Et si le financement public de l’école privée était en cause…

L’Institut du Québec faisait paraître cette semaine une étude sur le décrochage scolaire au Québec, laquelle concluait que le Québec était bon dernier parmi toutes les provinces canadiennes en ce qui concerne le taux de diplomation au secondaire. On y apprenait aussi que les élèves provenant de milieux défavorisés, les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) et les immigrants de première génération sont particulièrement à risque de ne pas atteindre la diplomation dans une période de cinq ans.

L’Institut y affirme que l’argument du manque de financement ne peut, à lui seul, expliquer la faiblesse persistante du taux de diplomation au Québec.

Étrangement, si le rapport invite le gouvernement à regarder ce qui se fait en Ontario et avance une panoplie de solutions potentielles, il n’a pas soulevé l’hypothèse — pourtant très plausible — que l’écart pourrait s’expliquer par une différence fondamentale dans les structures de financement de l’éducation : l’Ontario n’accorde aucun financement public à l’école privée ; le Québec la subventionne grassement. Au Québec, le financement public des écoles privées a donné lieu à une hausse de la fréquentation du réseau privé (20 % des élèves québécois fréquentent le réseau privé, contre moins de 5 % ailleurs au Canada), ce qui a entraîné un écrémage de l’école publique et une ségrégation scolaire.

Le ministre de l’Éducation continue de rejeter les études et rapports établissant un lien entre la ségrégation scolaire et le décrochage scolaire. Pourtant, l’étude de l’Institut du Québec cite une enquête du ministère de l’Éducation qui établit une forte corrélation entre le taux de décrochage scolaire et la proportion d’EHDAA dans les commissions scolaires. Devant cet état de fait, comment peut-on encore se permettre d’écarter la possibilité que le financement public du réseau privé puisse être en cause ? Est-ce un manque flagrant de perspicacité ou tout simplement de la mauvaise foi ?

La Finlande, reconnue pour l’excellence de ses résultats aux épreuves PISA et souvent citée en exemple, y compris par notre ministre de l’Éducation, a aboli l’école privée il y a plus de 40 ans. Combien de temps et combien d’échecs scolaires de plus nous faudra-t-il pour comprendre la leçon ?

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