Contre un scrutin proportionnel

Je m’oppose à la présence du Parti québécois dans une coalition rétrograde et réactionnaire d’appui à un scrutin partiellement proportionnel, donc d’opposition au scrutin actuel que nous connaissons. Selon Le Devoir, le PQ appuierait la proposition que l’élection d’octobre 2018 soit notre dernière élection en vertu des lois actuelles. En effet, tout ajout proportionnel signifierait qu’après une élection, on aurait non pas un gouvernement, mais plutôt une négociation entre partis pour former le gouvernement, comme on le voit présentement en Allemagne et en Italie. Ainsi, un ajout proportionnel dans le vote renforcerait au lieu de le diminuer le rôle des partis politiques.

Étant les heureux héritiers (parfois involontaires) du scrutin britannique où on choisit un gouvernement, nous choisirions d’élire des partis qui, eux, choisiraient le gouvernement. Belle façon illusoire de diminuer les partis ! Belle façon illusoire de promouvoir la démocratie !

8 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 28 avril 2018 05 h 03

    Illusoire démocratie, dites-vous !!!

    Votre propos valorise l'accès au pouvoir d'un parti qui n'a qu'entre 35 et 45 % d'appuis, comme ce fut le cas des élections au Québec depuis 1966.

    Après cette élection, le RIN fut le premier parti à inscrire la proportionnelle à son programme, car l’Union nationale (UN) se retrouve au pouvoir avec 40,8 % des votes alors que le PLQ en reçoit 47,3 % et trois autres partis 11,9 % . Depuis, à l’exception des élections de 1973 et de 1985, le parti qui obtint le pouvoir en 1970, 1976, 1981 et 1989 n’a pas un appui majoritaire, ce qui est devenue une constante après 1994.

    René Lévesque, fondateur du PQ, prônait une proportionnelle. Il voulut adopter une loi à cet effet peu avant de démissionner en 1985, mais fut empêché de le faire par le caucus du parti qui craignait une division de ses appuis.

    Cette division s'est faite quand même et, depuis 2003, le PLQ dirige le Québec avec monsieur Canada et maintenant le canadien errant Couillard avec mandat de faire du Québec un petit Canada dans le grand Canada de 1982 où les gouvernements marchent dans la même direction avec des majorités simples ou des alliances circonstancielles.

    C'est cette démocratie, considérée abjecte par le fondateur du PQ que vous voulez maintenir en négligeant qu'elle fut un cadeau empoisonné par les dirigeants britanniques pour qui les élus peuvent faire du pouvoir ce qu'ils veulent selon les circonstances alors qu'en démocratie le peuple est maître et ses élus ses mandataires un temps de sorte.

    En démocratie, si les électeurs et les électrices optent pour un mode de scrutin proportionnel, le plus répandu dans les républiques et même les monarchies constitutionnelles, c'est qu'ils veulent mettre fin au pouvoir d'une minorité et privilégient un processus faisant en sorte qu'il soit exercé par des élus ayant un appui majoritaire, car, autrement, la démocratie, celle que vous prônez, est un outil de contrôle contre le peuple.

    • Jacques Patenaude - Abonné 28 avril 2018 10 h 30

      Mathématiquement vous avez raison mais la réalité n'est pas que maths. Dans la réalité le scrutin proportionnel renforce effectivement le contrôle des apparatchiks sur la démocratie. Là où ce système a été instauré la démocratie est souvent prise en main par des dinosaures qui contrôle les appareils de partis rendant trop souvent ceux-ci inamovibles. La politique deviens alors le fait uniquement de professionnels du pouvoir. Déjà au Québec on critique la ligne de parti qui muselle les élus du peuple. C'est ce qu'on critiquait autrefois sous le terme d'esprit de parti. La main mise des appareils de partis sur le parlement est condamnée de plus en plus. Tant qu'on ne m'aura pas prouvé que nos élus seraient moins des béni-oui-oui comme on le voit actuellement je ne supporterai pas ce mode de scrutin. Je préférerais voir les élus du peuple mieux représenter leurs électeurs locaux que de voir se développer encore plus la main mise des partis sur la démocratie. Évoquer la mémoire de René Lévesque ni changera rien. Je vous signale que l'auteur de cette lettre fut si je ne m'abuse un des grands conseiller du grand homme.

    • Claude Bariteau - Abonné 28 avril 2018 12 h 54

      M. Patenaude, le contrôle sur les élus est fondamental en démocratie représentative et est présent seulement dans les républiques et les monarchies constitutionnelles où il peut être accentué.

      Contrairement à vous, M. Gérin-Lajoie prône le contrôle des partis pour maintenir le système politique monarchiste constitutionnel bien que la majorité des États inspirés de ce système aient intégré une proportionnelle, à l’exception d’une vingtaine d’États indépendants issus du Royaume-Uni.

      Vous voilà alors à dénigrer M. Lévesque, un démocrate, pour encenser un conseiller tout en fustigeant le contrôle par les élus et les conseillers qui s’accaparent le contrôle du pouvoir.

      Comme c’est contradictoire, vous suggérez le contrôle des élus par les électrices et les électrices en prônant un modèle de démocratie quasi directe qui exista un temps dans de petits univers politiques.

      Il vous faudra plusieurs vies pour voir votre proposition prendre forme alors qu’il y a d’autres voies pour rehausser le contrôle des électeurs/trices sur les décisions politiques qui les concernent.

      Plus bas, M. Trottier élabore un modèle séparant le pouvoir législatif du pouvoir exécutif en faisant du premier des élus à la proportionnelle et du second un président élu en deux tours avec une équipe identifiée, question de corriger les problèmes du système américain.

      Il y a par contre un problème d’harmonisation entre ces pouvoirs, que M. Trottier laisse en suspens. Or, ce point peut être résolu en faisant de l’exécutif l’architecte des lois votées au législatif et en instituant une étanchéité à toute épreuve.

      Cela peut se réaliser dans un régime républicain en autant que le président n’ait le pouvoir de décréter au-dessus du législatif que dans les cas d’urgence prévus.

      C’est dans cette direction qu’il faut penser la réorganisation du pouvoir du Québec, le mode de scrutin n’étant qu’un pas dans cette direction dont la suite implique de faire table-rase du monarchisme constitution

    • Jacques Patenaude - Abonné 28 avril 2018 17 h 56

      M.Bariteau
      Je cherche encore en quoi j'ai dénigré René Lévesque. Un grand premier ministre, le plus grand sà mon avis mais il n'était pas infaillible. À moins qu'on le sanctifie. Ceux qui ont connu l'époque savent que M. Gérin-Lajoie fut un personnage important de la révolution tranquille. Il ne fut pas qu'un simple conseiller mais une des personnes avisée que Lévesque consultait avec raison..
      Quand à la question de la démocratie direct, Je vous l'accorde le scrutin proportionnel nous en éloigne. Voilà pourquoi je suis toujours étonné de voir QS y tenir à ce point, eux qui regroupent de si nombreux partisans de la démocratie directe poussée à son extrême. Bien que je ne sois pas un partisan de la forme extrême de la démocratie directe je vous signale que le système actuel est considéré comme une forme de démocratie représentative.
      Vous nous référez à M. Trottier qui signe un commentaire.
      Pour le citer "Régler le mode de scrutin sans modifier la structure de décisions est d'une inefficacité rare". Cette phrase emporte largement mon approbation. C'est sans doute ce qui m'inquiète le plus: Réformer le mode de scrutin sans autre aménagement. Je n'adhère pas nécessairement à toute sa vision bien qu'elle ai des mérites à mon avis. Mais n'instaurer qu'un scrutin proportionnel comme le veulent les partis politique sans revoir l'ensemble des mécanismes démocratiques comme le dit M. Trottier risque de devenir d'une "inefficacité rare" et probablement pire que cela: un cul de sac.

    • Claude Bariteau - Abonné 29 avril 2018 07 h 44

      En lisant votre dernier commentaire, je note que nous convergeons sur l'essentiel, sauf des nuances.

      Sur l'essentiel, nous disons qu'un scrutin proportionnel sans revoir l'ensemble du système politique est un changement qui ne modifie pas le monarchisme constitutionnel. C'est ce que j'ai déjà développé en commentant les idées de M. Cliche parce que ce scrutin doit être associé à un meilleur contrôle de l'exécutif, une idée que je partage avec M. Trottier, qui implique que le monarchisme constitutionnel soit élagué à la faveur du républicanisme en accentuant l'étanchéité entre les pouvoirs législatif, exécutif et présidentiel.

      Des nuances, la première concerne M. Lévesque. Je n'en fais pas un « super-politicien », mais lui reconnais des mérites, dont celui d'avoir fait reconnaître que les habitants du Québec puissent disposer de collectivement de leur avenir, le référendum étant un moyen pour le faire. Le deuxième d'avoir voulu instaurer un scrutin proportionnel qui corrigeait le scrutin uninominal à un tour qu'il considérait abject.

      C'est en banalisant cette idée que je considère que vos propos dénigrent M. Lévesque. Peut-être le terme est-il trop fort. Je vous signale que le PQ étant en crise interne, je n'ai pas compris que le caucus ait mis de côté un projet de scrutin proportionnel conçu initialement par M. Burns et revu par M. Laroque à la demande de M. Lévesque, qu'il voulait son testament politique mais que M. Bédard n'a pas déposé avant sa démission.

      La deuxième a trait à la pertinence du scrutin proportionnel, que M. Trottier présente d'une inefficacité rare, idée que vous reprenez, alors qu'il y recoure pour élire les membres du législatif dans une république. Il y a des aberrations accolées à la proportionnelle intégrale, mais aussi des correctifs qui rendent son recours pour diminuer l’écart entre le vote et les élus. Or, M. Trottier fait une affirmation générale, qui élague toute nuance.

  • Jean-François Trottier - Abonné 28 avril 2018 08 h 53

    Ni l'un ni l'autre mais les deux

    La grande aberration de notre démocratie bancale n'est pas le mode de scrutin, ou plutôt celui-ci n'en est que la partie la plus apparente.
    Régler le mode de scrutin sans modifier la structure de décisions est d'une inefficacité rare.

    Historiquement, le modèle britannique a été instauré parce que'une assemblée, et même deux, votaient des lois que la Couronne suivait...ou pas. Et très souvent, pas.
    À tort ? Voire! En fait je n'en sais rien et je n'éplucherai pas l'histoire de Grande-Bretagne pour démêler cet écheveau d'intrigues.

    Le sujet est : l'assemblée avait un pouvoir législatif, la Couronne le pouvoir exécutif.

    C'est cette partie qui est totalement disparue de notre propre histoire, et c'est ici que la démocratie a cessé de fonctionner sainement.

    Il faut avant tout séparer les pouvoirs: un législatif qui vote des lois à long terme, qui prend le temps de réfléchir et agit suite à des consultations. Celui-là peut et doit être élu par scrutin proportionnel paarce qu'il doit représenter tout en les modérant la pensée et le sentiment de la population en général.

    D'autre part il faut élire un exécutif, i.e. une équipe de direction formée d'un président(choisissez le titre qui vous tente ici) et de ministres déjà déclarés avant l'élection. Pas de surprise quoi.

    La séparation des pouvoirs doit être encore plus grande que celle des USA: Washington est devenu un réel nid de vipères qui s'entretuent sous la houlette de leurs commanditaires financiers.

    Des lois du côté législatif, des édits du côté exécutif, et celui-ci doit être élu majoritairement, donc par une élection à deux tours,

    Le législatif doit être proportionnel, et surtout quand on se sera débarassé de la solidarité partisane, utile seulement dans le contexte actuel pour empêcher l'immobilisation de l'appareil.

    Dans notre système bâtard, les discussions sur le mode de scrutin sont vides de sens. La proportionnelle est un leurre tant que les pouvoirs sont ce qu'ils sont.

  • Jana Havrankova - Abonnée 28 avril 2018 13 h 12

    Le scrutin uninominal à un tour n'est pas adapté à la société d'aujourd'hui

    Il y a tellement de problèmes avec notre mode de scrutin uninominal à un tour !

    1. Comme noté plus haut par monsieur Bariteau, les gouvernements soi-disant majoritaires sont souvent formés avec une minorité de votes. Par exemple, lors de l’élection fédérale de 2015, le PLC a obtenu un gouvernement majoritaire avec 39,47 % des votes, ce qui lui donne la possibilité d’adopter les lois sans trop se soucier des opinions contraires.
    2. Notre scrutin actuel favorise un bipartisme d’opposition pendant que la société a évolué vers une approche coopérative à bien des égards. Emprunter de bonnes idées d’un autre parti est considéré comme un « vol » à l’Assemblée nationale et au Parlement alors qu’une collaboration est encouragée partout ailleurs.
    3. Il est presque impossible de créer ou même maintenir un tiers parti, parce que ses membres ont peu de chance d’être élus et de faire valoir leur programme. Aucune formation politique n’a le monopole de la vérité, aucun programme n’est parfait de A à Z, les difficultés se résolvent plus facilement en discussion qu’en chicane.

    Non, le mode de scrutin partiellement proportionnel ne résout pas tous les problèmes de la représentation démocratique, mais pallie au moins une partie de ceux-ci.
    Il faut surtout cesser d’essayer de calculer, comme l'a fait Justin Trudeau pour rompre sa promesse de réforme, à qui le système profite. L’histoire électorale nous montre que chaque parti a été lésé à un moment donné se trouvant dans l’opposition alors qu’il a obtenu la majorité des votes. Aucun parti ne sera « gagnant », c’est la démocratie qui le sera !

    Espérons qu’une large coalition des politiciens et d’autres intervenants proposera bientôt un mode de scrutin plus approprié à notre époque.

  • Cyril Dionne - Abonné 28 avril 2018 16 h 00

    La tyrannie de la monarchie constitutionnelle

    Est-ce qu’on préfère continuer d’élire un monarque à tous les quatre ans, conséquence directe d’un système désuet, monarchie constitutionnelle oblige? Les citoyens sont libres seulement une journée à tous les quatre ans avec ce système politique de cette constitution poussiéreuse aux accents colonialistes venue d’Angleterre qui nous est imposée? Encore une fois, est-ce que les gens comprennent que le roi élu à tous les quatre ans possède les pleins pouvoirs législatifs, exécutifs et même judiciaires si sa formation politique fait élire une majorité de députés avec souvent moins de 40% des voix exprimées?

    Qu’est-il arrivé à la devise « No taxation without representation »? Même si le système républicain a ses défaillances, il n’en demeure pas moins le meilleur des systèmes politiques démocratiques. Au moins, celui-ci a un Sénat élu et donc deux chambres de représentants (pouvoir législatif) qui gouvernent en concert avec le pouvoir exécutif qui est représenté par un président.

    Je vote « oui » pour un système républicain avec des contre-pouvoirs mais pas avec une proportionnelle à l’italienne. Enfin, à bas les tyrans de la monarchie constitutionnelle.