Un regain de misogynie

Ainsi, 30 ans après le meurtre de 14 femmes à l’École polytechnique de Montréal par Marc Lépine, voilà que l’attentat perpétré par Alek Minassian à Toronto ravive l’inquiétude des femmes. Elles craignent un possible regain de la misogynie agressive après tant d’années d’évolution du féminisme qui a contribué à l’amélioration du rapport entre les hommes et les femmes progressant vers l’égalité.

C’est l’occasion de nous rappeler que la misogynie, sous les multiples formes qu’elle prend à travers l’histoire, est un des socles de notre civilisation occidentale qui se doit d’être remplacé. Elle existe au minimum depuis plus de 2000 ans avec le récit de la Bible qui a fait d’Ève une créature issue du corps de « son » homme, Adam, et ensuite, la cause de leur expulsion du jardin d’Eden, de même que de tous les malheurs du monde qui se sont ensuivis.

Les misogynes sont ceux qui refusent foncièrement que la femme ait ce pouvoir ultime d’enfanter le monde et donc, de décider qu’il se perpétue ou non. De la peur des hommes de cette omnipuissance féminine de fabriquer la vie jaillit toute cette puissante volonté de prendre contrôle de leur corps qui s’est exercée de toutes sortes de façons depuis tout ce temps.

Toute l’expression de ce rapport de pouvoir tient dans cette phrase de Jules Renard : « L’homme propose, et la femme dispose. » Les hommes devenus impuissants à satisfaire leurs pulsions sexuelles peuvent effectivement devenir dangereux s’ils ne réussissent pas à la sublimer. Il y a déjà quelque temps, Fédor Dostoïevski nous avait avertis du fait que « lorsque l’homme perd tout but et tout espoir, il n’est pas rare que, par pur ennui, il devienne un monstre ».

7 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 3 mai 2018 06 h 52

    Tension sociale

    La misogynie, tout comme le racisme, vient des tensions sociales. Le stress que vive les gens s’oriente de différentes manières, mais la source de cette manifestation n’est pas dans les relations homme/femme mais du stress que la société fait peser sur ces individus.

  • Jacqueline Rioux - Abonnée 3 mai 2018 13 h 02

    Le stress n'explique pas la misogynie

    Mme Bertrand, associer la misogynie au stress que subissent les hommes équivaut à dire que les femmes sont responsables, par le simple fait d'exister, du mal-être des hommes. Il ne nous reste alors qu'à nous effacer pour leur laisser toute la place. La misogynie se définit par la haine ou le mépris pour les femmes et se manifeste chez différentes catégories d'hommes, mais heureusement pas chez tous les hommes.

    De plus, je ne comprends pas la comparaison que vous faites entre misogynie et racisme.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 3 mai 2018 13 h 24

    Les défaillances du voeux de chasteté

    «Les hommes devenus impuissants à satisfaire leurs pulsions sexuelles peuvent effectivement devenir dangereux s’ils ne réussissent pas à la sublimer.» (Marc Therrien)

    Voilà une affirmation pour le moins curieuse de la part d'un psychologue, puisque le désir est refoulé sous couvert de sublimation.

    Un désir d'autant plus refoulé à force de «sublimation» que seules les déviances l'assouvissent, comme l'illustrent les nombreux scandales sexuels parmi les membres des ordres religieux qui ont fait vœux de chasteté et qui «sublimaient» leur libido dans la prière et la mortification…

    D'ailleurs, au même titre que l'on ne peut sublimer la satisfaction des besoins respiratoire et alimentaire, la satisfaction de la fonction sexuelle est une nécessité biologique.

    • Marc Therrien - Abonné 3 mai 2018 17 h 25

      Selon la théorie freudienne, la sublimation permet de "purger" le désir sexuel, plutôt que de le refouler, en le transposant dans des activités artistiques ou intellectuelles socialement valorisées pour lesquelles une formidable énergie créatrice, productrice d'oeuvres transcendantes, peut être libérée. La sublimation est donc la canalisation de l'énergie sexuelle ou de la libido plutôt que son refoulement. Un processus de sublimation réussi peut même amener l'artiste ou l'intellectuel à considérer la sexualité de peu d'intérêt parce qu'il a mieux à faire pour l'humanité que d'être dominé par la nécessité biologique.

      Marc Therrien

  • Nicolas Bouchard - Abonné 3 mai 2018 20 h 59

    Et non, Rome 101

    Comme si les peuples de l'empire romain avaient attendu l'arrivée du Christianisme pour inventer la misogynie. Ironique, considérant que le mot 'misogynie' nous vient du grecque, encore une fois prédatant la bible et ses histoires. Ce sont plutôt les premiers chrétiens qui ont adapté leurs écrits pour le public romain.

    Malus en latin, peut dire tout autant 'le mal' que 'pommier' et malus venant du grecque 'melon', langue d'origine de la bible, ce dernier voulant dire pomme. Ceci donna ultimement le fruit interdit, cette fameuse pomme, dont 'melons' (en grecque) pouvait aussi vouloir dire 'seins' (la coïncidence est troublante...) Vous pensez qu'il y en avait beaucoup des pommiers en Judée à cette époque ? Probablement aucun, mais en Italie, tous plein. Tiens donc !

    Le 'Pater Familias' (père/ancêtre de la famille) de la Rome antique détenait le 'Potestas Patria' (le pouvoir du père) sur son épouse, les esclaves de la maisonnée, ses enfants et les leurs, ayant techniquement jusqu'au droit de vie ou de mort contre eux. Rarement utilisé, on comprend malgré tout qu'on parle ici d'une forme absolue de patriarcat qui dominait la société romaine.

    L'état sous Auguste s'assura de briser ce pouvoir, ce dernier étant devenu le 'Pater Patriae' le père de la nation. Au patriarcat social émanant de temps archaïques se substitua un patriarcat d'état. L'état n'était plus uniquement le regroupement de Pater des grandes familles, il était devenu l'instrument du contrôle total d'un seul homme. Auguste ne voulait pas simplement la soumission, de ses descendants sous son 'Potestas Patria', naturelle dans une culture du culte des ancêtres. Il désirait l'adoration de tous les sujets romains, tel un dieu vivant, et pour cela il concentra tous les pouvoirs légaux en sa personne.

    Édifiant de voir un psychologue appeler des gens en détresse psychologique. Les actions sont monstrueuses mais au fond, il faut souffrir en maudit pour vouloir tuer et mourir si jeune...

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 4 mai 2018 15 h 22

    @Marc Therrien

    « (…) il a mieux à faire pour l'humanité que d'être dominé par la nécessité biologique.» (Marc Therrien)

    La rédemption de l'humanité par la mortification satisfait la morale judéo-chrétienne.

    Cependant, au-delà des vœux pieux de ceux qui s'enchaînent à une ascèse, je crois que la multiplication des agressions sexuelles dont ont été victimes les enfants confiés à nos chastes (sic) communautés religieuses consacre la faillite de la théorie freudienne que vous évoquez.

    Ceci dit, l'intensité du désir sexuel est idiosyncrasique; renonce-t-on à satisfaire une tentation qui ne nous habite pas ?

    De même, plus prosaïquement, je ne miserais pas sur cette théorie freudienne pour faire entendre raison à un jeune étalon qui a la testostérone au plafond.

    • Claude Poulin - Abonné 4 mai 2018 17 h 47

      @ Mathieu Lacoste, la lecture de votre dernier paragraphe m'a procuré un instant de bonheur! Bravo! Je le cite : "De même, plus prosaïquement, je ne miserais pas sur cette théorie freudienne pour faire entendre raison à un jeune étalon qui a la testostérone au plafond".