Pauvre diplomatie canadienne!

À l’issue de la mission controversée du premier ministre Justin Trudeau en Inde, je me permets une petite pensée compatissante (déformation professionnelle oblige) pour les organisateurs de cette équipée étriquée et critiquée tant sur le plan de la forme que du contenu.

Je ne doute pas que le Protocole et le ministère des Affaires étrangères aient présenté des dizaines de projets de programmes de visite tous plus sérieux les uns que les autres mais, à la fin, comme c’est toujours le cas et à bon droit, le dernier mot appartient au premier ministre et à son entourage. Une fois les objectifs circonscrits, la direction tracée, l’ultime version choisie, l’intendance doit suivre, en dépit des réserves et des doutes qu’elle peut encore avoir.

Un chef d’État ou de gouvernement s’entoure habituellement de gens bien avisés, mais aussi parfois de gens d’influence mais de peu d’expérience, moins sensibles aux subtilités de la politique internationale.

Il arrive à ces derniers de remporter les débats internes et d’avoir l’oreille du chef à la fin, surtout si le chef a déjà quelques faiblesses en ce domaine et vise davantage des objectifs personnels que politiques et économiques. On a bien vu que les activités familiales et touristiques, au lieu d’être accessoires, étaient en fait les mieux préparées et les mieux réussies de cette visite, d’un point de vue qui n’est certes pas celui du contribuable canadien.

Je pensais que, « parce qu’on est en 2018 », le temps où la « machine gouvernementale » devait être mise à la disposition de la famille et des amis de nos dirigeants était révolu, mais ce n’est vraisemblablement pas encore le cas, même quand il se trouve à disposition, un ou des conseillers à l’éthique. Bref, il est clair que ce grand cafouillage a terni l’image de la diplomatie canadienne, et je m’en désole.

2 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 février 2018 05 h 15

    La diplomatie cède toujours à l’insolente superficialité de ceux qui commandent

    La diplomatie canadienne est devenue l’ombre de ce qu’elle fut sous Lester B. Pearson.

    Elle est impuissante à ramener à sa mère canadienne l’enfant kidnappé par un père saoudien. Elle est impuissante à faire punir les policiers qui torturent, violent et tuent des citoyens canadiens arrêtés en Iran. Elle se fait complice des tortionnaires américains à Guantanamo. Et ses diplomates à l’ONU hésitent à contredire de manière frontale la ‘diplomatie’ de Trump.

    Quel meilleur exemple de son impuissante que le cas de Raïf Badawi…

    Bref, la catastrophe du voyage de Trudeau Jr en Inde n’est pas de la faute de la diplomatie canadienne. C’est de la faute de l’entourage de Trudeau qui l’a mal conseillé ou qui n’a pas eu le courage de lui dire qu’il s’apprêtait à se tirer dans le pied.

    Cela nous indique qu’il s’est entouré de bénis-oui-oui.

    Je ne crois pas que le premier ministre se remettra de la bouffonnerie à laquelle il s’est prêté à moins de changer radicalement l’orientation de son gouvernement (Netflix, paradis fiscaux, discrimination économique à l’égard du Québec, etc.).

    Il doit reconnaître humblement ses torts et se présenter comme un ‘born again Prime Minister’. Parfois, ça marche… avec un peu d’effort.

  • Raynald Richer - Abonné 28 février 2018 00 h 17

    Détourner l’attention

    Dernièrement, je relisais un petit livre de science-fiction humoristique : Le Guide du Routard Galactique. J’y ai trouvé ce petit paragraphe :

    « Six personnes seulement dans la Galaxie savaient que la tâche de Président galactique n’était pas d’exercer le pouvoir, mais de détourner l’attention de son exercice.
    Zaphod Beeblebrox exerçait étonnamment bien sa tâche. »

    Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a fait penser à notre premier ministre…