L’indépendance ne se fera pas à Ottawa

La promotion de l’indépendance aux Communes, sans mandat péquiste qui fait de même à l’Assemblée nationale, revient presque à essayer de convaincre les autres provinces de se joindre au Québec indépendant, plus qu’à essayer de travailler aux Communes pour les intérêts du Québec. C’est illogique, comme utiliser des ciseaux pour clouer une planche de bois. [...]

On le dit souvent, l’indépendance ne se fera pas à Ottawa et, justement, le Bloc ne peut pas faire de référendum, à moins d’obtenir le pouvoir à Ottawa (ce qui serait étrange). Si le Bloc met le cap sur l’indépendance dès aujourd’hui, malheureusement, il rongera son frein et dépensera des fonds sans qu’ils mènent à une victoire. [...]

Mettre le cap sur l’indépendance, oui, mais pas au Bloc. Son travail est celui d’être l’interlocuteur du Québec à Ottawa, advenant un référendum gagnant, et celui de dénoncer le fédéralisme (ce qui, à terme, revient à parler d’indépendance) dans son fonctionnement quotidien.

Par exemple : entre la campagne contre Énergie Est et la campagne « le Québec, mon pays », la première aura bien plus d’impact dans la vie de tous les jours du peuple. À long terme, c’est payant, ça crée un mouvement mobilisé contre les intérêts du Canada… Et que donne le fait d’être contre les intérêts du Canada ? L’indépendance, si on réussit à canaliser les énergies du mouvement.

De son côté, la campagne « Québec, mon pays » mène plus à une « folklorisation » du mouvement. Si on n’agit pas en même temps que cette campagne (ce que le BQ ne peut faire, étant donné ses pouvoirs limités), ça fera comme les ceintures fléchées ; ça fera partie du décor et diminuera le mouvement à un groupe traditionnel peu menaçant. Un peu comme les Gaulois sont dépeints dans Astérix, ils résistent de façon caricaturale, mais la fin historique reste la domination romaine.

3 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 mars 2018 08 h 51

    M. FALL, vous me volez les mots de la bouche

    Les trois + un bloqueurs auraient intérêt à lire cette lettre. C'est une parfaite synthèse.

  • Marc Therrien - Abonné 5 mars 2018 10 h 01

    Attendre la fin du rêve ou y mettre fin soi-même?


    Il serait peut-être temps de penser à autre chose que de faire passer "avant toute chose le bien supérieur du mouvement indépendantiste" comme l'ont exhorté les dissidents qui ne peuvent plus souffrir Martine Ouellet. Est-ce que le bien supérieur du mouvement indépendantiste consiste à ne pas faire l’indépendance du Québec? C’est peut-être à ça qu’a servi le Bloc Québécois finalement: à ne pas faire la souveraineté du Québec tant qu'on pense qu'il peut suffisamment bien défendre les intérêts du Québec à Ottawa.

    Peut-être que sa disparition pourrait aider le Québec à réfléchir plus sérieusement à l'idée de sa souveraineté ou de son indépendance. Quoique là encore, ces deux concepts posent problème et pourraient bien occuper les débats pour de nombreuses années à venir. Jusqu'à maintenant, le Bloc Québécois a bien servi cet art de prolonger la réflexion et la discussion pour ne pas avoir à décider.

    Marc Therrien

  • Bernard Dupuis - Abonné 5 mars 2018 11 h 15

    Pour se faire comprendre, il ne faut pas rester silencieux à Ottawa

    Pour être d’accord avec vous, il faudrait que je change d’idée relativement au discours sur l’indépendance à Ottawa. Votre objectif est de tout simplement ridiculiser ce discours en le taxant de caricatural et folklorique. Comment croire que le discours sur l’indépendance est sans valeur et non avenu?

    Il ne s’agit pas de convaincre les autres provinces de se joindre à un Québec indépendant, mais de leur faire comprendre, comme ce fut le cas en 1995, qu’elles auraient intérêt à appuyer une souveraineté pleine et entière. Car, la meilleure façon pour les deux nations de vivre en paix et pour que le Québec puisse s’épanouir dans sa langue et dans sa culture est de reconnaître son indépendance. Autrement, celui-ci ne pourra pas empêcher le recul de sa langue et de son identité, comme c’est affreusement le cas actuellement. Pour faire cette démonstration, il faut être présent à la Chambre des communes. Sinon, comme les absents ont toujours tort ce sera très difficile de s'en sortir raisonnablement.

    Il ne faut pas attendre un référendum gagnant pour créer un dialogue entre les indépendantistes et les Canadiens. Il ne faut surtout pas dénoncer le « fédéralisme ». Ce dernier n’est pas un mauvais système en soi. D’ailleurs, il fonctionne très bien pour la nation canadienne-anglaise. Le problème ce n’est pas le fédéralisme, mais la façon dont on s’en sert au Canada pour assujettir ’assimiler le Québec à la nation multiculturelle, mais anglo-saxonne. Les Québécois ne veulent pas être des anglophones qui parlent français comme Justin Trudeau.

    Pour défendre les intérêts du Québec, le Bloc québécois est indispensable. Les députés NDP-NPD, libéraux et conservateurs ont tellement peur de parler du Québec. Toutefois, pour établir un dialogue entre les Québécois et le reste du Canada Il faut en parler sur leur terrain le plus souvent possible, sinon comment pourraient-ils en voir la raison d’être?

    Bernard Dupuis, 05/03/2018