La stratégie martiale de Québec solidaire

Il y a 21 circonscriptions détenues par le Parti libéral sur l’île de Montréal, contre seulement quatre par le Parti québécois, et c’est dans l’une de ces dernières, Rosemont, que Québec solidaire (QS) envoie sa vedette, Vincent Marissal, pour affronter le chef péquiste, Jean-François Lisée. Il n’y a plus de doute possible : QS a déclaré la guerre au Parti québécois.

Si un doux rêveur idéaliste croyait encore possible une quelconque convergence d’ici les élections entre les deux partis afin de contenir la droite fédéraliste, il peut maintenant se réveiller.

J’ai toujours cru que Marissal était anti-péquiste et fédéraliste ; j’en ai la conviction aujourd’hui.

23 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 5 avril 2018 07 h 11

    "J’ai toujours cru que Marissal était anti-péquiste et fédéraliste ; j’en ai la conviction aujourd’hui."

    La belle affaire. Les fédéralistes ont toujours considéré Vincent Marissal comme un crypto-séparatiste, comme Bernard Drainville et Pierre Duchesne (Radio-Canada). Malgré tout ce qui a été dit, le PQ aurait accueilli Vincent Marissal les bras ouverts, lui qui a voté Oui en '95 et qui fait partie d'une famille souverainiste. Mais pour une minorité de péquistes, il n'y a qu'eux qui sont de vrais souverainistes.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 avril 2018 08 h 04

      M. Pierre Desautels,

      J'ai écrit ma lettre le 1er avril. Mais voici des extraits d'une chronique de Denis Lessard parue le 4 avril:

      « Mais aussi récemment qu'en janvier dernier, Vincent Marissal a passé un coup de fil à un stratège important du Parti libéral du Canada (PLC), au Québec. La rencontre qu'il souhaitait a vite été convenue : autour d'un café à l'édifice Belgo, rue Sainte-Catherine. Celui qui vient de s'annoncer comme candidat de Québec solidaire s'intéressait au cheminement à suivre pour devenir candidat de Justin Trudeau lors de la partielle qui, inévitablement, allait s'ouvrir dans la circonscription d'Outremont après le départ du chef néo-démocrate Thomas Mulcair.

      En point de presse, hier matin, Vincent Marissal a nié d'un bloc avoir même évoqué la circonscription bientôt vacante. Il était moins catégorique plus tard en journée quand on lui a rappelé les faits. (...)

      Ce libéral, proche du cabinet de Justin Trudeau, affirmait encore hier que M. Marissal l'avait quitté en promettant de «faire ce qu'il faut», s'organiser pour une investiture afin de se porter candidat. Et il était toujours sur cette impression la semaine dernière, jusqu'à ce que l'annonce d'un saut avec Québec solidaire fasse la manchette. Bien sûr, l'ancien chroniqueur n'avait pas fait part de ses convictions souverainistes à cet émissaire de Justin Trudeau.

      C'était une troisième rencontre entre des gens du PLC et ce journaliste qui, régulièrement, «réfléchissait à son avenir». En décembre 2016, il avait réfléchi à un poste de conseiller politique à Ottawa. Au départ de Stéphane Dion, au début de 2017, Vincent Marissal a envoyé un message à Ottawa pour discuter de la circonscription de Saint-Laurent, qui devenait vacante.

      À l'automne 2017, il a repris contact avec le PLC, jusqu'au café de la rue Sainte-Catherine, il y a moins de trois mois, où il n'a pas fermé explicitement la porte sur une candidature dans Outremont. »

      Depuis quand les séparatistes s'intéressent-ils

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 avril 2018 09 h 30

      ... Depuis quand les séparatistes s'intéressent-ils au PLC?

    • Pierre Desautels - Abonné 5 avril 2018 12 h 07


      @Sylvio Leblanc?

      Et depuis quand le PQ s'intéresse-t-il à un "fédéraliste"? Vincent Marissal ne s'est pas caché qu'il était sollicité par tous les partis, incluant le PQ, qui a tenté de le convaincre la semaine dernière, selon le magazine l'Actualité.

      https://lactualite.com/politique/2018/03/28/la-bataille-de-rosemont-jean-francois-lisee-contre-vincent-marissal/

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 avril 2018 14 h 59

      M. Pierre Desautels,

      Voici le passage dans «L'actualité» dont vous parlez : « Le Parti québécois était au fait de la candidature possible de l’ancien journaliste depuis quelques jours. Le chef Jean-François Lisée a envoyé un émissaire auprès de Vincent Marissal la semaine dernière. C’est l’ancien député Camil Bouchard, résident de Rosemont et ami de Marissal, qui a été désigné pour ce café-discussion. Souhaiterait-il se présenter pour le PQ? La question lui a été posée. À la direction du PQ, on affirme qu’il ne s’agissait pas d’une offre formelle. »

      Le PQ a bien fait. S'il avait répondu positivement à l'offre de Bouchard, Marissal aurait hérité d'une circonscription libérale dans Montréal et aurait été obligé de se plier au programme du PQ. Et Lisée aurait réglé son problème.

      Nous savons que Québec solidaire et le Parti libéral du Canada sont tous les deux multiculturalistes. N'ayant pu se trouver une place au PLC, Marissal se sera rabattu sur QS, sachant d'avance que le nationalisme de QS en est un de façade.

      Marissal dit être un homme de gauche. Mais le PLC, lui, est-il un parti de gauche? Il faudrait poser la question aux députés du Bloc et du NPD.

    • Pierre Desautels - Abonné 5 avril 2018 17 h 43


      @Sylvio Le Blanc

      Ça ne change rien au fait que Marissal est souverainiste, et son ami Bouchard le savait, c'est pourquoi il lui a fait une offre. N'eût été de l'épisode de la charte et du triste bilan du PQ en 2012-2014, il serait peut-être au PQ aujourd'hui.

    • Claude Bariteau - Abonné 5 avril 2018 18 h 50

      M. Desautels, vous négligez sept réalités.

      1. En 1995, le référendum portait sur la souveraineté et non l’indépendance. Même Mario Dumont, un fédéraliste, a participé à la campagne du OUI.
      2. Lucien Bouchard a voulu relancer l’idée de souveraineté-association de Lévesque avant de se rendre compte que l’indépendance était devenue l’enjeu et la crainte du gouvernement Chrétien, car elle aurait obtenu l’aval du peuple québécois. Il refusa cet alignement parce que, estimait-il, le Canada refuserait que soit créé un trou entre les Maritimes et l’Ontario.
      3. Depuis, le Canada, les médias, y compris Le Devoir sous Myles, sont devenus anti-indépendance.
      4. LaFontaine, après avoir été un patriote modéré, s’est rallié au rapport Durham qui visait à « britanniser » la « race » française, car telle était la vision britannique dont les dirigeants ont tout fait, avec l’appui de collaborateurs locaux, pour ethniciser la démarche des Patriotes à laquelle étaient associés des gens issus de l’immigration qui voulaient contrôler leur avenir au Bas-Canada. Ça se répète.
      5. Marissal suit la voie prise par LaFontaine. Il se lie à QS en parlant de souveraineté et, demain, ralliera QS au NPD, car c’est ce qui aura cours dans Rosemont pour évincer le chef du PQ, l’objectif étant de faire valoir des liaisons à gauche entre le Québec et le reste du Canada, comme du temps de LaFontaine.
      6. Derrière ces manœuvres, il y a une constante : le refus des dirigeants qu’au Québec les habitants du territoire, notamment ceux qui en ont fait leur patrie, décident démocratiquement de leur avenir, car, au Canada comme à l'époque de la Grande-Bretagne, ces décisions se prennent au-dessus des citoyen/ne/s.
      7. Cela étant, vous devriez inviter le PQ à mettre de l’avant une approche citoyenne et critiquer l’approche de QS qui a comme groupe moteur une classe populaire imaginaire tout à fait à l’identique de la « nation » imaginaire du PQ. C'est sur ce clou qu'il faut frapper.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 avril 2018 19 h 05

      M. Marissal est un fédéraliste et multiculturaliste endurci. Ils n’en voulaient pas au parti « liberal » parce que des opportunistes comme lui, il en pleut dans ce parti. Essayez pour le « fun » de trouver un article de M. Marissal dans La Presse qui vantait la souveraineté et la politique de l’extrême gauche sur une même page? Bonne chance les petits amis de notre gauche solidaire à temps partiel.

      Et vous avez raison M. Le Blanc.

    • Pierre Desautels - Abonné 5 avril 2018 20 h 08

      @Claude Bariteau

      Monsieur Bariteau, en tout respect, j'ai participé à la fondation du PQ (et du MSA). Et ayant poursuivi (et gagné) en Cour contre les pilotes anglophones qui ont fait une grève illégale contre l'usage du français en 1976, je connais très bien à qui nous avons affaire, mais pas seulement en théorie (know your ennemy). Je suis d'accord avec la majorité de vos sept réalités depuis des années. Je dénonce régulièrement le fait que le PQ et le Bloc n'y croient plus eux-mêmes depuis 1995, et n'ont pas, comme les indépendantistes Catalans et Écossais, le courage de leurs idées.

      Deux "réalités" où j'ai un peu de difficulté :

      "Marissal suit la voie prise par LaFontaine." Je trouve ça un peu fort le café, car c'est lui donner trop d'honneur, trop de responsabilités. Et si l'on compare avec à la mollesse du PQ depuis vingt ans, en anglais, on dira : "give me a break".

      Secundo, Le Devoir. Sauf erreur, dans l'histoire, pouvons-nous trouver un seul directeur du Devoir qui était pro indépendance? Je crois que Bryan Myles suit une tradition d'une sorte de non-ingérence, mais sans indifférence, mais bon. Je suis d'accord que cela pourrait être un bon débat ayant pour thème votre journal favori.

      Finalement, je vous suis reconnaissant que vous mettiez la barre très haute, Monsieur Bariteau, comme Jacques Parizeau le faisait. C'est ce qui manque au Québec présentement.

    • Claude Bariteau - Abonné 6 avril 2018 00 h 18

      Monsieur Desautels,

      À vous lire, je note que nous convergeons sur plusieurs points.

      Je ne pense pas me tromper en avançant que Madame Bissonnette était pro-indépendance, car elle partageait l'approche e Monsieur Parizeau.

      Je ne compare pas Marissal à LaFontaine comme personnage politique. J'ai voulu seulement signalé que son cheminement récent ressemble à celui déployé par LaFontaine. Ce dernier a partagé les idées du rapport Durham alors que Marissal partage celles définies par Pierre-Elliott Trudeau, les deux ayant eu une conception ethniciste, l'un du mouvement patriote, l'autre du mouvement de souveraineté, pour contrer l'expression démocratique des habitants du Québec.

      Avec LaFontaine, ce fut le début de l'emprise du Canada-Uni sur tout ce qui avait bougé au Bas-Canada et l'encadrement politico-religieux qui dura jusqu'en 1960. Avec Marissal, l'encadrement recherché est politico-médiatique. Il a cours actuellement et l'objectif est d'empêcher que prenne forme un mouvement de citoyens et de citoyennes pour renverser l'ordre politique canadien qui sévit au Québec. À cette fin, la cible est le PQ comme la cible du temps de LaFontaine était la relance des idées des Patriotes.

      La barre est là. Et je pense que vous le savez très bien.

  • François Beaulé - Abonné 5 avril 2018 08 h 25

    La droite fédéraliste est elle aussi divisée

    Entre le Parti libéral et la CAQ. Ce qui n'empêche pas ces deux partis d'être en tête dans les sondages. Pas étonnant puisqu'une très nette majorité de Québécois ne veut pas l'indépendance du Québec.

    Si la gauche aspire à reprendre un jour le pouvoir, elle devra renoncer à l'indépendance. Que l'on divise les votes séparatistes en deux ou plusieurs partis ou qu'on les additionne ne change rien au résultat d'un hypothétique 3e référendum : l'indépendance serait rejetée. Que les gens de Rosemont votent pour Lisée ou Marissal a très peu d'importance finalement.

  • Bernard Terreault - Abonné 5 avril 2018 08 h 26

    Gagnants et perdants

    Certains sont nés gagnants et d'autres perdants. Les gagnants se mettent ensemble, s'entendent, prennent le pouvoir et se le partagent, et font des choses, pour le meilleur ou pour le pire. Les perdants, eux, se chicanent à qui a raison, à qui est le plus pur et chialent pour le reste de leur vie.

  • Geneviève Laplante - Inscrite 5 avril 2018 10 h 11

    Je suis désolée

    Quelle que soit la valeur personnelle et politique de M.Marissal, il donne aujourd’hui un sérieux coup de Jarnac à M. Lisée. Il y a quelque chose de perfide dans ce choix. Autrefois, on mettait dans un enclos deux coqs batailleurs qui offraient un spectacle aux assoiffés de sang pour les repaître. C’est déplorable, cette attitude du « ôte-toi de là que je m’y mette ».

    • Lise Bélanger - Abonnée 5 avril 2018 14 h 16

      Tirer sur le messager c'est aussi tirer sur la cause! Voilà l'ON et M. Marissal. Écrasons le PQ jusqu'à son extinction. Que se passe-t-il au Québec? La débandade, le piétinement de la fierté d'être d'un peuple pourtant des plus courageux. Au profit de quoi? Notre disparition.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 avril 2018 15 h 17

    Je suis d'accord avec Mathieu Bock-Côté (extraits d'une chronique du 5 avril 2018) :

    « [Vincent Marissal] a d’abord vérifié si on voulait de lui au Parti libéral du Canada. C’est normal : c’est le parti des ambitieux convaincus de leur importance. On ne lui a pas fermé la porte, mais l’accueil n’était pas enthousiaste non plus.

    À ce moment-là, Marissal est allé voir ailleurs si on le désirait plus ardemment. Ailleurs, c’était chez Québec solidaire, où Gabriel Nadeau-Dubois l’a accueilli avec un regard enamouré, tout fier de voir un homme n’appartenant pas déjà à la gauche radicale rejoindre la secte solidaire. Il faut en convenir : Vincent Marissal est une grosse prise. La première vraie grosse prise de ce parti.

    On peut néanmoins comprendre ce passage : le PLC et QS, sur la question identitaire, la plus importante de notre époque, ont des positions similaires. Ils chantent la gloire du multiculturalisme. D’ailleurs, chez QS, le multiculturalisme est une conviction beaucoup plus forte que le souverainisme. Si on peut y faire des compromis sur l’indépendance du Québec, on n’en fera pas sur les accommodements religieux, encore moins sur l’ouverture au voile islamique.

    À chacun ses priorités. On ajoutera une chose : l’obsession commune du PLC et de QS, c’est l’antipéquisme. L’ancien chroniqueur de «La Presse» se sentira à l’aise. Ce n’est pas sans raison que Marissal se présente contre Jean-François Lisée, le chef du PQ. Il s’agit de l’éliminer du portrait. Le grand objectif de QS, c’est d’en finir avec le PQ, et liquider sa version du souverainisme, du nationalisme et de l’identité québécoise, pour ensuite prendre sa place.

    Il n’en demeure pas moins que l’entrée de Marissal en laisse plusieurs perplexes. Comment, après avoir cultivé pendant des années un cynisme sophistiqué et mondain, peut-il rejoindre un parti utopiste qui fait de l’existence de la réalité un affront à l’idéal ? Est-ce que Marissal se sent vraiment proche de la gauche radicale ? Est-ce vraiment sa famille politique ? Sait-il où il met les pieds ? »

    • Raymond Labelle - Abonné 5 avril 2018 16 h 51

      Allez, je déforme les propos de Mme Legault, elle ne propose un vote unanime des francophones, mais une division «moins profonde » - peut-être un objectif comparable à la campagne de Poutine : 70% du vote avec 70% de participation.