Et si le financement public de l’école privée était en cause…

L’Institut du Québec faisait paraître cette semaine une étude sur le décrochage scolaire au Québec, laquelle concluait que le Québec était bon dernier parmi toutes les provinces canadiennes en ce qui concerne le taux de diplomation au secondaire. On y apprenait aussi que les élèves provenant de milieux défavorisés, les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) et les immigrants de première génération sont particulièrement à risque de ne pas atteindre la diplomation dans une période de cinq ans.

L’Institut y affirme que l’argument du manque de financement ne peut, à lui seul, expliquer la faiblesse persistante du taux de diplomation au Québec.

Étrangement, si le rapport invite le gouvernement à regarder ce qui se fait en Ontario et avance une panoplie de solutions potentielles, il n’a pas soulevé l’hypothèse — pourtant très plausible — que l’écart pourrait s’expliquer par une différence fondamentale dans les structures de financement de l’éducation : l’Ontario n’accorde aucun financement public à l’école privée ; le Québec la subventionne grassement. Au Québec, le financement public des écoles privées a donné lieu à une hausse de la fréquentation du réseau privé (20 % des élèves québécois fréquentent le réseau privé, contre moins de 5 % ailleurs au Canada), ce qui a entraîné un écrémage de l’école publique et une ségrégation scolaire.

Le ministre de l’Éducation continue de rejeter les études et rapports établissant un lien entre la ségrégation scolaire et le décrochage scolaire. Pourtant, l’étude de l’Institut du Québec cite une enquête du ministère de l’Éducation qui établit une forte corrélation entre le taux de décrochage scolaire et la proportion d’EHDAA dans les commissions scolaires. Devant cet état de fait, comment peut-on encore se permettre d’écarter la possibilité que le financement public du réseau privé puisse être en cause ? Est-ce un manque flagrant de perspicacité ou tout simplement de la mauvaise foi ?

La Finlande, reconnue pour l’excellence de ses résultats aux épreuves PISA et souvent citée en exemple, y compris par notre ministre de l’Éducation, a aboli l’école privée il y a plus de 40 ans. Combien de temps et combien d’échecs scolaires de plus nous faudra-t-il pour comprendre la leçon ?

7 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 9 mai 2018 03 h 27

    Pas pressés

    Il y en a qui ne sont pas pressés de finir le secondaire pour aller travailler.

    • Jean-François Trottier - Abonné 9 mai 2018 09 h 55

      Monsieur, je vous rappelle que le problème est exactement le contraire de ce que vous dites : trop de jeunes décrochent, pas le contraire !!!

  • Bernard Terreault - Abonné 9 mai 2018 08 h 11

    Troublant

    Enlevez les 20% qui va 'a l'école privée et le 30% pour qui l'instruction n'a aucun sens. comme nous en informe la chrondique de Francine Pelletier, il reste 50% d'élèves qui sont peut-être comparables en motivation et en performance aux standards des pays développés.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 mai 2018 10 h 01

    L'origine de ce financement

    Historique :
    - Durant les cinq années qui ont précédé la Commission Parent, Gérin-Lajoie a suscité la création de groupes de réflexion autour de ce que devait être l'Éducation au Québec.
    - En sont nées des idées comme les Cegep et les écoles polyvalentes, ainsi que la nécessité de rendre tout le système absolument gratuit. Depuis on a reculé l'échéance de la gratuité et ensuite on l'a oubliée. Elle reste aussi capitale aujourd'hui.
    - Quand la Commission Parent est arrivée, une grande partie du travail de terrain avait été faite, ce qui explique pourquoi elle est passée aussi vite et aussi fort.
    - La question des collèges classiques avait été vivement débattue. On a conclu que l'idéal était de les aider, le temps que le système public prenne la relève. Entretemps ils devaient servir de modèele et de stabilisateur.

    L'échéance est passée depuis longtemps. Le système est stable et il a fait ses preuves.

    On ne peut aujourd'hui prétendre que le système privé est plus, ou moins, quoi que ce soit par rapport au système public, pour la bonne raison que les étudiants au privé sont pour la plupart issus de familles qui donnent assez d'importance à l'éducation pour payer.

    Mais on peut dire que le gouvernement devrait faire tout en son pouvoir pour rendre l'éducation publique absolument gratuite dans un cursus normal.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 9 mai 2018 13 h 53

    L'exemple de la Finlande

    Presque toute l'éducation est gratuite en Finlande en effet. Mais devient très sélective une fois la scolarité de base faite. Il y a gratuité par la suite aussi, mais pas a "bar ouvert". Seules les meilleurs y ont accès. Du coup ce pays valorise les métiers, alors qu'ici on vous présente cela par dépit comme le dernier des choix. Et a peu près tous les acteurs de notre système d'éducation méprisent plus ou moins ce secteur.

    Ensuite l'amour pour l'éducation des finlandais ne se traduit pas par d'interminables complaintes en tout genre, et de sous-valorisation monétaire en particulier... En fait les salaires des enseignants y sont parmi les plus bas des pays de l'OCDE. Et on se bouscule tout de même aux portes des facultés d'enseignement ou l'on choisi quelque chose comme un candidat sur 7 qui s'y présente. Du coup les ressources en personnel auprès des enfants sont plus grandes, tout en ayant une part de leur PIB consacré a l'éducation plus basse que la nôtre.

    Les salaires y sont gradués selon le niveau de l'enseignement. L'échelle maximale au pré-primaire est a 31,492$, celui du primaire a 42,963$, au "lower secondary" 46,400$, et est a 50,087$ au "upper secondary".
    Alors qu'ici c'est un seul chiffre, incluant probablement la maternel. Et pas mal plus élevé a 65,621$ ...
    www.goo.gl/5mmvyz

    Tous ces chiffres sont en Parité au Pouvoir d'Achat en US$ 2015.
    Et bien sûr l'OCDE donne les chiffres que pour le Canada au complet, et non spécifiquement pour le Québec.
    La non-présence du privé dans les écoles de ce pays doit simplement reflété satisfaction et estime de leur système public par la population.

    Si l'on veut s'inspirer du modèle finlandais il faut le prendre comme qu'il est dans son ensemble, et non pas y piger que les points qui font notre affaire.

  • Cyril Dionne - Abonné 9 mai 2018 16 h 58

    C’est « ben » pour dire

    Faux.

    « Étrangement, si le rapport invite le gouvernement à regarder ce qui se fait en Ontario… »

    Cela ne veut rien dire en ce qui concerne le taux de diplomation. En Ontario, les étudiants n’ont pas besoin de tous leurs crédits pour obtenir leur diplôme du secondaire. Aussi, sans la présence de standards uniformisés au Canada, le diplôme du secondaire d’une province à une autre varie et n’est pas équivalent. Il faudrait aussi mentionner que l’Ontario s’active a rendre les examens plus faciles afin d’avoir plus de diplômés. L’Ontario est bonne dernière au Canada dans les résultats de mathématiques de PISA. J’ai enseigné 25 ans en Ontario. C’est « ben » pour dire

    Faux.

    « La Finlande, reconnue pour l’excellence de ses résultats aux épreuves PISA et souvent citée en exemple… »

    Selon les résultats de PISA, le Québec est en première place dans tous les pays francophones surpassant la Finlande, et ceci, grâce aux élèves des écoles privées. Dans les écoles finlandaises, il n’y a presque pas des élèves issus de l’immigration récente. Pour les élèves finlandais issus de l’immigration, ils ont les pires résultats scolaires des pays de l’OCDE. Dans les universités finlandaises, la recherche dans les industries de la 4e révolution industrielle, automatisation, robotique et intelligence artificielle obligent, sont presque inexistantes. L’éducation au Québec est de loin supérieure à celle de la Finlande. C’est « ben » pour dire