Fissure au Bloc québécois

Au-delà des problèmes de style de leadership et de personnalité que l’on prête à Martine Ouellet, le séisme qui touche en ce moment le Bloc québécois émane d’abord d’une crise existentielle qui mine ce parti depuis plusieurs années, une crise intrinsèquement liée à la déliquescence du souverainisme péquiste.

Cette crise ne va pas sans son lot de querelles d’ego. À cet égard, il faut se souvenir que Martine Ouellet a durement remis en question les orientations péquistes lors des deux récentes courses à la direction du Parti québécois, ce qu’on ne lui a jamais pardonné, comme on n’a jamais pardonné à Mario Beaulieu sa déclaration dénonçant « vingt ans d’attentisme », prononcée le jour de son accession à la chefferie du Bloc et qui avait tant fait sortir Gilles Duceppe de ses gonds.

Ouellet et Beaulieu, qui ne sont peut-être pas les plus diplomates et qui, de surcroît, ont été très proches des jeunes d’Option nationale — un autre groupe ponctuellement honni par l’establishment péquiste —, représentent tout ce qu’il y a de plus détestable pour de nombreux péquisto-bloquistes traditionnels, qui aiment casser du « pressé » pour mieux ne pas voir l’échec, pourtant bien réel, de l’attentisme ronflant qu’ils professent depuis fort longtemps.

À travers toute cette haine fermente le refus de se demander quelles sont les perspectives du Bloc lorsque le PQ ne va nulle part sur la question de l’indépendance, et alors que le concept de la « défense des intérêts du Québec à Ottawa » dans l’opposition perpétuelle semble éventé.

Du côté des partisans de Martine Ouellet et de Mario Beaulieu, il y a aussi une réflexion à faire — au-delà, encore une fois, des questions de leadership —, sur la pertinence d’une offre indépendantiste dans un contexte fédéral où l’indépendance ne peut pas se faire et n’est donc pas un déterminant électoral important, et de porter une telle offre tout en continuant de travailler main dans la main avec le PQ, un parti qui a sorti l’indépendance de son programme pour l’avenir prévisible.

Au fond, des deux côtés de la clôture, il serait temps de se demander, plus simplement, à quoi servent le Bloc et le Parti québécois lorsque ce dernier met l’indépendance au rancart.

Mais il semble bien que, la force des habitudes partisanes étant ce qu’elle est, la famille péquisto-bloquiste ne soit pas encore prête à faire une vraie remise en question. Il faudra peut-être que l’électorat l’y force.

4 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 3 mars 2018 07 h 45

    Casser du « pressé »

    " Il serait temps de se demander, plus simplement, à quoi servent le Bloc et le Parti québécois lorsque ce dernier met l’indépendance au rancart. "

    Intéressant. Quand on voit les indépendantistes Catalans et Écossais avancer visière levée, on se demande pourquoi, ici, le PQ et le Bloc de Duceppe, depuis des années, préfèrent céder aux arguments de peur et reporter continuellement l'échéance. Un moment donné, il faut s'assumer, ou se retirer.

  • Sylvia Pelletier-Gravel - Abonnée 3 mars 2018 10 h 55

    Chère Martine

    CHÈRE MARTINE
    Je suis indépendantiste depuis l’avènement du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) donc, depuis les années 60. J’ai vu passer et disparaître tant de personnages courageux et convaincus de la nécessité pour le Québec de se prendre en main et de devenir un pays. Je les ai vu souffrir et j’en ai vu mourir. Aujourd’hui, j’ai peine à voir où s’en va cette quête à laquelle je crois toujours. Je ne peux ni ne veux prendre parti dans la joute qui se livre sur la colline et dans les coulisses mais, malgré ton courage, ton potentiel et tout mon respect, je t’en prie, pars avant d’y laisser ta peau.
    Sylvia Pelletier-Gravel

  • Bernard Dupuis - Abonné 3 mars 2018 11 h 43

    Le sophisme de l'appel à la sagesse de la majorité dominante

    Que devrais-je faire pour changer d’idée et devenir un bon canadianiste? Selon M. Payne ce serait bien simple.
    D’abord, il faudrait que j’admette que l’idée de souveraineté du Québec serait « déliquescente ». Je devrais donc me raisonner et adopter les idées fédéralistes et canadianistes. Je devrais cesser de croire que les partis canadiens ne peuvent pas défendre les intérêts du Québec. En dernier lieu, il faudrait que je m’offusque que le PQ abandonne l’indépendance au rancart, même temporairement. Cependant, tous ces changements idéologiques m’apparaissent difficiles à avaler tout simplement comme ça.

    Comment pourrais-je adhérer à l’idéologie canadianiste si c’est pour rendre la langue française et le Québec invisibles sur le plan mondial et même à l’intérieur du Canada. Je pense par exemple aux derniers Jeux olympiques. Avez-vous vu le Québec quelque part? Le monde entier ignorait que plusieurs jeunes athlètes du Canada étaient en fait des Québécois. Comment puis-je accepter que mes concitoyens disparaîssent si facilement?

    Si le Bloc ne sert à rien, à quoi servent les partis canadianistes. Même le NDP-NPD s’est montré incapable de réaliser la moindre promesse électorale faite par le bon Jack en 2011. Le Bloc Québécois permet au moins de rappeler que le Québec existe et qu’il fournit des milliards au budget de M. Morneau.

    Il faudrait que j’accepte une telle remise en question que j’en vienne à penser que la nation québécoise est une des seules au monde qui n’a pas besoin de s’émanciper. Je devrais admettre la supériorité de l’uniformisation anglophone canadianiste. Il faudrait que j’adhère aux sophismes de l’appel à la majorité et l’appel à la raison anglo-saxonne.

    Une telle remise en question m’apparaîtrait comme d'une très grande lâcheté. Comme les esclaves, il faudrait que j’en vienne à penser comme mes maîtres. C’est impossible pour moi.

    Bernard Dupuis, 03/03/2018

  • Roger Arbour - Abonné 3 mars 2018 12 h 24

    Un mot

    Je suis rntièrement d'accord avec vous au sujet de votre dernière phrase. Il ne faut pas s'écraser c'est contre nature digne. Roger Arbour