'arrière et il y avait ce groupe qui criait des slogans du genre à discréditer la marche, hors rythme et sans tenir compte des slogans des organisateurs et bien sûr à tue-tête. Le dommage fait son chemin et que ce serait la main obscure du SCRS je ne serais pas du tout surpris. Ils ont leurs courroies de transmission.

    L'an dernier j'avais invité un groupe de solidarité internationale avec lequel je militais à participer à la marche et des inividus fédéralistes se sont objectés en disant qu'il y avait des <<extrémistes>> dans ces marches et finalement un seul membre du groupe est venu avec moi sans banedrole pour son pays et sans s'annoncer aux organisateurs. Une belle occasion a été ratée pour favoriser la solidarité internationale pourtant bien présente à cette marche: ont exprimait notre solidarité avec la Kabilie, la Catalogne, la Palestine, l'Écosse et finalement tous les peuples!

    Félicitons Cap sur l'Indépendance d'avoir dit cette année à ces groupes d'aller se faire voir ailleurs et que leurs idées sont contraires à celles des Patriotes.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 mai 2018 12 h 45

    Au-delà des agents provocateurs au service de la police…

    Le credo est de croire ou mourir, au risque que la foule bêlante stigmatise à coups de mégaphone ceux qui contreviennent au goût du jour en matière d'immigration ; qu'on leur attribue au choix l'étiquette de fascistes ou de flics, on leur cloue le bec.

    À force de ridiculiser les inquiétudes légitimes du commun et de jeter des anathèmes pour museler les remises en question, nos vertueux bien-pensants poussent eux-mêmes le bon peuple vers des opinions extrêmes. C'est que lorsqu'on est bâillonné, pour être entendu il faut se résoudre à crier. Et plus on hurle, moins on réfléchit. Ce qui vaut tout autant pour ceux qui s'évertuent à scander de pieux slogans…