Tout écartillé

Ce terme typiquement québécois qui a donné son titre à une chanson de Robert Charlebois ne pourrait pas mieux décrire la posture de ceux et celles qui s’engagent ou se réengagent dans l’action politique depuis quelques années. Michel Gauthier, Alexandre Taillefer, Marguerite Blais et Vincent Marissal ne sont que les derniers d’une longue liste. Legault, Barrette, Anglade, Proulx, Aussant, j’ai beau chercher, mais mis à part PKP et peut-être Nadeau-Dubois, ils sont tous passés d’une idéologie à l’autre sans jamais nous convaincre totalement d’avoir autre chose que de sinistres motifs opportunistes pour justifier leur choix.

Pourtant, en tentant de me mettre à leur place pour choisir le parti politique qui représente le mieux mes idées, je me suis trouvé bien embêté. Comme bon nombre de Québécois et Québécoises sans doute, j’ai de sérieuses réserves face à chacune des formations. L’offre politique elle-même est tout écartillée. Les souverainistes, à Québec comme à Ottawa, le sont de moins en moins. Presque tous les partis s’affichent comme progressistes même lorsqu’ils mettent en avant le désengagement de l’État. Certains se disent féministes, mais s’érigent en défenseurs des signes religieux misogynes. Ils se prétendent tous écolos, mais la plupart ne jurent que par la croissance des richesses. Bien entendu, tous disent vouloir d’un Québec en français, mais sans vexer ceux qui refusent de l’apprendre.

Bref, l’offre politique qui succombe depuis des années au clientélisme devant les générations X, Y et Z, incapables de se réunir derrière de grandes idées structurées, est devenue elle-même tout écartillée. Résultat, ceux et celles qu’on parvient à convaincre de se lancer dans l’arène, magasinent, tergiversent et passent d’un côté à l’autre de la chambre sans aucune gêne. Mais ne ressemblent-ils pas en cela à leurs électeurs qui, d’un scrutin à l’autre, changent d’allégeance comme de chemise?

Vague orange, vague Trudeau, peut-être vague caquiste, tout cela est très vague en effet. Mais ce qui est plus grave, c’est que devant cet écartillement des forces idéologiques et ces retournements de vestes à répétition, dont plusieurs commentateurs politiques minimisent l’impact selon moi, c’est la vague d’abstentions et la force d’inertie qui gagnent chaque fois.

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