Un débat en anglais!

J’ai appris il y a quelques jours qu’il y aurait en septembre un débat des chefs des partis politiques du Québec… en anglais.

Ai-je bien compris ? Un débat en anglais pour les élections québécoises !

Je comprends fort bien que, lors d’une élection générale au Canada, il y ait deux débats, l’un en anglais, l’autre en français. C’est tout à fait normal parce que le Canada a voté en 1969 la Loi sur les langues officielles faisant du Canada, du moins en théorie, un pays où le français et l’anglais devenaient les deux langues officielles.

Donc, pour le Canada, c’est clair.

Pour le Québec, je me demande qui souhaite un débat en anglais. Certains commentateurs ont parlé d’un débat en anglais pour les immigrants. Si tel est le cas, quel est le message que l’on veut leur donner ? Il ne serait donc pas nécessaire d’apprendre le français ? Il leur suffirait d’apprendre l’anglais car les politiciens leur parleraient en anglais ? Le français devient donc accessoire, voire une langue folklorique ?

Est-ce que le débat en anglais s’adresserait plutôt aux anglophones du Québec ? Peut-être, mais on peut présumer que la majorité de ceux-ci a une bonne compréhension de la langue officielle du Québec.

Alors, pourquoi donc faire un débat en anglais au Québec ?

J’entends déjà vos commentaires, et même je m’entends être traité d’anglophobe. Cependant, je vous rappellerai poliment qu’aucun d’entre vous ne crie au francophobe en l’absence d’un débat en français pendant la campagne électorale provinciale en Ontario. Dans mon souvenir, aucune province du Canada, si on fait exception du Nouveau-Brunswick, province officiellement bilingue, n’a tenu de débat des chefs en français.

Pourquoi chez nous, alors ? Il apparaît évident que certains rêvent d’un Québec bilingue où, inévitablement, c’est la langue anglaise qui aurait préséance.

5 commentaires
  • Raynald Goudreau - Abonné 24 mai 2018 07 h 49

    Votre texte est clair ....

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 24 mai 2018 08 h 21

    Les élections pour les nuls...

    Comment dit-on en anglais «Élections, piège à cons» ?

  • Gilles Delisle - Abonné 24 mai 2018 09 h 06

    Votre commentaire est tout à fait à propros, Monsieur Lincourt!

    Le débat en anglais au Québec ,tout à fait nouveau chez nous, au même moment où le Barreau du Québec veut faire traduire toutes les lois et règlements ressemblent à une "assimilation tranquille " de ce pays, notre pays!

  • Monique Bisson - Inscrit 24 mai 2018 11 h 49

    La colonisation à son meilleur!

    M. Lincourt, vous avez entièrement raison. Le Québec compte 8 % d’anglophnes dont au moins 5 % disent parler français et « sûrement » nombre d’enfants qui n’auront pas droit de vote. Quant à la population immigrante, ce débat en anglais illustre de façon on ne peut plus claire le peu d’importance que le Québec accorde à sa langue commune et officielle. Mépris pour les uns et colonisation pour les autres. Effroyable!

    Monique Bisson, Gatineau

  • Michel Blondin - Abonné 24 mai 2018 23 h 35

    La logique de la chaise roulante Anglos

    Le Québec est un État français. En théorie, mais pas en pratique. Il a sa langue charcutée et sa culture lobotomisée par les lois canadiennes néocoloniales imposées, en plus du poids de 330 millions d’anglos américains. Les résultats de la pratique pointent pour la métropole, ce pilier central de tout le rayonnement québécois, vers un retour aux années 1960, non seulement de l’anglais là où ça compte, mais dans la banalité des conversations mondaines. Qu’un chef de parti souverainiste banalise cette inféodation, m’inquiète. C’est l’erreur de se prendre pour un pays dans un contexte provincialisé.
    Les six millions de parlants Français du Québec nécessitent une politique de protection serrée. Ouvrir le jeu sous un prétexte d'accessibilité et d’ouverture ne se compare pas avec les rampes d’accès pour handicapés. L'évidence de favoriser et d’investir dans l'exception, la protection du plus petit est incontestable. Faut-il encore répéter que l’exception ce n’est pas l’utilisation de l’anglais mais la fragilité du français.
    Le Pays-Bas n’aurait plus besoin des digues sur la mer que le Québec d’une protection de sa langue est du même contre sens.
    La logique de la constitution canadienne et des lois structurantes, sournoisement, font un pied de nez au français au Québec. Le comble vient de ceux qui veulent en sortir, sans en sortir, dans un esprit de l’entre-deux-chaises de colonisé.
    Le message d'accessibilité de la langue la plus parlée, la plus officielle, et la plus écrasante n'est pas le français. Engager une conversation en anglais par des représentants de l'État est une méprise de colonisés. Les anglophones ont l'obligation de parler français avec un parlant français. Je ne l’invente pas
    Mais, d’accepter de tenir un débat en anglais est de se croire investi des droits, capacités et devoirs d’un pays inexistant alors que l’assimilation nous guette. Eunuque de droits et de capacités de gérer la langue, ce débat en anglais n’est pas banal, il devient bancal.