Le salariat des médecins, pourquoi pas?

Le médecin, rémunéré presque exclusivement par l’État, devrait avoir le statut de l’employé de l’État. Tel est le raisonnement que l’on entend souvent, surtout dans les moments où les médecins obtiennent une augmentation de leur rémunération, comme ces jours-ci.

Il est vrai que le médecin présente une forme singulière du travailleur autonome : sa clientèle est garantie et ses revenus sont assurés, contrairement aux authentiques travailleurs autonomes qui doivent subir les aléas de la concurrence.

Des propositions de salariat pour les médecins ne sont jamais sorties des officines gouvernementales. Pourquoi ? Est-ce que les gouvernements ont fait leurs calculs pour conclure que confier aux médecins la gestion de leurs cabinets coûtait finalement moins cher que la prise en charge étatique de ces lieux de soins ? Est-ce qu’ils craignaient la réaction négative des médecins ? Si c’est le cas, cette attitude reflète un manque d’imagination des gouvernements successifs. Au lieu d’envisager le salariat pour l’ensemble des médecins, le gouvernement pourrait proposer le salariat aux nouveaux diplômés. Peut-être certains médecins plus âgés seraient-ils également intéressés. Ce ne sont pas tous les médecins qui se sentent à l’aise dans la gestion d’un cabinet ou qui veulent y consacrer du temps et de l’énergie.

Le salariat serait assorti, comme c’est le cas pour les fonctionnaires de l’État, des lieux de travail aménagés, du soutien administratif et soignant, des congés de maladie et jours de vacances payés, d’un plan de retraite, toutes les choses que le médecin, « travailleur autonome », doit se procurer à même ses revenus. Comme les médecins en CLSC sont déjà salariés, il s’agirait simplement d’étendre le salariat à d’autres médecins.

Le salariat serait particulièrement facile à mettre en place pour les médecins qui travaillent exclusivement dans les hôpitaux — médecine nucléaire, infectiologie — et pour les actes qui sont pratiqués uniquement dans les hôpitaux — opérations lourdes, soins intensifs, soins aux urgences.

Je parie que le salariat des médecins adviendra un jour au Québec, du moins pour certains médecins ou pour une partie de leurs activités.

Au lieu de répéter inlassablement que les médecins n’accepteraient pas le salariat, le gouvernement devrait préparer des propositions et en discuter avec eux. Un peu d’imagination et de courage, s’il vous plaît !

5 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 28 février 2018 12 h 48

    Question

    Madame Havrankova, vous qui êtes déjà connue pour vos opinions et que je respecte beaucoup, pourriez-vous nous éclairer sur une question que je pose tout le temps et à laquelle je n'ai jamais de réponse. Quels sont les revenus réels des médecins, une fois leurs dépenses de cabinet payées (loyer, secrétariat, comptabilité, équipemets, infirmières, etc.) ? Cela varie sûrement selon les spéciaités, le milieu de travail, mais quelques chiffres moyens ou typiques, SVP

    • Jana Havrankova - Abonnée 28 février 2018 15 h 30

      Merci, Monsieur Terreault, pour votre intérêt.

      Comme vous supposez correctement, la situation varie énormément d’une spécialité à l’autre. Elle diffère aussi d’un médecin à l’autre à l’intérieur de la même spécialité : engager une infirmière ? avoir une secrétaire pour dactylographier les lettres aux médecins référents ? un cabinet à acheter ou à louer ? l’aménagement fonctionnel ou luxueux ?

      La RAMQ estime qu’en moyenne, les frais de cabinet représentent 30 % des revenus bruts pour les spécialistes et peuvent atteindre 70 % en radiologie ; d’autres spécialités « techniques » comme l’ophtalmologie ou l’ORL se situant entre les deux.

      Je me demande pourquoi il existe un si grand flou autour des dépenses de cabinet puisque les médecins remplissent leur déclaration de revenus et ces frais y figurent. Ne serait-il pas possible d’extraire ces données de manière anonyme pour obtenir une meilleure idée des dépenses qui y sont associées ?

    • Bernard Terreault - Abonné 28 février 2018 17 h 25

      Merci Madame Havrankova. Ces chiffres aident à mieux évaluer la question épineuse de la rémunération des diverses spécialités. Donc, suivant les cas, un 400 000 $, peut être plutôt un 275 000 $ ou même un 150 000 $.
      Ce serait bien que quelqu'unon donne quelques estimatis pour les généralistes.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 28 février 2018 13 h 37

    Excellentes suggestions !

    Le Parti québécois devrait les faire siennes.

  • Marc Therrien - Abonné 28 février 2018 21 h 07

    Toujours le même défi de motiver à faire plus avec moins

    Et une fois le salariat établi, le défi commun à tous les employés salariés demeurera de trouver des moyens de motiver les médecins à voir plus de clients avec le même salaire pour répondre à l'accroissement fulgurant de la demande qui dépassera les capacités de l'offre. Le pouvoir de motivation de la rémunération atteint rapidement ses limites dans un environnement de travail pathogène où le temps de travail devient l'équivalent de "faire du temps" comme dans une peine d'emprisonnement..

    Marc Therrien