Privilège de député

Il y a quelque temps, nous apprenions dans les médias que les députés du Québec bénéficient d’une allocation non imposable d’un maximum de 15 300 $ pour payer leurs frais de séjour lorsqu’ils siègent à Québec s’ils habitent à plus de 50 kilomètres de la Capitale-Nationale.

Nous apprenions aussi que Sylvain Pagé, député de Labelle, en a profité pour acheter non pas un, mais deux condos à Québec. Remarquez que cela est tout à fait légal et que mon député n’a pas hésité à le révéler aux journalistes qui interrogeaient les élus à ce propos. Depuis, il y a eu une motion de Québec solidaire adoptée à l’unanimité afin que tous les avantages et les privilèges des membres de l’Assemblée nationale soient rendus publics.

Selon les explications de Sylvain Pagé, le premier condo était trop petit pour accueillir son fils venu étudier à Québec. Ce qui m’interpelle et me choque dans cette histoire, c’est qu’en tant qu’enseignante dans cette région des Hautes-Laurentides durant plus de vingt ans, j’ai vu de très nombreux parents se priver et se serrer la ceinture afin, non seulement de payer des études avancées à leurs jeunes, mais aussi de payer pour leur logement ou leurs frais de séjour à l’extérieur de la région, et ce, sans aide gouvernementale, sinon un maigre crédit d’impôt possible de 8 % pour les droits de scolarité et rien pour le logement.

Alors, non seulement les députés ont-ils droit à de généreuses allocations non imposables pour se loger et, semble-t-il, loger des membres de leur famille aux frais des contribuables, mais ils peuvent, en plus, en tirer profit ! Qu’ils aient droit à une compensation pour leurs frais de séjour à Québec, je veux bien, mais qu’ils réclament le maximum pour acheter des propriétés et les revendre ou encore les conserver une fois leur carrière politique terminée, je trouve ça pour le moins excessif.

Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, devrait abolir ce genre de privilèges pour ne conserver qu’une allocation permettant aux élus de louer un appartement ou de choisir de demeurer à l’hôtel. Certains députés ont déjà opté pour la location ou l’hôtel par goût personnel ou par conviction et ils réclament donc beaucoup moins que le fameux maximum de 15 300 $. Je crois que Sylvain Pagé, député de Labelle, qui se vante toujours de faire de la politique autrement, a encore raté une belle occasion de le faire en choisissant le beurre et l’argent du beurre alors qu’il représente l’une des régions les plus défavorisées du Québec.