Réfutation de l’approche ethnoculturelle de Seymour et Gosselin-Tapp

Dans un «Devoir de philo» inspiré des travaux du philosophe John Rawls, MM. Seymour et Gosselin-Trapp nous proposent une solution au problème du port des signes religieux par les agents de l’État. D’esprit libéral, faisant la part des choses entre la laïcité républicaine et le multiculturalisme canadien, les auteurs s’appuient sur la pensée de Rawls pour prôner un compromis entre ces deux approches. Et le compromis n’est autre que l’interculturalisme que M. Bouchard a expliqué et développé dans son livre L’interculturalisme… publié en 2012.

Nous retombons dans la même ornière ethnoculturelle puisque MM. Seymour et Gosselin-Trapp, à la suite de M. Bouchard, ne cessent de parler du droit des minorités religieuses. Or, les minorités religieuses n’existent pas dans nos institutions : la liberté de conscience et son corollaire, la liberté de religion, sont reconnues à des individus et non à des groupes. Un député (juif, musulman ou hindouiste) ne représente pas sa confession à l’Assemblée, mais son électorat multireligieux et multiethnique. C’est une représentation politique et non ethnoculturelle.

En outre, dans une société où il n’y a pas de religion officielle — et c’est le cas du Québec et du Canada —, les religions ne sont pas des institutions, c’est-à-dire des entités régies par la loi ou faisant partie de la Constitution, mais répondent à ce que « l’on appelle en anglais voluntary associations, ou associations libres, dont la source de pouvoir réside dans l’assemblée des fidèles » (cf. Marc Lalonde, L’Église et le Québec, 1961). La jurisprudence canadienne : entre autres, la loi des rectoreries de 1852, le préambule de la loi sur les réserves du clergé de 1854, la déclaration du juge R. Taschereau de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Chaput c. Romain et al. de 1955 (cf. M. Lalonde) est claire : aucune religion n’est officielle, aucune n’est reconnue comme telle, aucune n’a de droits particuliers. Pourquoi, dès lors, parler des droits des minorités religieuses ? Et du reste, de quels droits et de quelles minorités s’agit-il ?

Que l’on reconnaisse des droits politiques et culturels aux Premières Nations ou des droits culturels aux Anglo-Québécois est justice pour des raisons historiques, mais pourquoi et comment reconnaître des droits particuliers aux religions (l’ONU reconnaît 18 religions comme telles) ? On ne le répétera pas assez : la démocratie est d’abord affaire d’individus, de libertés individuelles définies par la loi et votées par les parlements, seuls dépositaires de la souveraineté du peuple. Ni Dieu ni diable !

5 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 21 avril 2018 06 h 12

    Bravo

    Que dire de plus que BRAVO pour cet excellent texte.

  • Jean-François Trottier - Abonné 21 avril 2018 08 h 37

    ...et en conséquence...

    ... il est normal de refuser tout signe représentant une association libre chez un représentant de l'autorité émanant de l'État.
    Aucun, c'est tout.

    J,ai suivi votre raisonnement, M. Haroun, mais je dois dire que je suis en désaccord avec vous, qui vous réclamez de thèses libérales héritées du XVIIIème siècle.

    Le multiculturalisme ne reconnaît aucune association mais seulement des individus, ce qui est sa pire tare. En ne reconnaissant ni association, ni religion, ni nation ( ce qui est un fait réel!! Référez-vous à Trudeau et son État "postnational" ), le multiculturalisme nie toute la dimension grégaire des humains. On peut parler de scientisme révisionniste.

    Le résultat en est qu'il n'existe officiellement aucun regroupement pour protéger l'individu de l'État, sauf quand ce regroupement représente une force électorale évidemment!
    Le résultat le plus tangible est, comme on le constatedans tous les pays prônant le multiculturalisme, une culture unannimiste faite en grande partie de celle de la majorité et qui tend à rendre toute autre du folklore qu'on affiche une fois par année pour rappeler ses origines. La St-Patrick en est un excellent exemple, mais aussi les déguisements farfelus de Justin depuis la kippa quand il voit des juifs jusqu'au sari ou au turban avec des indiens ou des sikhs : il PEUT porter ces trucs, ils ne signifient rien! Quelle mauvaise farce.

    Toute culture qui résiste le moindrement au mélange multiculturel est systématiquement traitée comme étant de mauvaise foi : regardez le Quebec Bashing du ROC.

    La reconnaissance ethno-culturelle est essentielle à l'humain. La preuve en est faite a contrario,

    On doit reconnaître les nations et les cultures pour en faitre un motif de discussion continu, et principalement parce que le Québec est une terre de toutes les minorités, contrairement au ROC dont la majorité est indiscutable.

    Ici, la seule majorité... est anglophone, en toute évidence socio-économique.
    Refaites vos devoirs.

    • Sam Haroun - Abonné 21 avril 2018 10 h 32

      Sam Haroun -
      Le Québec n'est pas une ethnoculture, c'est un peuple et une nation, ce qui n'entre nullement en contradiction avec les libertés individuelles qui sont le fait de la démocratie et qui sont parfaitement compatibles avec le sentiment national.

    • Jean-François Trottier - Abonné 21 avril 2018 22 h 57

      Je m'en voudrais beaucopu de nier les libertésindividuelles. Leproblème est dans la non-reconnaissance de la dimension sociale de l'individu.

      On ne peut en aucun cas traiter une religion comme un club de bowling, et le fait de ne ménager aucun espace d'échange entre cultures, religions, tendances sociales, nations et autres groupes sociaux mène une société comme la nôtre, où tous sans exception se considèrent membre d'une ou plusieurs minorités vers des frustrations évidentes.

      Le multiculturalisme ne fonctionne bien que dans les sociétés construites autour d'une majorité écrasante.

      Ceci dit, de toute évidence il existe une et des cultures spécifiques au Québec, cultures chez lesquelles les libertés individuelles sont essentielles mais très nettement insuffisantes. Il s'agit de les ouvrir, paspour les modifier mais pour en faire des forces, ou même une synergie, à travers les échanges.

  • Marc Therrien - Abonné 21 avril 2018 17 h 52

    Pendant qu'on discute, l'Histoire continue sa marche


    J’imagine que dans ce monde qui ne cesse de se complexifier, la liberté de tout un chacun est de choisir l’ornière par laquelle il rend plus confortable son trajet dans l’existence sur le chemin tout tracé rendu bien lisse parce que bien battu. C’est ainsi que selon ma compréhension, l’interculturalisme promu par Gérard Bouchard valorisant une approche ethnoculturelle n’est pas encore une ornière en ce qu’il n’est pas encore un sentier très fréquenté. Si ce que vous dites est vrai quand vous déclarez que “les minorités religieuses n’existent pas dans nos institutions : la liberté de conscience et son corollaire, la liberté de religion, sont reconnues à des individus et non à des groupes”, qu’est-ce qui empêcherait que ça change?

    Dans le classique rapport dialectique individu-société, l’interculturalisme me semble une solution intégrative permettant de réunir les deux pôles de l’extrême individualisme qui nie l’existence de la société et de la république totalitaire qui nie l’individu, sans que chacun n’ait à renier sa singularité pour se sentir appartenir à la société qui a pour mission et mandat d'assurer la réponse aux divers besoins humains qui sont ultimement ce qui réunit tout le monde avant même la lutte pour le respect des droits. Heureusement que le chemin de l'existence, avant de devenir une ornière, peut se tracher en marchant, car si avant de partir à l'aventure on devait attendre l'accord interjuges parfait permettant de tracer la carte ou le plan du trajet qui sera effectué, on aurait pas fait grand progrès. Pendant qu'on discute, l'Histoire continue sa marche, avec ou sans nous pour la guider selon les moments.

    Marc Therrien