Le taux

Depuis le 11 février, le taux de chômage est de 6 % à Montréal. Ce qui signifie qu’un travailleur doit avoir accumulé 700 heures de travail dans l’année pour être admissible aux prestations de chômage. En effet, c’est le taux de chômage dans la région où le prestataire réside qui définit le nombre d’heures nécessaire pour toucher la pitance que lui versera l’État. Plus le taux de chômage est bas, plus la norme (nombre d’heures) est élevée pour toucher des prestations. Sans oublier le nombre de semaines payables qui diminue en conséquence.

Le hic, c’est que le taux de chômage est une blague. Une vieille blague. Ce taux ne reflète en rien le vrai pourcentage des sans-emploi. À deux reprises durant les dernières années, nous nous sommes amusés (enfin…) à calculer un taux de chômage qui s’approcherait un peu plus de la réalité. Nous avons pris les indicateurs les plus récents et pertinents (population apte au travail, nombre de chômeurs recevant des prestations régulières, assistés sociaux aptes au travail, etc.) et, après avoir passé le tout à la calculette, le taux de chômage de Statistique Canada se retrouvait multiplié par deux !

On sait tous que depuis trente ans, sous les Mulroney, Chrétien et Harper, le but du programme d’assurance-chômage (assurance-emploi étant une autre bonne blague) est de ne pas payer de prestations. L’OCDE, entre autres, avait été particulièrement claire sur ce point en 1995, après la réforme des libéraux qui a eu pour effet d’exclure plus de la moitié des chômeurs (et surtout chômeuses) du régime, et qui s’est traduit par de titanesques surplus (60 milliards). Le montant des prestations, le nombre de semaines payables, les exclusions et toute la plomberie légale (quand ce n’est pas l’administration) visent cet objectif. Le capitalisme s’accommode très mal de bons programmes sociaux.

Si le gouvernement de Justin Trudeau a apporté quelques modifications positives dans son budget de 2016, il ne s’est pas attaqué à une réforme qui protégerait réellement les travailleurs en cas de rupture d’emploi.

Donc, quand vous entendrez, lirez et verrez délirer les politiciens et autres comiques-troupiers sur le fabuleux taux de chômage dans votre région (ou à la grandeur du pays), ayez une pensée pour tous ceux qui auront droit à un gros rien.