Revaloriser la profession d'enseignant

Pour revaloriser la profession enseignante, le ministre Proulx propose plusieurs mesures, certaines plus intéressantes que d’autres, qui méritent effectivement d’être discutées lors de « conversations franches et ouvertes » entre les divers intervenants du monde de l’éducation, comme il le mentionne lui-même. Il laisse cependant de côté ce qui favoriserait plus intensément une revalorisation de la profession : une gestion participative des établissements scolaires. Les enseignants, les professionnels, le personnel de soutien, voire les élèves et leurs parents devraient pouvoir prendre part aux décisions qui les concernent, non pas au sein d’organes faussement démocratiques, comme les conseils d’établissements ou les comités de participation des enseignantes et des enseignants aux politiques de l’école, mais au travers d’instances réellement démocratiques où leurs voix sont incontournables.

C’est en décentralisant les prises de décisions et en déléguant l’essentiel des pouvoirs aux personnes concernées, ici les enseignants et le personnel de première ligne des écoles, que la revalorisation de la profession, et par extension celle de l’école publique dans son ensemble, s’effectuera en profondeur et durablement. Comme acteurs de premier plan, les enseignants et leurs collègues de diverses professions connaissent les besoins de leurs milieux et sont de ce fait très bien outillés et positionnés pour choisir et allouer les ressources humaines, matérielles et financières pour les combler. En anglais, on appelle ce processus empowerment, littéralement « donner du pouvoir ».

Voilà ce dont a besoin la profession pour se donner un nouvel élan dont tous profiteraient. Cela exigera bien sûr une refonte en profondeur des tâches du personnel et du mode de gestion des écoles comme des commissions scolaires, ce qui constitue à n’en pas douter un très vaste chantier. Adopter la gestion participative comme mode de gestion en éducation est un passage obligé pour revaloriser la profession, à défaut de quoi on sera demeuré en superficie et on aura manqué un rendez-vous avec un beau projet de société où l’éducation serait un pilier fondamental, et surtout l’affaire de tous.

2 commentaires
  • Benoit Gaboury - Abonné 14 mars 2018 10 h 03

    La valeur de l'éducation

    Le texte de M. Dagenais est excellent, mais il fait référence à une expression un peu trop à la mode par les temps qui courent, car il contient un mot qui me semble agir à contre-emploi. La profession d'enseignant, selon moi, n'a pas à être «revalorisée». Être professeur, à quelque niveau que ce soit, a toujours été considéré par l'ensemble de la population comme un des métiers les plus nobles qui soit, et ce depuis toujours. Vivre toute sa vie avec des jeunes, pleins de joie de vivre et de curiosité, d'entrain et de beauté, est une chance que trop peu de gens auront dans leur métier. Entretenir des relations de confiance et de gratitude, sincères et désintéressées, dans un cadre détendu et au contact des mille merveilles de notre civilisation, est toujours intéressant, et souvent passionnant. Pouvoir s'investir à temps plein dans ce qui nous anime vraiment le plus: la géographie, les sciences, l'histoire, les techniques, la philosophie ou les lettres, voilà ce qui est le propre de l'enseignant. De plus, ceux-ci sont délivrés des relations marchandes qui viennent souvent tout fausser entre humains, rien à vendre, rien à acheter, rien à négocier entre professeur et élève, que la gratuité du savoir, le bonheur de partager, de faire découvrir et d'aider. La dignité d'enseigner.
    Les difficultés du métier, bien réelles certes, multiples et quotidiennes, que l’on recouvre du terme «revalorisation» sont d'un autre ordre, il me semble. Professeurs et administrateurs les connaissent mieux que moi. Et bien sûr, y apporter des solutions a un coût, qui n'est sûrement pas trop élevé, quand on veut s'attaquer au problème du décrochage des professeurs, surtout au secondaire. C’est un problème auquel il faut trouver sérieusement une solution, si l’on veut réussir l’œuvre d’éducation de tout un peuple qui est la leur.

  • Jacques Lamarche - Abonné 15 mars 2018 05 h 57

    La valorisation passe par la responsabilisation

    Vous avez raison, monsieur! Les enseignants ont été depuis trop longtemps infantilisés. Ils ne sont chargés que d'éxécuter ce qui en haut lieu a été pensé et programmé.

    Le directeur d'école doit cesser d'être une courroie de transmission, l'enseignant un servile éxécutant! Et l'efficacité d'un tel système mérite d'être examinée!

    Par exemple, si l'école était une entité autonome et responsable, ou si l'enseignant était un professionnel libre de décider, jamais l'enseignement du français n'aurait autant décliné. Devant la grogne des parents, la pégagogie aurait vite bougé, des solutions auraient été sans doute trouvées!

    Rares sont les systèmes qui accordent aux enseignants une grande liberté. Mais en scandinavie, au Danemark notamment, on leur confie d'énormes responsabiltés; l'école a alors gagné en efficacité, l'enseignant en estime dans la société.