Le voile pour une policière: la terre tremble au Québec

Il est drôle de voir la réaction viscérale des Québécois devant un danger imminent dans leur société qui est de croiser une policière avec un voile sous sa casquette. Une telle réaction est beaucoup plus celle de gens qui répugnent à la religion islamique que la crainte que la policière fasse mal son travail.

Vous pensez qu’avant de donner une contravention, elle demandera au citoyen s’il est musulman puis approfondira en lui demandant s’il est un bon pratiquant ? Et si la personne interpellée est une femme voilée, elle aura automatiquement un passe-droit ?

Penser comme cela reviendrait à dire que les policiers n’ont aucune éthique et que leur jugement est constamment faussé par leurs caractéristiques personnelles. Les Noirs font des passe-droits aux Noirs alors que les Blancs sont plus sévères avec les gens de couleur. Les policiers feraient l’inventaire des caractéristiques du citoyen devant eux avant de décider de l’imposition d’une contravention.

Il est facile de penser à des règles générales souhaitables dans une société. Le problème est que les individus ont des droits personnels qui ne cadrent pas nécessairement avec l’idée qu’on se fait par exemple de l’image d’un policier. On demande à une personne de garder sa religion dans la sphère privée et de ne pas l’afficher dans son travail. Quand on n’a aucune croyance, il semble facile d’imposer aux autres de cacher les siennes. Mais tous ont des convictions, une éthique personnelle et des positions idéologiques. Si on leur dit qu’une fois qu’ils reçoivent un salaire, ils doivent répondre aux ordres et laisser tout le reste à la maison, c’est comme ça qu’on construirait une belle société ? Le droit à la religion n’est pas un intrus parmi les autres droits, mais, pour un non-croyant, il semble l’être.

32 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 17 avril 2018 08 h 47

    Vous posez mal le problème.

    Si un individu peut exprimer partout sa religion sur la base de ses droits, a-t-il aussi le droit de contraindre partout les autres individus à se soumettre à son droit ?

    Par ailleurs, si un pouvoir politique définit les lieux de l'expression de signes religieux, a-t-il le droit de contraindre les individus pour qui cette expression est un déni de sa liberté ?

    Le Canada, par sa loi et ses juges, prônent la liberté d'expression, comme l'a fait la Grande-Bretagne, partout où il reconnaît le droit d'un individu à exprimer sa religion par des signes ostentatoires ou non.

    Dans le Canada, le Québec, qui en fait partie, doit composer avec les prémisses canadiennes.

    Pays, il pourrait légiférer. À cette fin, il devrait se doter d'un système politique qui assure un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, ce qui implique qu'il assure aussi un débat pour définir les contours d'une loi traitant de ces points en concordance avec les vues de la majorité des citoyens et des citoyennes selon les conjonctures.

    C'est ainsi que ça se passe dans les démocraties représentatives, parce qu'en démocratie, le roi ou son représentant ou celui qui s'attribue ce pouvoir, comme l'a fait l'homme à la rose à la boutonnière, ne peut pas définir l'ordre social, car ce pouvoir, qui n'appartient à personne, relève du choix des citoyens et des citoyennes qui élisent temporairement des parlementaires qui doivent leur rendre des comptes.

    Or, votre façon de poser le problème fait fi de cet élément fondamental en démocratie, qui fait qu'un individu n'est pas l'autorité mais que celle-ci est collectivement assumée par entente entre les citoyens et les citoyennes sur les règles qui permettent son expression.

    Si vous acceptez ces prémisses, vous êtes un démocrate. Dans le cas contraire, vous prônez l'anarchie des individus définis en ayants droits. C'est ce que laisse entendre votre texte.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 avril 2018 09 h 34

      « Si un individu peut exprimer partout sa religion sur la base de ses droits, a-t-il aussi le droit de contraindre partout les autres individus à se soumettre à son droit ? »

      La charte canadienne, qui ne diffère pas à cet égard d'autres textes fondateurs, ne reconnait pas aux personnes leurs droit fondamentaux de telle manière que cela constitue un pouvoir de contrainte sur autrui mais en cherchant pour ces droits et pour chacun leur expression optimale. La liberté de croyance et la liberté d'expression, qui peuvent être conjointement invoqués pour justifier le port de signes religieux pour un policier ne lui procure aucun pouvoir de contrainte additionnel spécifique sur autrui. Un policier qui en userait autrement ferait preuve d'un manque d'éthique pour lequel il serait sanctionné, avec une sévérité d'autant plus grande d'ailleurs s'il portait un signe religieux.

      La suite de votre intervention montre que votre préoccupation principale (et assez constante) n'est pas là, mais dans le sentiment que vous avez que les québécois sont privés des outils nécessaires à l'exercice de leur souveraineté. Le lien est réel... mais un peu ténu.

    • Victor R. Aubry - Abonné 17 avril 2018 11 h 47

      M. Bariteau, votre idée selon laquelle le vœu de la majorité prévaudrait sur les droits de la personne, qu’on a entendue constamment durant le débat sur la Charte des valeurs, conduirait à laisser tomber la préséance constitutionnelle des droits fondamentaux sur les lois démocratiquement adoptées. Le but des chartes des droits est justement de protéger les minorités, y compris les minorités religieuses, d’une oppression exercée démocratiquement. Il était étonnant que des souverainistes utilisent ad nauseam ce type d’argumentation tout en chantant la fierté d’un nouveau pays où la majorité pourrait régir les minorités en modifiant à sa guise les droits constitutionnels. Qui voudrait vivre dans une telle démocratie ? Et on s’étonne aujourd’hui que l’opinion favorable à la souveraineté soit descendue dans les abimes et que pour la première fois depuis des décennies, les jeunes y tournent le dos. Décidément, il y a des laïcistes qui n'ont encore rien compris. Ils sont les pires ennemis de la souveraineté.

    • Claude Bariteau - Abonné 17 avril 2018 12 h 24

      Je comprends de votre texte que vous connaissez mes préoccupations. Elles sont limpides. Tous les Québécois et toutes les Québécoises sont collectivement privés des outils nécessaires à l'exercice de leur totale souveraineté, les limites à leur souveraineté n'étant que celles qu'ils admettent.

      Dans ce cas précis, le lien n'est pas ténu. Il est plus que présent.

      Avec un système politique qui la leur accorde, ce qui est de l'ordre du possible, il leur reviendra de clarifier leur position en distinguant l'expression des libertés individuelles (de religion ou autres) et l'expression dans les appareils d'État de la neutralité qu'ils entendent promouvoir.

      Acteullement, ce débat est plombé par un système politique tronqué et démocratiement irrespectueux de règles qui correspondraient à celles que priviligieraient les Québécois et les Québécoises dns le contexte présent sans pour autant les figer et aux lois qui s'appliqueraient.

      C'est ce point que je présente dans mon commentaire.

      Il n'a rien de ténu, mais tout de fondamental en démocratie.

      Ce point n'implique pas des considérations comme celles que vous avancez. Il révèle seulement qu,il ne revient pas à une charte et à des juges d'en discourir, mais aux parlementaires qui sont, contrairement aux juges, les représentants temporaires mais réels des électeurs et des électrices à qui ils ont des comptes à rendre.

      Quant aux juges, leur responsabilité en démocratie n'est pas d'arbitrer des choix politiques, car c'en en ferait des super-politiciens, mais de rappeler aux élus le cadre politique de la prise de leurs décisions si tant est qu'ils ont délimité les limites à l'expression des signes religieux.

      Cela dit, j'avance seulement qu'il ne revient pas à une autorité au-dessus du pouvoir politique de décider ce qui doit ou ne doit pas être.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 avril 2018 12 h 49

      « il ne revient pas à une charte et à des juges d'en discourir, mais aux parlementaires qui sont, contrairement aux juges, les représentants temporaires mais réels des électeurs et des électrices à qui ils ont des comptes à rendre »

      C'est précisément pour cette raison que l'article 33 a été mis dans la charte.

    • Victor R. Aubry - Abonné 17 avril 2018 13 h 59

      M. Bariteau, vous concluez : « Cela dit, j'avance seulement qu'il ne revient pas à une autorité au-dessus du pouvoir politique de décider ce qui doit ou ne doit pas être. » Dans un État de droit, les tribunaux décident en dernier ressort de la constitutionnalité des lois qui pourraient enfreindre les droits des citoyens prévus dans les chartes de droits et dans la Déclaration universelle des droits de l’homme à laquelle le Québec est lié et le sera, souverain ou non. La majorité et les jeunes en particulier refuseront de vivre dans un État barbare.

      Quant à la clause dérogatoire de l'article 33 la Charte canadienne, elle ne vaut que pour 5 ans. Politiquement, elle ne se maintient jamais indéfiniment dès lors que la loi contestable ne fait pas l'objet d'un consensus et qu'un autre parti politique accède au pouvoir sans vouloir la renouveler. Exemple la loi 101.

    • Claude Bariteau - Abonné 17 avril 2018 15 h 33

      M. Aubry, mon texte ne fait pas la louange de l'oppression en démocratie, mais du respect des décisions prises démocratiquement concernant les règles appliquées aux droits des individus, à celles qui prévalent dans la prise de décisions et à la définition de ce qui est collectif.

      À ma connaissance, l'oppression renvoie aux régimes totalitaires et dictatoriaux, qui n'ont rien de démocratiques. En démocratie représentative et dans tous les pays qui valorisent la liberté religieuse, la démocratie n'oppresse pas. Elle ne fait que la réguler en s'assurant que l'expression des droits individuels est protégée.

      Cette assurance existe au Québec puisque des églises de tout genre ont pignon sur rue et que des individus, qui qu'ils soient, peuvent exprimer leur appartenance religieuse dans l'espace privé et dans l'espace public, à moins d'exception et ont accès à des postes dans la fonction publique.

      Ce qui a trait aux institutions de l'État ou reconnues par lui est d'un autre ordre, car il s'agit d'un espace collectif dans lequel les particularités individuelles ne constituent pas, par définition, l'expression du commun sauf s'il est ainsi défini.

      Chez les Britanniques, la diversité des religions s'exprima par des signes reconnaissables, l'absence de signes religieux étant révélatrice de l'autorité et du commun en un lieu regroupant politiquement des sujets de pratiques religieuses marquant leurs identités, l'identité collective étant celle définie oar la royauté et ses serviteurs.

      Il ne s'agissait pas de démocratie. Or, en une démocratie, le « nous » et le « collectif » n'appartiennent pas au roi ni aux législateurs, mais aux citoyens et aux citoyennes qui l'exercent en définissant les zones d'affirmation collective et celles d'affirmation religieuse tout en cherchant à valoriser plus les choix collectifs que des droits individuels.

      Si vous y voyez de la tyrannie possible, c'est que vous placez les droits individuels au-dessus de la démocratie.

    • Victor R. Aubry - Abonné 17 avril 2018 17 h 21

      M. Bariteau, les tyrannies n’ont pas de chartes des droits ou elles ne les appliquent pas par leurs tribunaux. Ces chartes sont l’apanage des démocraties, en cas d’oppression des minorités. C’est d’ailleurs pourquoi les démocraties n’oppressent pas les minorités, puisque leurs tribunaux sont au-dessus du législateur et des citoyens. Voilà la définition d’un État de droit. Les droits constitutionnels sont au-dessus des lois. D’ailleurs, notre démocratie a tenté d’oppresser des citoyens à de très nombreuses reprises et c’est ainsi que s’est édifiée une jurisprudence abondante en matière de droits de la personne, depuis l’époque où Duplessis retirait le permis d’alcool aux témoins de Jéhovah et mettait le cadenas au parti communiste (il avait d’ailleurs été condamné par les tribunaux). En ce qui concerne le port de signes religieux, il se pourrait que les tribunaux décident de maintenir certaines interdictions (c’est douteux si on se fie aux juristes) mais c’est que c’est aux tribunaux d’en décider. Tout ce que je vous explique, c’est qu’en démocratie, cette décision n’appartient pas en dernier ressort au législateur ni aux citoyens. Et oui, les droits individuels garantis par la Charte des droits sont placés au-dessus du législateur dans une démocratie ! En fait mon propos consiste à exprimer ma stupéfaction devant le discours laïciste qui détournent les citoyens de la souveraineté en voulant faire du Québec un État autre qu’un État de droit; appelez cela tyrannie si ça vous convient.

    • Claude Bariteau - Abonné 17 avril 2018 23 h 58

      M. Aubry, si je comprends bien ce que vous écrivez, vous avancez que les juges et les constitutions sont au-dessus des législateurs et des citoyens et des citoyennes.

      Alors, dites-moi qui adopte les lois et les cconstitutions ? Et dans quelle démocratie les drots individuels sont au-dessus du législateur.

      Ces droits et ces constitutions ne sont pas l'oeuvre des juges. Si oui, il n'y a pas de démocratie.

      Un État de droit n'est pas un État au-dessus des citotens et des citoyennes en démocratie. Il est le produit des citoyens et des citoyennes qui élisent des parlementaires pour voter les lois dans un État de droit dont la particularité est de fonctionner sur la base de règles de droit adoptées et acceptées par les parlementaires, des règles ui sont toujours susceptibles d'être modifiées selon les conjonctures.

      C'est d'ailleurs pour cette raison que la Grande-Bretagne n'a pas de constitution mais un processus de décisions selon les sujets abordés en se basant sur une jurisprudence.

      Si l'État de droit est au-dessus des parlementaires et des citoyens et des citoyennes, il n'y a pas de démocratie mais une oligarchie de juges, une dictature, une royauté absolue.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2018 08 h 35

      Monsieur Aubry, en pratique, les droits constitutionnels ne sont au-dessus du législatif que tant que le dépositaire de celui-ci y consent, qu'il s'incarne dans la personne du tyran ou d'un parlement élu par le peuple. Ils n'atteignent jamais cette autorité infrangible qui leur viendrait d'un décret divin. A cet égard, Trudeau père ne s'y trompait pas quand il tenait l'inscription de la suprématie de dieu au principe de la charte canadienne pour un simple ornement. Tout au plus peut-on y voir un engagement moral à faire prévaloir des valeurs transcendantes sur les désirs des sociétaires, sans que cela les empêche jamais de poursuivre des visées bien temporelles en les dissimulant même en partie sous ces beaux idéaux. L'autre affaire, c'est que les chartes ne viennent pas avec des juges simplement pour en faire appliquer mécaniquement les dispositions, mais de manière à ce qu'elles ne pèsent pas sur les gens avec le poids des choses inertes. L'introduction de la clause 33 vise à renforcer encore cet équilibre entre le texte et la vie, si on peut dire, en confiant une partie du pouvoir d'arbitrage au peuple lui-même. L'obligation de renouveler aux cinq ans les lois dérogatoires assure seulement que la législation du peuple n'annule pas sa propre souveraineté à mesure qu'elle l'exerce.

    • Victor R. Aubry - Abonné 18 avril 2018 11 h 55

      M. Maltais Desjardins, je ne suis pas personnellement contre l’idée que les policiers doivent porter un uniforme qui soit véritablement uniforme, lequel est en soi un symbole d’autorité sans signe distinctif. Tout ce que je dis, c’est que la Charte des droits a préséance sur votre jugement et le mien, ainsi que sur le vœu de la majorité. C’est l’essence même d’une charte des droits que de protéger les minorités contre la majorité. Vous m’attribuez aussi des propos que je n’ai pas tenus : « Les chartes ne viennent pas avec des juges simplement pour en faire appliquer mécaniquement les dispositions», leur application est beaucoup plus nuancée que cela. De plus, en pratique, l’application de la clause dérogatoire de l’article 33 ne se maintient dans le temps que pour les lois qui font l’objet d’un consensus parmi les partis politiques capables d’aspirer au pouvoir. Et un même parti peut décider 5 ans plus tard de ne pas perpétuer le débat et de ne pas renouveler la clause comme pour la langue d’affichage. Sans consensus, cette clause est un catapasme qui ne règlera pas le débat en permanence. Au fait, la CAQ a-t-elle fait savoir si elle l’utilisera ?

      M. Bariteau, vous avez compris : les constitutions sont au-dessus des législateurs et des citoyens et des citoyennes. Les tribunaux existent pour appliquer cette hiérarchie de normes. On peut certes modifier une constitution, mais cela exige un certain consensus beaucoup plus difficile à atteindre qu’une majorité d’élus nécessaire pour amender les lois. C’est ainsi dans toutes les démocraties, même en Grande-Bretagne où la constitution est bien réelle (contrairement à ce que vous prétendez) mais repose sur la jurisprudence, c’est-à-dire les décisions des tribunaux (Ô scandale). Vous avez beau ne pas être d’accord avec l’idée même de l’État de droit inhérent à toute démocratie, votre position laïciste agit comme repoussoir du projet souverainiste chez une grande partie de la population. Les laïcistes souverainistes

    • Victor R. Aubry - Abonné 18 avril 2018 17 h 00

      (suite) Les laïcistes souverainistes poursuivent deux lièvres qui courent dans des directions opposées.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2018 22 h 42

      M. Aubry, désolé mais je ne suis pas du tout le fil de ce qui serait censé faire objection à mes propos. Vous attribuez à la charte le même rôle que je lui reconnais, à ce qu'il semble. Tout ce que je voulais relever, c'est que la protection qu'elle accorde n'est pas une vertu qui lui serait inhérente mais qui découle comme n'importe quelle loi du consentement de ceux qui décident ensemble de se placer durablement sous sa protection. Mais quoi qu'il en soit du propos d'y tenir quelques droits que ce soit à l'abri de votre jugement ou du mien, si le vôtre ou le mien se trouvent un jour à rallier suffisamment de suffrages, il n'en est aucun qui aurait la force de résister à un tel assaut. Même une force internationale se montre incapable de défendre les droits humains. Au bout du compte, l'essentiel, c'est que ceux qui invoquent la charte (je le ferais pour désapprouver l'interdiction des signes) ont raison d'un point de vue strictement juridique, mais que la fondation éthique de cette posture reste indéfiniment en suspens, ce qui donne tout à fait raison à ceux qui nous mettent en garde contre sa sacralisation.

  • Gilles Delisle - Abonné 17 avril 2018 09 h 14

    Une vision très étroite du problème!

    Dommage que vous n'ayez rien compris des enjeux énormes que représentent les signes religieux dans la sphère publique d'une société, pire encore s'il s'agit d'une personne en autorité qui porte un signe religieux durant l'exercice de ses fonctions. Je vous souhaite de lire et de réfléchir sur le sujet.

  • Jean-François Trottier - Abonné 17 avril 2018 09 h 14

    J'aimerais bien m'en foutre de sa religion!

    Madame Vachon, votre bête ironie est d'une platitude`à faire bailler mais, voila, vous tenez à ce que tout un chacun vous lise. Attendez-vous à des réponses.

    Si cette histoire religieuse est si insignifiante que vous tenez à en discourir publiquement (ah ben?), alors je vous prie d'en informer la future policière en question. C'est insignifiant ou bien ce ne l'est pas ?

    Puisqu'elle tient tant à afficher ses opinions religieuses, à ne pas confondre avec la foi puisque la foi, elle, ne suppose pas a priori une morale qui transcende les lois humaines, alors il sera normal qu'elle entende aussi les critiques qui viendront avec, elle aussi. Hé, c'est elle qui y tient mordicus! N'inversez pas les rôles.

    Je suis personnement en colère contre toutes les aberrations nommées monothéismes. Je refuse totalement les pensées qui veulent situer des lois divines absolues (relisez les textes sacrés de toutes ces religions s'il le faut) au-dessus des lois humaines.
    Islam, Christianisme, Sikhisme, Judaïsme, Hindouïsme, toutes ces religions situent la raison d'un seul être au-dessus de toutes les autres.

    La foi d'un policier ne m'intéresse pas, sa religion non plus. Je lui refuse le droit d'arborer les signes qui disent qu'une volonté supérieure dépasse celle de l'État.

    Je n'imagine pas qu'un policier m'aborde en affichant le drapeau de l'URSS même si celui-ci ne représente plus rien. Si c'était le cas, je le lui dirais assez sec merci! Hé bien devinez, j'en ferai autant avec quiconque me dit ne pas croire aux lois en prétendant les défendre. C'est précisément le sens de tout signe religieux monothéiste quoique vous pensiez dans le confort de vos moqueries.

    Puisque, aux dires-mêmes de cette jeune fille, son foulard a une signification très lourde, se réfèrant à une religion qui a sa propre cosmologie, qui décrit l'univers comme ayant une destinée précise, alors ça dignifie que ce foulard a plus de signification que son uniforme.

    Alors qu'elle ne porte pas l'unifo

  • Bernard Dupuis - Abonné 17 avril 2018 11 h 15

    Les signes religieux sont tous discutables. La discrétion s'impose.

    Ne trouvez-vous pas curieux que les mêmes personnes qui se scandalisaient de voir les policiers porter des vêtements « clounesques », au nom du respect de l’uniforme, sont les mêmes qui militent maintenant en faveur du port du voile religieux pour les policières? N’y a-t-il pas là deux poids, deux mesures? Je ne considère pas le port de signes religieux ostentatoires comme quelque chose de fondamental. Toutefois, j’ai de la difficulté à accepter que les religieux se voient accorder un tel statut dans nos services publics.

    Dans notre société, les signes religieux ne sont pas souvent interrogés de manière critique. Chacun a droit à ses croyances ce qui revient à dire que chacun a droit à son opinion sans plus de soucis. Jamais l’on demande si un singe religieux « signifie » le vrai. Jamais l’on se demande si la signification tient la route. Jamais l’on ne se demande si la signification est respectueuse de la personne humaine en général.

    En fait, les signes religieux sont protégés par le relativisme cosmologique (l’image du monde), logique et moral. Si chacun a droit à son opinion, alors toutes les significations se valent et il ne sert à rien de critiquer l’une plus que l’autre. Au Canada, il est devenu presque impossible de critiquer la religion même du point de vue éthique et politique. Critiquer le bien fondé d’un signe religieux, même sur le plan éthique, est devenu gage d’intolérance. Ce sont les Québécois qui sont d’ailleurs le plus souvent taxés d’intolérants. Pourtant, peut-être ont-ils simplement un esprit critique plus développé.

    L’opposition au port des signes religieux dans la fonction publique est en fait une critique de la signification de ces signes. Est-il vrai que le port de la Kipa implique que dieu est présent au-dessus de nous dans la salle d'un conseil municipal? Ce signe religieux est-il sérieux ou est-ce une simple formalité relative? Le port de soutane chez les catholiques signifie que le religieux possède un statut de sainteté plus é

    • Bernard Dupuis - Abonné 17 avril 2018 11 h 17

      (suite et fin)

      Le port de la soutane est-il bien respectueux du laïc? Nous pourrions ainsi interroger tous les signes religieux et montrer que leurs significations sont toutes aussi discutables les unes que les autres.
      Comme tout ce qui est public s’expose à la critique éthique et politique, il vaudrait mieux éviter de porter des signes religieux, tous douteux et discutables, dans les services publics. À moins qu’on m’apporte un signe religieux que tout le monde reconnaît comme indiscutable.

      Bernard Dupuis, 16/04/2018

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 avril 2018 14 h 16

      S'il fallait imposer un devoir de discrétion à toutes les signes dont l'objet ne peut être avéré de façon indiscutable, il ne resterait plus de place au Québec que pour un seul parti politique. Plus sérieusement, l'exigence que vous faites aux religions ne vaudrait que dans la mesure où celles-ci auraient la capacité de déterminer la vie collective selon leurs préceptes. Ce que l'exclusion des Églises en tant qu'Églises des lieux de pouvoir consomme, ce n'est pas leur obligatoire disparition du débat public, auxquelles elles ont toute lalitude de participer à leur convenance, mais le privilège qui leur serait d'office accordé parce qu'elles en sont. Je peux comprendre qu'on juge souhaitable que les croyants soient « discrets » et même qu'on n'ait pas trop d'iinconvénients à ce que leurs rapports avec leurs « amis imaginaires » soient un objet de raillerie publique, mais si en effet il n'y a plus de doctrine vraie hors celles du grand nombre, dont on sait trop bien à quelles folies elles on pu conduire, il faut juste espérer que le « respect du laïc » n'ait jamais trop les moyens de sa militance.

    • Bernard Dupuis - Abonné 17 avril 2018 15 h 22

      En 1966-67, nous nous entendions avec les religieux et les religieuses pour que l’espace public devienne un lieu exempt de signes religieux ostentatoires. Les soutanes, les coiffes, les crucifix, etc. devaient être relégués aux couvents et aux lieux de cultes et ne plus caractériser les costumes des infirmières et des professeurs. À cette époque, il n’était même pas imaginable qu’un uniforme de policier ou de policière inclue un signe religieux. La laïcité dans l’espace public était devenue quelque chose de sacré. L’image religieuse du monde ainsi que les règles de la morale religieuse apparaissaient trop douteuses et trop discutables, sinon carrément erronées, pour favoriser une vie en commun paisible et respectueuse des consciences.

      La vie en commun et la collaboration exigent une détermination collective, un consentement mutuel à l’égard de la laïcité dans les institutions publiques. Car, si ce consentement n’existe pas, ce sera le retour d’images douteuses du monde (la terre est plate) et de règles morales discutables (la soumission du corps de la femme) qui voudront s’imposer partout comme dans la « Bible Belt » américaine ou canadienne.

      Porter la soutane ou la Kippa au couvent ou à la synagogue n’a jamais dérangé personne. Mais dans un poste de police, c’est autre chose. Si je veux m’exprimer sur le christianisme ou le judaïsme, j’espère pouvoir le faire partout sauf dans la fonction publique. Pourquoi les nouveaux religieux ne comprennent-ils pas cela? Les anciennes religieuses ne réclament pas le port de la soutane dans le métro.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 avril 2018 23 h 02

      Je lis assez souvent que les québécois auraient forcé les religieux à ne plus paraître dans l'espace public, notamment les hopitaux et les écoles, qu'en laissant vêtements et croyances au vestiaire. En réalité, ce changement s'inscrivait dans le renouveau de Vatican II et touchait tous les pays catholiques en même temps. Bien qu'une partie assez importante de la population aurait espéré que ça aille plus loin, je ne crois pas que nous ayons tant sacralisé la laïcité que cultivé progressivement une indifférence au religieux que ne contrariaient que les idiosyncrasies culturelles plus résistantes, ce qui n'avait rien de nouveau, d'ailleurs. Je crains que ce soit bien davantage l'irritation que suscite depuis toujours par ici la différence qu'un réel souci de laïcité qui soit maintenant en cause, d'autant plus qu'il se profile sur une connaissance de plus en plus vague de ce que sont les religions, mis à part leurs manifestations extérieures les plus extrêmes.

      Vous répétez que les valeurs morales inspirées par les religions sont trop « douteuses » ou même « erronnées » pour servir de base à un vivre ensemble harmonieux. Ce dont une société neutre quant au religieux vous accordera, c'est que la croyance dans le fait qu'elles nous viennent d'une inspiration transcendante ne pèse d'aucun poids quant à leur valeur. Elle réclamera en retour que cette prétention ne soit pas à lui seul un motif de les disqualifier à priori et que ne soient admises dans le débat public que les croyances qui s'en dissocient d'emblée. De fait, d'ailleurs, notre nouvelle culture toute séculière et humaniste reste profondément marqué par notre héritage chrétien.

    • Bernard Dupuis - Abonné 17 avril 2018 23 h 39

      Dire que les Québécois avaient forcé les religieux et religieuses à laisser la soutane au couvent est une fausseté toute canadianiste. Consultez les journaux de l’époque (66 ou 67) et vous y retrouverez une lettre que le Cardinal Léger avait envoyé à tous les religieux et toutes les religieuses leur recommandant de respecter la société civile et laïque, ce que la grande majorité accepta de faire.

      Depuis ce temps, les anciens religieux et les anciennes religieuses se sont faits admirablement discrets et tout en restant fidèles à leurs valeurs chrétiennes n’ont jamais plus voulu imposer leurs signes dans la fonction publique, suivant le principe que l'habit ne fait pas le moine. Les nouveaux religieux devraient prendre exemple sur eux.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2018 06 h 57

      C'est pourtant cette fausseté que vous sembliez relayer ici. Mais le récit reste malgré tout inexact sur le fond, à mon avis. Après Vatican II, l'Église, ici comme ailleurs, a simplement renoncé à jouer le rôle supplétif qu'elle avait jusque là assumé, pour lequel elle n'avait déjà plus l'effectif nécessaire et que la société civile était désormais en mesure de prendre à sa charge. La modernisation de l'habit n'avait pas pour but de cacher la croyance religieuse mais de signifier que l'insertion du religieux ne reposait plus sur une dignité hiérarchique de celui-ci. Ce désinvestissement du costume ne se limita d'ailleurs pas aux prêtres, frères et religieuses. Peu à peu, l'uniforme de « la » garde malade fut abandonné, comme le sareau et le stétoscope de son patron monsieur « le » docteur. Les résistances n'étaient d'ailleurs pas que religieuses. L'obligation du port de la cravate, dans mon école secondaire en '70 ne reposait que sur des motifs de conformisme social.

      Qui dit vrai ? L'important n'est peut-être pas là. Chacun organise ainsi les événements passés en un récit qui vise à faire histoire, c'est-à-dire à discerner en ceux-ci une direction, un destin auquel il faudrait soit consentir, soit travailler à le changer. Bien sûr, les faits vérifiables doivent l'être, mais il est beaucoup plus important encore de saisir les liens entre la manière de les organiser et le but poursuivi ce faisant, qui n'est jamais innocent. Par exemple, - et désolé d'être aussi direct - il ne peut échapper à personne qu'on ne salue ici l'admirable discrétion de «notre» clergé que pour mieux suggérer que l'attachement aux signes manifesté par d'autres confessions religieuses est bien moins respectable. Cela a un nom.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 avril 2018 08 h 48

      À M. Maltais Desjardins.

      Vous avez raison, il n'a pas été nécessaire de sortir l'Église de toutes les arcanes du pouvoirdans les annéessoixnate, tout simplement parce qu'erlle a été balayée.
      Mais il est faux de dire que c'est par indifférence.
      Oui, la désertion des églises a joué son rôle. Mais dns les faits il y a eu un effort réel pour se débarrasserde toute influence ecclésiastique dans le gouvernement du Québec, de la part de gens comme Kierans et Lévesque mais surtout Gérin-Lajoie, premier ministre de l'éducation qui souhaitait depuis longtemps ce qu'il a fait àla suite du rapport Parent.
      De très nombreux hauts fonctionnaires du calibre de Parizeau ont aussi agi en ce sens avec une volonté précise : dehors les curés!

      Du fait que les évêques ont compris et se sont éloigné avec leur sens politique habituel, il n'a pas été nécessaire de légiférer alors et c'est malheureux­. Aujourd'hui on pourrait simplement utiliser des lois existantes, ce qui est toujours plus facile.

      Puisque la facilité nous est refusée il est capital qu'une loi excluant toute religion de la gouvernance soit présentée. Ce ne sont pas les vendeurs de char usagés qui sont en place qui risquent d'y voir, hein... Ils profitent à plein de la division, vote par vote.

      Si certains craignent l'Islam, c'est qu'ils ne connaissant pas le Bible Belt!
      Ça, c'est une horreur d'autant plus grande qu'elle met en jeu des gens qui s'habillent comme nous et qui nous ressemblent. Là aussi il y a des modérés et des fous, ainsi qu'une masse qui grouile entre les deux.

      Vous dites bien ce qui est : les nouveaux religieux devraient prendre exemple....
      Ils ne le font pas, ce ne peut pas être un hasard. Profiter à plein de la division, vote par vote...

    • Bernard Dupuis - Abonné 18 avril 2018 10 h 40

      À M. Maltais Desjardins,

      Il me semble que vous mêlez beaucoup de choses. Classer les uniformes de garde malade, le sarrau et le stéthoscope, la cravate dans la même catégorie que la soutane c’est confondre la profane et le sacré. On n’abandonne pas la soutane et la cravate pour les mêmes raisons. Cela illustre une grave erreur de jugement qui assimile un symbole religieux à un simple bout de chiffon.

      Lorsque vous parlez de "Vatican II", vous omettez de dire qu’un des débats fondamentaux de ce Concile fut de définir la place de l’Église dans le monde de son temps. La valorisation de la laïcité y fut fortement affirmée. Ce débat fut probablement le plus enrichissant de ce Concile.

      Enfin, il faudrait éviter d’inviter les procès d’intention afin de mettre fin au débat. Les tenants de la laïcité comme moi ne confondent pas le fait de porter la Kippa, le turban ou le hijab, etc., dans le métro avec le fait de porter la Kippa, le turban ou le hijab, etc. dans la fonction publique. Dénoncer les sophismes comme les mauvaises classifications, les procès d’intention, les conclusions hâtives ne fait pas de moi quelqu’un dont on ne peut prononcer le « nom ». L’accusation d’intolérance à l’endroit des tenants de la laïcité de l’État est habituellement utilisée lorsque les nouveaux religieux sont à court d’arguments.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2018 11 h 07

      « les conclusions hâtives ne fait pas de moi quelqu’un dont on ne peut prononcer le « nom ». »

      Vous avez raison, monsieur. Désolé si vous vous êtes senti visé : on court toujours ce risque dans ce genre d'échange. Je peux me tromper, mais je crois effectivement que c'est plus à titre d'institutions civiles qu'en raison de la dimension religieuse que la position de l'église catholique a changé, le changement de discours public et politique ayant joué bien plus un rôle d'accompagnement du changement que moteur. On ne règlera pas cela par ici, mais je vous remercie de l'occasion d'un échange que je trouve intéressant.

  • Réjean Martin - Abonné 17 avril 2018 12 h 35

    saviez-vous ?

    Saviez-vous que cette jeune femme qu'il faudra regarder dans les yeux et briser le rêve (ha ha!), eh bien, cette jeune femme a une mère de la même religion qu'elle-même mais qui, elle, refuse de porter le voile ? Ça illustre qu'il y a une offensive nocive derrière la revendication de celle-ci; nous devons refuser de monter à bord de cette histoire... Voici enfin un extrait d'un récent papier du Devoir par Christian Rioux : «Karim Akouche a vu l’islamisme succéder au marxisme. « Après la guerre froide et la chute du mur de Berlin, les intellectuels de gauche se sont retrouvés orphelins. Ils ont remplacé le prolétaire par l’autre, l’étranger. Et le musulman est l’étranger par excellence. »