Mères porteuses: autres temps, autres moeurs

Peut-être y a-t-il chez les couples gais et les couples infertiles un sentiment d’écoeurement face à un processus d’adoption qui n’en finit plus de finir, un vrai parcours du combattant. Ou c’est peut-être qu’ils se retrouvent dans l’impossibilité de convaincre une femme suffisamment altruiste pour porter en toute générosité leur enfant à naître. Si bien que, découragés par cette situation, ils se voient contraints de traverser la frontière canado-américaine pour obtenir les services d’une mère porteuse rétribuée.

Comme le dit si bien le chroniqueur, Konrad Yakabuski, dans sa dernière chronique au Devoir, les Canadiens ont, au fond, besoin d’être rassurés sur la protection des personnes vulnérables. À mon sens, si le compromis a été possible pour l’aide médicale à mourir, il peut en aller tout autant de la gestation pour autrui. Effectivement, ce n’est qu’une petite minorité de Canadiens qui ne voient aucun problème à la gestion pour autrui rétribuée, comme le dit M. Yakabuski. La même affaire que pour l’aide à mourir avant que n’ait lieu le débat, à moins que je fasse erreur. Un débat au cours duquel une question fondamentale devra être abordée. À savoir, quel est donc l’intérêt premier de ces couples à la recherche d’un bébé, si ce n’est le bonheur de le voir grandir et la fierté d’en faire un citoyen à part entière.

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5 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 10 avril 2018 07 h 48

    Très bon texte, enfin!

  • Marc Therrien - Abonné 10 avril 2018 09 h 54

    Dans ce monde de la pensée de moins en moins binaire


    Depuis Descartes, on sait que «les connaissances pourraient nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature». Cette démarche de connaissance est fondée sur la dualité qui fait que le Je pensant est transcendant en ce qu’il se situe au-dessus et en retrait des choses du monde qu’il essaie de figer par des concepts par espérance d’organiser et de stabiliser ce chaos informe de l’impermanence du monde changeant tout le temps. Ainsi, pour pouvoir faire sereinement ce débat parce que «c’est là qu’on est rendu» et envisager la question que vous proposez «À savoir, quel est donc l’intérêt premier de ces couples à la recherche d’un bébé, si ce n’est le bonheur de le voir grandir et la fierté d’en faire un citoyen à part entière», les personnes directement concernées et les autres intéressées devront se transcender à nouveau en quittant la pensée essentialiste binaire et les automatismes socio culturels qu’elle a créés pour être capable de s’ouvrir aux nouvelles virtualités de l’Être en devenir. Ce n’est pas tant alors l’exercice de la liberté de juger moralement de ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais par le libre arbitre qui sera mis à profit, mais plutôt la capacité de libération qui consiste à pouvoir s’affranchir de ses attachements sécurisants et des perturbations mentales que crée la nouveauté de ce qui est en train de changer contre son gré. Bien que les idées et les émotions composent une bonne part de ce qu’est le Moi de l’humain, celui-ci n’y est cependant pas réductible. Pour pouvoir accompagner le progrès, il est préférable de concevoir que l’on puisse changer d’idée ou d’émotion, notre expérience vécue du monde, sans crainte de se voir annihilé pour autant.

    Marc Therrien

  • Béatrice Lavoie - Abonné 10 avril 2018 16 h 03

    Mauvaise analogie !

    Il n'y a pas de comparaison possible entre se demander si le commerce d'enfants à naître est légitime (il ne l'est pas, et comment pourrait-il l'être ?) et se demander si on doit permettre aux personnes de mourir quand elles le décident.

  • Yvan Rondeau - Inscrit 10 avril 2018 22 h 54

    Non aux mères porteuses

    Non, parce que c'est contre nature sous tous les aspects possibles. C'est aussi simple que cela, même si ce n'est pas à la mode.
    Et la comparaison avec le droit à mourir dignement est presque perverse.

  • Ghislaine Gendron - Inscrit 11 avril 2018 10 h 32

    La banalisation de la grossesse

    Réalisez vous que vous demandez aux femmes, de prêter leur corps, pour "réparer" le fait que les couples homosexuels ne peuvent se reproduire dans la nature?

    Et si cette femme, si généreuse, si altruiste, fait de la pré-éclampsie pendant sa grossesse ? Je vous invite à aller voir les conséquences: ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Pré-éclampsie#Complications ) Si elle doit subir une césarienne , ce qui, en plus d'être une intervention chirurgicale associées à des risques, mettrait en péril sa capacité à mettre au monde ses propres enfants par voie naturelle ? Si on exige d'elle de subir une réduction embryonnaire ? Ou, si on lui interdit de subir une réduction embryonnaire parce qu'elle attend des quadruplés ? Si elle ne pleut plus ni manger, ni boire ce qui lui convient pendant 9 mois ? Si elle subit des déchirures à l'accouchement ? Si son corps se couvre de vergetures ? Je continue ou vous avez le portrait?

    Il faut être assez insensible aux autres pour demander aux femmes d'avoir recours et accès à leur corps parce qu'il y a des "tracas administratifs" associés à l'adoption et leur reprocher de ne pas être assez "sensible" aux besoins des couples gais.